La Chine sur tous les fronts pour assurer sa sécurité alimentaire
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Publié le 20-10-2010
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Avec 22% de la population mondiale à nourrir, la Chine est le plus gros consommateur d'engrais et de fertilisants au monde. La potasse, un composé chimique, est indispensable à la croissance des végétaux et la Chine se bat sur tous les fronts pour sécuriser son approvisionnement.
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Le cartel de la potasse. A priori, rien d’illégal à ce regroupement des plus importants producteurs de ce composé chimique indispensable à la croissance des végétaux. Et pourtant, l’envolée des prix des matières premières et des denrées alimentaires est à l’origine de l’une des plus féroces batailles industrielles du moment. Objet de toutes les convoitises : Potash Corporation. L’entreprise canadienne est le premier producteur d’engrais et de fertiliseurs au monde et, surtout, la colonne vertébrale de ce cartel de la potasse. En lice, on retrouve face à face les deux meilleurs ennemis du monde : le géant minier australo britannique BHP Billiton et le gouvernement chinois. Car la boulimie chinoise ne concerne pas seulement le gaz, le pétrole ou le charbon, mais également la potasse, dont la Chine est le premier consommateur au monde. L’an dernier elle a importé la moitié des huit millions de tonnes de potasse utilisées par ses agriculteurs.
Récoltes catastrophiques en 2010
Pourquoi cet intérêt chinois ? « Il ne s’agit pas seulement de prendre pied dans ce cartel, explique l’économiste Wang Bin, mais surtout de ne plus dépendre des marchés étrangers pour son agriculture ». La Chine est donc sur tous les fronts pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières et éviter qu’une entente entre les industriels ne fasse encore monter les prix. Les inondations de ces derniers mois en Chine font craindre en effet des récoltes catastrophiques cette année et la Chine fait face à son éternel dilemme : comment nourrir 22% de la population mondiale avec seulement 7% des terres cultivables ? La réponse est peut-être à chercher du côté de ces fertilisants, comme la potasse, qui permettrait à la Chine d’augmenter sa productivité. L’agriculture chinoise est encore, en effet, en grande partie le fait de petits producteurs aux méthodes archaïques. Il y a quelques jours, des bataillons d’experts ont donc été dépêchés par le ministère chinois de l’Agriculture dans neuf provinces du pays afin de voir dans quelle mesure les fertilisants pourraient permettre d’y accroître la production. Une priorité pour le gouvernement qui vient de débloquer 124 millions de dollars afin de subventionner l’utilisation d’engrais et de fertilisants. Dans cette bataille pour nourrir un milliard et demi d’estomacs, Potash Corp. est donc un objectif stratégique mais coûteux. L’offre de BHP sur Potash s’élève déjà à près de 30 milliards d’euros.
La Chine, sur tous les fronts, est également en lice pour cinq mines de potasse au Laos, deux autres projets au Canada et encore deux au Congo. L’objectif du gouvernement est désormais de prendre des participations dans les principaux producteurs de potasse mondiaux ; la demande chinoise devrait en effet continuer d’augmenter pendant au moins dix ans.
La menace du changement climatique
L’inquiétude est encore montée d’un cran lorsqu’au début du mois de septembre, plusieurs scientifiques chinois ont publié une étude selon laquelle le réchauffement climatique aura des conséquences désastreuses pour l’économie chinoise. Leur étude publiée dans Nature montre que les températures ont augmenté de 1,2 degrés en Chine depuis 1960 et devraient encore croître de 1 à 5 degrés d’ici 2100. « Cette hausse des températures va accroître l’évaporation des sols et provoquera des pénuries en eau pour l’agriculture, explique Shilong Piao, l’un des auteurs de cette étude et professeur à l’Université de Pékin au sein du Centre de Recherches sur le climat. L’approvisionnement des sols en eau pourrait diminuer de 13% d’ici 2050 et la production de riz de 4 à 14% ». Une équation d’autant plus inquiétante que le ministère de l’Agriculture table sur une croissance nécessaire de 4% par an de la production de céréales en Chine pour nourrir une population qui devrait atteindre 1,39 milliard en 2015. Cette volonté du gouvernement chinois de miser sur les pesticides et les engrais pose évidemment problème, tant au plan environnemental que sanitaire. Par ailleurs, on se souvient ici de la mélamine ajoutée au lait par des industriels peu scrupuleux pour augmenter son taux en protéines. Résultat : 300 000 enfants malades. Les risques sont donc grands de voir certains agriculteurs jouer aux apprentis sorciers pour augmenter leur production.
Certains en Chine misent donc à l’inverse sur la qualité et les hautes technologies. Dans la banlieue de Pékin, l’entreprise Kingpeng produit ainsi 15 millions de fruits et légumes chaque année dans un environnement totalement artificiel. Sous des serres qui s’étendent sur 1300 mètres carrés, des linéaires de salades poussent ainsi sous des lumières LED artificielles, sans terre et avec une hydrométrie idéale. Ici plus d’intempéries, ni de catastrophes naturelles... « Notre productivité est de vingt à trente fois supérieure à l’agriculture traditionnelle et nous pouvons effectuer nos récoltes au bout de 20 jours seulement", explique Bu Yunlong, le chef ingénieur du site. Bien qu’artificielle, cette production high tech présente un avantage certain : l’absence de pesticide et d’engrais. « Nos salades coûtent trois à cinq fois plus cher que sur les marchés, mais elles sont « bios », assure l’ingénieur. De quoi satisfaire une minorité de clients. Pour les autres, en revanche, la bataille de la potasse s’annonce décisive.
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Stéphane Pambrun à Pékin
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