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Depuis janvier deux pétitions s'offrent à la signature dans les magasins de produits biologiques, ou sur Internet. L'une émane de la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique (FNAB), l'autre de l'association Inter Bio Bretagne. Mais toutes deux interpellent les ministres de l'agriculture et de l'écologie, Dominique Bussereau et Nelly Olin, sur les mêmes points.
Harmoniser les labels bio européens
La Commission Européenne, en effet, dans un but de simplicité louable, voudrait harmoniser l'agriculture biologique dans l'Union. Elle a publié en décembre un règlement que les ministres doivent voter avant le premier juillet. Mais les paysans bio trouvent la procédure hâtive et comptent sur les consommateurs, pour défendre les règles actuelles, plus rigoureuses selon eux, que celles du projet.
Les Français, les premiers, ont codifié l'agriculture biologique, en 1981. Ce fut, pour l'administration, un travail considérable que de valider tous les cahiers des charges de chaque production, animale ou végétale, selon les diverses chapelles de l'agrobiologie. Opérant la synthèse a minima, l'Etat a alors défini les pratiques requises pour employer le logo AB, qu'il devait déposer et qui lui appartient. Des associations avaient porté ce projet jusqu'au Sénat, où le vote fut fêté au champagne biologique. Ces associations ont gardé leurs propres labels, plus stricts de nos jours qu'AB, sous les noms Déméter (agriculture biodynamique) et Nature & Progrès.
Tous les pays n'ont pas suivi la même démarche. Certains comme l'Angleterre demeurent sous un régime de labels exclusivement privés. C'est la Commission de Bruxelles, aujourd'hui, qui imite la France de jadis et cherche à définir les conditions de l'appellation "biologique" dans l'Union. Le projet évoque même la création d'un logo européen.
Colère des paysans bio européens
Cependant ce texte, même incomplet - il y manque les modalités d'application - a dressé contre lui, les 350 organisations européennes de la fédération bio IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements). Rigoureux sur leur idéal et soutenus par une clientèle militante et tenace, les agriculteurs bio espèrent montrer aux ministres que la Commission outrepasse ses capacités. Ainsi Vincent Perrot de la FNAB souligne que le socle, non négociable, de la pratique biologique, consiste à refuser les engrais chimiques et pesticides de synthèse. Or le règlement prévoit que "l’utilisation d’organismes vivants et de méthodes de production mécaniques est préférée à l’utilisation de matières synthétiques." "Préférée" seulement, autrement dit ces méthodes ne s'imposeraient pas et l'on pourrait verser du désherbant. De même, les "substances chimiques, (…) ne peuvent être employées que lorsque des substances naturelles ne sont pas disponibles dans le commerce" La difficulté d'approvisionnement en insecticide végétal dans les campagnes reculées bénéficierait à l'industrie des pesticides chimiques, durablement toxiques, avec la bénédiction - et le label bio - de l'UE.
La question des OGM agite aussi les acteurs de la filière. Le syndicat de paysans bio suédois Ekologiska Lantbrukama trouve "inacceptable" que l'interdiction, par exemple, de nourrir les animaux au maïs ou au soja OGM "ne vise que les produits portant une étiquette OGM, obligatoire à partir de 0,9%." Pas d'OGM du tout, tel est le credo de l'agriculture biologique. Pour Anton Pinshof d'IFOAM France, "ce texte organise la contamination." Pour Guy Kastler, de Nature & Progrès, multiplier des semences contaminées d'OGM augmente mécaniquement la contamination. Les paysans bio semblent craindre qu'on les dépossède de l'agriculture biologique. En effet, selon le projet, un fermier qui aurait mérité le logo bio européen, pourrait utiliser à son gré les divers labels bio sans contrôle ultérieur, à charge pour ceux-ci de démontrer qu'il n'y avait pas droit. La puissante Soil Association anglaise juge la disposition "insultante pour les labels privés", lesquels ont, après tout, créé ce secteur florissant.
La FNAB ne s'en montre pas plus heureuse, car le labellisé bio européen pourrait tout aussi bien revêtir le logo AB, plus sévère jusqu'ici sur les antibiotiques, que ses homologues nationaux. Mais c'est l'article 20 du règlement qui fâche, en interdisant de mentionner «sur des étiquettes ou des publicités» qu' "un ensemble de normes biologiques privées ou nationales est plus strict, plus biologique ou supérieur à un autre titre aux règles fixées dans le présent règlement." Le ministre français de l'Agriculture, Dominique Bussereau, prend l'affaire au sérieux. L'IFOAM a obtenu une note adressée à la Présidence de la Commission qu'il a rédigée. Il y traite de tous les points litigieux en détail, à la satisfaction générale des agriculteurs biologiques. Seule concession, il suggère de garder les logos nationaux "pour rassurer les consommateurs" sans en défendre le contenu. L'Etat paraît se désengager. Il est vrai que le contrôle en magasin de l'origine biologique des produits AB, acte gratuit qui relevait de l'inspection des fraudes, est devenu en 2005, un service privé payant.
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