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Depuis des siècles, le fondement économique des régions sub-sahariennes du sud Maroc repose sur l’exploitation agricole des palmiers dattiers. La valeur économique de ce bien agricole a permis une extension des surfaces exploitées qui sont progressivement devenues les grandes palmeraies des vallées du Dades et du Drâa. Ces écosystèmes fragiles font encore vivre des centaines de milliers de familles dans les différentes provinces du sud marocain mais leur avenir est désormais incertain. Ces oasis souffrent, depuis le début des années 90, de l’action conjointe de la sécheresse et d’une maladie parasitaire : le bayoud. La conjonction de ces deux calamités ont entraîné une paupérisation des familles vivant de l’exploitation agricole des oasis et ont précipité l’exode de dizaines d'entre elles vers les grandes villes marocaines. L’apparition récente d’un trafic de palmiers, destiné à satisfaire les caprices horticoles de riches urbains, constitue une menace pour l’existence même de ces écosystèmes déjà fragilisés. Le palmier est à la mode, le trafic explose L’évolution des modes de vies a conduit de nombreuses familles marocaines à quitter les centres villes historiques pour s’installer dans des maisons modernes, en périphérie. Ces habitations adoptent souvent une architecture occidentale qui privilégie les jardins extérieurs aux jardins intérieurs des riads. Pour de nombreux riches propriétaires, marocains ou étrangers, le fin du fin est d’agrémenter leurs jardins de majestueux palmiers. Comme ils ne veulent pas attendre les 15 à 20 ans nécessaires à la pleine croissance de ces arbres, ils préfèrent payer à prix fort des arbres grandis ailleurs. « La demande en palmiers provenant de la région de Marrakech est en pleine explosion et les commandes uniques peuvent être impressionnantes. En septembre 2004, un propriétaire de Marrakech a ainsi passé une commande de 400 arbres» rapporte Martine Cabarez de l’association Coeur de Palmier. La demande pour les palmiers adultes constitue une aubaine pour certains pépiniéristes peu scrupuleux de Marrakech ou de Casablanca qui les revendent jusqu’à 6000 DH (550 euros), alors que le prix d’achat dans les zones sud atteint rarement 200 DH (moins de 20 euros). « A Skoura, un palmier se négocie actuellement à 70 DH au plus» confie Martine Cabarez. « Ce prix dérisoire est lié à l’exploitation de la pauvreté extrême de nombreuses familles de la région. Afin de recouvrer leurs dettes, certains commerçants du Souk proposent désormais à ces familles de revendre des palmiers de leur exploitation à des tarifs de misère.» ajoute-t-elle. Le trafic s'est ainsi développé dans des proportions hallucinantes. Dans la région de Skoura, l’arrachage sauvage des palmiers à débuté en 2001 et s’est fortement intensifié depuis 2004. « Le rythme actuel d’arrachage est de l’ordre de 10 à 30 palmiers par jours, ce qui représente annuellement plus de 5% des arbres de l’oasis. » déclare Martine Cabarez. Mais la situation réelle est encore plus préoccupante. Les palmiers vendus sont en effet quasiment exclusivement des arbres mâles qui ne produisent pas de fruits. « Depuis 2001, 75% des palmiers mâles de la région ont été arrachés. Au rythme actuel, il n’y en aura plus dans un ou deux ans » analyse-t-elle. Un trafic potentiellement contrôlable D’autres oasis du sud marocain comme celles de la vallée du Drâa et de Zagora, subissent les dommages de ce trafic. En 2003, selon les estimations de l’association des Amis de l’environnement de Zagora, il aurait concerné plus de 40 000 palmiers - soit 4,5 % de la palmeraie. Mais depuis juin 2004, la saignée a été presque arrêtée. L’ancien gouverneur de la province a promulgué un arrêté qui interdit « l’arrachage, le transfert et la circulation de plants de palmiers dattiers ». Le coup d’arrêt réel a toutefois été porté par l’actuel gouverneur de la province, Ali Biougnach, qui s’est investi personnellement afin de mobiliser les différents niveaux de l’administration territoriales et les forces de polices dans la lutte contre ce trafic. Un succès à relativiser car il repose essentiellement sur l’action d’une personne. Les moyens de pression juridique, à la disposition des forces de l’ordre, sont limités. Le montant de l’amende n’est ainsi que de 600 DH par camion, soit à peine 1 à 2 % de la valeur économique de son chargement. Cette proportion dérisoire permet à ce trafic de perdurer, et ceci d’autant plus que les trafiquants disposent de nombreuses connexions. « La mafia des palmiers dispose de puissants appuis au niveau de l’administration territoriales locales, sans oublier bien entendu le fameux bakchich qui ouvre toutes les routes» analysait ainsi Abdellatif El Azizi dans l’hebdomadaire Tel Quel. Seul un geste fort des autorités centrales pourrait sauver le patrimoine environnemental du sud marocain. Le roi Mohamed VI s’est impliqué dans le combat de la préservation de l’environnement naturel des régions du Sud en facilitant la formulation d’un projet de sauvegarde de certaines zones à risque. « Malheureusement, les oasis de Skoura et de Zagora M’hamid qui sont danger n'y figurent pas, seule leur inclusion dans ce programme pourrait les sauver» analyse Martine Cabarez. La situation de l’oasis de Skoura est particulièrement critique. En juin 2005, un orage de grêle à détruit l’essentiel de la récolte de l’année. « Le mois de septembre risque d’être catastrophique, les familles paysannes privées de ressources pourraient financer la rentrée scolaire en vendant en masse des palmiers» s’alarme-t-elle.
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