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La bio ne connaît pas la crise

Planète \Environnement \Agriculture bio

Publié le 20-05-2010



Les indicateurs de l'agriculture biologiques sont au vert. En 2009, le nombre d'exploitations bio a fait un bond de 24% par rapport à 2008 tandis que la consommation de produits bio a, elle, quasiment doublé en quatre ans pour atteindre 3 milliards d'euros.

A la présentation des chiffres de la filière bio pour 2009, la directrice de l’agence bio, Elisabeth Mercier, est enthousiaste : « cette année a marqué une amplification de la dynamique du développement de la bio ». Tant et si bien que pour le président de l’agence, Pascal Gury, qui est aussi agriculteur, « l’objectif de 6% de la SAU en bio, qui est un palier incontournable pour atteindre une véritable structuration de la filière, est à notre portée ». Certes, mais en donnant un grand coup d’accélérateur tout de même : en 2009, nous en sommes encore à 2,46%, ce qui représente seulement 3,14 % des exploitations françaises... Pourtant, « ce n’est pas de l’optimisme, c’est réalisable », insiste Pascal Gury. Un avis qui n’est pas partagé par la FNAB (Fédération nationale des agriculteurs bio)…

Des terres de culture bio en expansion

Mais l’agence en veut pour preuve toute une volée de chiffres qu'elle détaille. Ceux de la production d’abord. Ce qui frappe en premier lieu, c’est la croissance des surfaces en conversion qui ont fait un bond de 86 % en 2009 tandis que les surfaces certifiées bio ont seulement augmenté de 5%. Au total, en incluant les surfaces en conversion, la France compte 677 513 hectares de terres bio, réparties sur 16 446 exploitations. Si l’an dernier, 621 agriculteurs ont décidé de stopper leur production bio, « chaque mois, ce sont en moyenne 300 exploitants qui s’engagent dans la bio. Nous n’avions jamais connu une telle progression et, au vu des premiers mois 2010, celle-ci est amenée à s’envoler », fait remarquer Elisabeth Mercier.

Dans le reste de l’Europe
Si l’on se replace dans le contexte de l’Union Européenne, la France est le cinquième producteur de bio (source Eurostat). C’est l’Espagne qui fait figure de bon élève : avec  1,3 million d’hectares, il devient le premier producteur de l’Union Européenne devant l’Italie (1 million ha). Cependant, contrairement aux Français qui sont de gros consommateurs de produits bio - les deuxièmes d’Europe – les Italiens et Espagnols ne montrent pas un gros appétit pour ces derniers, souligne l’agence bio. Ainsi, en Italie, c’est la restauration collective, où 1/3 des repas servis dans les écoles contiennent des produits bio, qui tire en partie la demande. Quant au Royaume-Uni, sa production comme sa consommation, sont en dents de scie. Enfin, le cas de l’Allemagne se rapproche, toute proportion gardée, de celui de la France : alors que sa production augmente lentement, sa consommation explose jusqu’à compter pour 30% des produits bio consommés dans l’Union Européenne.
Les produits bio semblent mieux se porter au Sud, notamment dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ou le Languedoc-Roussillon, qui a connu la plus forte augmentation nationale de sa surface agricole utile bio (+ 27,5%). Globalement, il faut tout de même remarquer que les 22 régions ont des croissances à deux chiffres (de 11 à 36%) concernant le nombre d’exploitations bio. Ainsi, 14 départements ont aujourd’hui une surface agricole utile bio supérieure à 6%, ce qui rapproche -lentement si ce n’est sûrement- la France de son objectif national de 6% en 2012.

Mais plus largement, c’est toute la filière bio qui est en train de se structurer. On compte aujourd’hui plus de 25 200 opérateurs en bio, soit 21% de plus qu’en 2008 : 16 446 producteurs, 6352 préparateurs (+13%), 2 233 distributeurs et 172 importateurs. Toutefois, si pour certains produits (volailles, œufs et vin), la production française est suffisante pour satisfaire les besoins des consommateurs, encore 38% des produits bio viennent encore de l’étranger, souvent des pays voisins (Espagne, Italie, Allemagne). De son côté, la France exporte également des fruits, légumes et vins pour 190 millions d’euros.

Une consommation toujours en forme

Avec 3 milliards d’euros en 2009, les ventes de produits bio se sont plus que bien comportées en 2009. Si elles ne comptent que pour un peu moins de 2% du marché alimentaire français total, le marché a quasiment doublé par rapport à 2005. Quelques produits phares, comme le lait et les œufs par exemple, ont même des parts de marché, respectivement de 13 et de 8%... Et entre 2008 et 2009, le chiffre d’affaires des produits bio a progressé de 19%, une hausse confirmée par les premiers résultats de 2010, précise l’agence. Et cela, sans que les prix aient, en moyenne du moins, augmenté, souligne Elisabeth Mercier.

Un maintien sans doute rendu possible grâce à la multiplication des réseaux de distribution. Et notamment par la place croissante prise par la distribution qui a vu son chiffre d’affaires croître de 27% en 2009…Aujourd’hui en effet, 45 % des produits bio sont vendus en grandes surfaces, 38% dans les magasins spécialisés, 12% en vente directe et 5% par les artisans-commerçants classiques (boulangers, cavistes, bouchers, etc).

La restauration collective se met au bio

Autre nouveauté 2009 : la conversion de la restauration collective au bio. Sans doute l’objectif des 20% de produits bio en 2012 n’y est-il pas étranger mais le dynamisme des gérants est à souligner : leurs achats bio ont plus que doublé en un an pour atteindre 92 millions d’euros (hors pain) contre 44 millions en 2008. Désormais, 40 % des restaurants collectifs, particulièrement dans les cantines scolaires, proposent de la bio (surtout des produits frais) au moins de temps en temps. « Et ils sont de plus en plus nombreux à le faire régulièrement. 13 % introduisent au moins 1 produit tous les jours », tient à souligner Elisabeth Mercier. En 2012, près de 8 restaurants collectifs sur 10 pourraient donc proposer des produits bio à leurs convives, projette l’agence.

Béatrice Héraud
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