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Comment est-on passé d'un mode d'exploitation traditionnel au " productivisme " ? Selon Wilfrid Legg et Gérard Viatte, de la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et des Pêcheries de l'OCDE, dans l'ensemble de la zone de l'OCDE, la production agricole a augmenté de 15 % au cours des 15 dernières années, alors que la superficie cultivée diminuait de 1 % et la main-d'œuvre agricole de 8 %. Les prix des produits alimentaires, corrigés des effets de l'inflation, ont enregistré une baisse d'environ 1 % par an. En conséquence, la part des dépenses alimentaires dans les dépenses des consommateurs avoisine aujourd'hui 12,5 % en moyenne dans la zone de l'OCDE2, mais les agriculteurs n'en perçoivent en fait qu'une faible part. Selon les estimations, le soutien aux agriculteurs représentait en moyenne 34 % des revenus agricoles dans la zone OCDE . Comment est-on arrivé à cette situation, où de moins en moins d'agriculteurs produisent de plus en plus, tout en voyant leurs revenus baisser, nécessitant de lourdes subventions pour équilibrer leurs exploitations ? Jusque dans les années 1950, le système traditionnel basé sur le saltus - c'est à dire les terres non cultivées, composées des prairies non pâturées, de forêts, de zones humides, faisant office de " pompe à fertilité " - plafonnait à des rendements de 20 à 30 quintaux l'hectare. Sous l'effet de l'explosion de la demande alimentaire et du progrès technologique, les engrais ont commencé à remplacer les terres non cultivées... pour améliorer les rendements. Désormais, la demande alimentaire est stable, mais ce système dit " productiviste ", continue à être le modèle dominant. Du coup, les conséquences économiques sont presque mécaniques : baisse continue des prix agricoles, entraînant une course à l'agrandissement des exploitations...et une désertification des campagnes. Si 17 millions de personnes travaillent encore dans l'agriculture en Europe (sans compter les activités qui s'y rattachent), une exploitation disparaît tous les quarts d'heure en France, ce qui représente plus de 100 000 emplois perdus (directs et indirects), chaque année. La mise en place de la PAC (Politique Agricole Commune) - qui représente aujourd'hui 45 % du budget de l'Union Européenne ! - dans les années 1960, a accentué le mouvement. Si cette politique avait un sens, lors de sa mise en place, pour protéger les agriculteurs européens contre les fluctuations de prix, pour leur garantir des prix élevés, depuis le milieu des années 1970, elle a des effets pervers, les marchés étant devenus largement excédentaires. Les réformes de la PAC en 1992 et 1999, qui ont entraîné des subventions directes pour compenser la baisse des prix , ont encore accentué le " dumping " céréalier, le développement de l'agriculture " hors-sol ", en particulier l'élevage de granivores (porcs, volailles). Non seulement on a ainsi cassé les équilibres écologiques (le saltus a disparu), mais en plus, on détruit les fragiles équilibres économiques de l'agriculture des pays du Sud, avec des exportations à des prix de " dumping "... car largement subventionnées. Deux voies pour une agriculture durable... Pour sortir de ce système productiviste, désormais aberrant, et atteindre l'objectif fixé dès le Sommet de Rio, en 1992, d'une agriculture durable, c'est à dire écologiquement acceptable, économiquement viable, et socialement responsable, deux voies semblent s'opposer. D'une part l'agriculture dite " raisonnée ", qui ne sort pas vraiment du productivisme, mais qui veut limiter ses impacts environnementaux, en réduisant l'emploi d'intrants : la juste dose au bon moment. Cette approche, soutenue par le syndicat majoritaire, la FNSEA... et les multinationales de l'agro-chimie, est considérée comme largement insuffisante par les mouvements écologistes. Ainsi, l'association France Nature Environnement n'y voit qu'une simple mise en conformité avec la réglementation existante : " Le lobby productiviste soutenu par l'industrie des pesticides cherche avant tout, à travers une opération de marketing, à s'auto-décerner des médailles... autant récompenser les automobilistes qui s'arrêtent au feu rouge ". D'autre part, l'agriculture biologique, écologiquement 100 % correcte, mais qui, selon les spécialistes, n'aurait pas des rendements suffisants pour nourrir la planète à un prix acceptable. Entre ces deux voies - la première, encore balbutiante, mais qui veut devenir le standard des bonnes pratiques agricoles et la seconde, plus ancienne, mais qui peine à trouver sa place et reste encore élitiste - l'agriculture durable est peut-être à mi-chemin. Ce qui est sûr, c'est qu'une deuxième révolution agricole est en cours : l'agriculteur de demain n'aura plus grand'chose à voir avec celui d'aujourd'hui. Véritable entrepreneur, il exercera plusieurs métiers et plusieurs responsabilités : producteur, mais aussi protecteur et aménageur de la nature, développeur régional (tourisme vert) et pédagogue, si l'on veut que nos enfants sachent encore que le lait provient d'animaux appelés vaches, qu'il faut traire tous les jours...
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