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"Chaque enfant qui meurt est un enfant assassiné " parce que " nous pourrions nourrir 12 milliards de personnes avec ce que nous produisons actuellement ". Ainsi s'exprime Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation à l'origine du film et du livre " We feed the world ". Cette vaste enquête menée aux quatre coins de la planète est bien plus qu'un simple reportage sur telle ou telle pratique scandaleuse. Ici, c'est le fonctionnement de l'ensemble du système alimentaire mondialisé qui est révélé. Un système absurde, qui conduit à la profusion d'un côté et aux crises alimentaires de l'autre. Le documentaire enquête sur les différentes causes, historiques et actuelles de ce " marché de la faim ". L'agriculture intensive, les pratiques commerciales de l'industrie alimentaire, le monopole des firmes de biotechnologies et les subventions agricoles en sont largement responsables. Aujourd'hui, 2 millions de kilos de pain encore comestible sont jetés chaque année à Vienne. 365 milliards de dollars en 2006, soit 1 milliard par jour, ont été donnés par l'Europe et les Etats-Unis pour subventionner des produits agricoles revendus ensuite à Dakar à un tiers du prix des produits locaux...Un système qui provoque la chute du marché alimentaire africain et prive les paysans de leurs revenus. Au Brésil, l'un des pays agricoles les plus puissants au monde, les 100 millions de tonnes de céréales produites chaque année pourraient nourrir les quelques 180 millions d'habitants, mais elles sont destinées à l'exportation. Conséquence : le Brésil compte 44 millions de personnes sous-alimentées.
" Dans presque tous les cas, la faim dans le monde a un lien avec la nourriture produite pour l'Europe et les autres pays riches ", explique le cinéaste autrichien Erwin Wagenoher, réalisateur du film. Produits achetés à bas prix, chute des cours mondiaux, ouvriers agricoles mal payés ou exploités, aliénation des terres agricoles familiales par les firmes alimentaires, dépendance des paysans aux semences OGM, biopiraterie : la " réorganisation " mondiale de l'alimentation par les Etats et les entreprises a créé une répartition inégale des denrées, tandis que l'agriculture mondiale produit suffisamment pour nourrir la planète entière. Et alors que le monde occidental s'inquiète de plus en plus de sa santé et de son alimentation, " We feed the world " (titre repris du slogan de la firme de biotechnologies Pioneer, aujourd'hui DuPont) nous donne un regard sans illusion sur les produits que nous consommons. Hormones, antibiotiques, OGM, substances chimiques et pesticides, la plupart de nos aliments n'ont plus grand chose de naturel. Un marché de 3 milliards de pauvres Ultime conséquence de ce système absurde : l'apparition de produits " sur mesure " fabriqués par les firmes du Nord pour nourrir un marché de 3 milliards de pauvres. Nestlé et Danone se sont lancés dans la fabrication de ces produits couvrant les besoins nutritionnels spécifiques des populations en carence alimentaire. Le biscuit " Biskuat " de Danone, enrichi en calcium et vendu à bas prix (8 centimes d'euros) en Inde, est ainsi devenu un produit leader sur ce marché. Parmi ces " produits à prix populaires " vendus par Danone, le yaourt " Danimal " symbolise aujourd'hui une stratégie marketing adaptée au contexte local. Ce sont effet des femmes qui vendent ce yaourt enrichi en fer, en zinc et en calcium dans les bidonvilles d'Afrique du Sud pour 1 rand (15 centimes d'euro) l'unité, soit 30 % de moins qu'un yaourt classique. Les coûts sont réduits au maximum et le moyen de distribution employé permet d'accéder aux populations défavorisées des quartiers difficiles. Misant sur l'effet de masse, les groupes agroalimentaires espèrent ainsi pénétrer un marché à fort potentiel. A partir de 2008, Danone envisage de vendre entre 10 000 et 25 000 tonnes de Danimal par an. Des chiffres qui n'ont rien de surprenant : au Maroc, le " Moufid " est devenu le deuxième yaourt avec des ventes qui augmentent de 50% par an. We feed the world, le marché de la faim. Documentaire d'Erwin Wagenhofer. En salles depuis le 25 avril. Le marché de la faim, le livre du film We feed the world, par Erwin Wagenhoferenhofer et Max Annas, Actes Sud.
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