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Les activités agricoles d’une banque – autrement dit les crédits qu’elle octroie aux exploitants agricoles – peuvent-elles avoir un impact environnemental ? Luis Portugal : En fait le problème se pose lorsque le crédit est subventionné, c’est-à-dire quand les aides liées à la politique agricole sont octroyées via les banques avec un taux inférieur à celui du marché, ce que l’on peut appeler un prêt « à taux bonifié ». Ce type de prêt subventionné facilite une intensification de la production. Il contribue en effet à encourager les agriculteurs à acheter davantage d’intrants, donc à produire davantage. On observe très clairement les conséquences environnementales de tels dispositifs de crédit, dans le cas de productions non liées à la terre et très polluantes, comme les élevages de porcs ou de volailles. A contrario, il suffit de revenir à une politique de taux normaux – non subventionnés – pour rétablir la situation : dès lors l’activité bancaire n’a plus d’incidence sur l’environnement. Le problème est donc bien celui des prêts à taux d’intérêt subventionnés, et uniquement celui-là. Ces taux bonifiés n’ont-ils pas au moins le mérite d’aider les agriculteurs ? Luis Portugal : En réalité cette politique d’aide via le crédit n’est pas efficace économiquement, elle conduit même à un gaspillage énorme. Par exemple, les agriculteurs sont tentés d’acquérir des tracteurs plus puissants alors que ce type de matériel n’est pas forcément nécessaire à l’exercice de leur activité. Autre exemple, les producteurs d’engrais sont tentés de vendre leurs produits plus chers, car ils savent que les agriculteurs sont aidés, donc qu’ils ont les moyens de payer. Ces aides, en plus de contribuer à la pollution, profitent donc bien davantage aux fournisseurs des agriculteurs qu’à ces derniers. Comment remédier à une telle situation ? Luis Portugal : La solution ne consiste certainement pas à accuser les agriculteurs de polluer, alors même que pendant des années on les a encouragés à produire davantage sans se soucier de l’impact environnemental de leurs activités. Il vaut mieux mettre en œuvre des politiques qui aident ces mêmes agriculteurs à s’ajuster – par exemple en mettant leurs installations de production aux normes – pour ne plus polluer. On peut ainsi leur interdire certaines pratiques et, dans le même temps, les aider à renoncer à ces pratiques. Ce type de politique incitative peut d’ailleurs passer par le crédit bancaire.
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