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Catherine Godard, responsable des questions alimentaires au CCFD, précise d'emblée qu' " il n'est pas question, à travers cette campagne, de remettre en cause le soja en tant que tel, consommé depuis 5000 ans et qui constitue un aliment essentiel pour l'humanité ". En revanche, la campagne " le soja contre la vie ", lancée le 23 février, par une vingtaine d'ONG en France, dénonce le "développement non durable de cette filière, accéléré depuis 15 ans dans des zones fragiles en Amazonie et responsable d'une grande partie de la déforestation ". De 9,7 millions d'hectares dans les années 70, la culture de soja est passée à plus de 22 millions. Même situation en Argentine, où cette culture intensive a augmenté de 75% dans les 5 dernières années. Cette culture intensive est destinée à un élevage tout aussi intensif, puisque le soja sert à nourrir les animaux, notamment en Europe, où la consommation de viande est une des plus fortes au monde, avec 91 kilos par an et par personne. Exemple très symbolique de l'agrobusiness actuel et d'une agriculture essentiellement tournée vers l'exportation, les impacts économiques, humains et environnementaux du secteur sont multiples. " La culture du soja est une catastrophe pour l'environnement, fortement utilisatrice d'eau, d'engrais et de pesticides, explique Catherine Godard. Elle est également responsable de la déforestation. En 2002, 700 000 hectares de forêts ont été détruits au Brésil pour faire place au soja ". Cette " fuite en avant " de l'agro-exportation touche fortement les pays d'Amérique latine, producteurs de 44% du soja mondial. Actuellement, le soja monopolise 47% des surfaces cultivées en grains au Brésil. La concentration en faveur du soja, dont la production et le négoce sont tenus par une poignée de multinationales, a des conséquences dramatiques sur les familles de paysans. Une représentante de l'ONG Mocase en Argentine (Mouvement des paysans de Santiago del Estero) est venue témoigner en France des violences, -allant jusqu'à l'assassinat- faites aux paysans pour qu'ils abandonnent l'exploitation des terres au profit des cultivateurs de soja. " Les familles indigènes sont expulsées de leurs terres ancestrales avec la complicité de la police, qui n'hésite pas à tirer sur les paysans, explique-t-elle. Mais nous continuons malgré tout à lutter contre ce modèle d'agrobusiness qui a déjà fait disparaître des milliers de producteurs ". Dépendance Sur le terrain, l'ONG utilise les médias, les recours en justice et la diffusion de documentaires dans les villages pour développer les alternatives au monopole du soja. Un membre de la Commission pastotale de la terre (CPT), association brésilienne, décrit un processus similaire d'expropriations dans l'Etat du Para et du Mato Grosso, avec de surcroît la mise en place d'un système de travail forcé dans ces exploitations. " Les exploitants de bois et de soja sont complices. 10 000 travailleurs en situation d'esclavage ont été recensés dans l'Etat du Para. Nous avons dénoncé cette situation et 4000 d'entre eux ont pu être libérés en 2005 ". Violation des droits humains, mais aussi du principe de souveraineté alimentaire, dans un pays où 16 millions de personnes souffrent de la faim. " Le président Lula privilégie les exportations de l'agrobusiness, qu'il considère comme la locomotive économique du pays, alors que ce sont les familles de paysans qui nourrissent les brésiliens grâce à leurs cultures encore diversifiées", explique la CPT, qui dénonce " un système de dépendance du pays à l'égard de ses exportations, contrôlées par une dizaine de grandes entreprises " et pour lesquelles le gouvernement a investi des sommes considérables -189 milliards de dollars, pour un bénéfice annuel de 8 milliards-.L'argument selon lequel le soja rapporterait des devises au pays est mis à mal par les chiffres annoncés par le CCFD, de même qu'en Argentine où les exportations étaient censées permettre le remboursement de la dette du pays au FMI. Impacts sur l'élevage au Nord Par ailleurs, le monopole du soja au Sud n'est pas sans conséquences au Nord, où les éleveurs eux-mêmes sont devenus dépendants de cette ressource, qui a permis de développer le système productiviste que l'on connaît. "Cette intensification permise par les importations de soja a entraîné en Europe une concentration des exploitations, avec des conséquences environnementales et sociales catastrophiques comme au Sud ", explique Gérard Durand de la Confédération paysanne . Autre problème environnemental : le soja est utilisé en complément du maïs, qui en conséquence, a été lui aussi cultivé de manière intensive. " Fortement consommatrice d'eau, la culture du mais épuise également les terres et ne permet pas d'assurer une alimentation durable ", souligne un membre du Réseau agriculture durable (RAD). Un système d'autant plus absurde que les alternatives au soja existent pour l'animation animale. Une dizaine de légumineux aussi riches en protéines que le soja et moins néfastes pour l'environnement, sont en effet cultivables au Brésil, et sont également utilisés par certains éleveurs en Europe. Mais ces alternatives restent difficiles à mettre en œuvre, face au vaste marché du soja, détenu en majorité par 4 grands groupes - Cargill, Bunge et Archer Daniels Midland pour les Etats-Unis, et la société Dreyfus en France-. La campagne des ONG demande à ces entreprises de mesurer les impacts sociaux et environnementaux de leur activité, de même qu'elle demande à la Banque Mondiale de cesser le financement de projets reposant sur la culture intensive du soja. En Amérique latine, plusieurs mouvements de résistance se sont mis en place, rejoignant les campagnes contre le soja transgénique désormais bien implanté en Argentine par Monsanto et également au Brésil.
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