|
Le projet "LITE1" est suivi depuis 4 récoltes par l’Institut International de Recherche sur le Riz (IRRI). Il concernait au départ 600 parcelles et 2000 cultivateurs mais il s'est étendu. Participant à un programme plus vaste d’élimination de la pauvreté par l’assistance à la recherche sur le riz, LITE travaillait sur le lien entre baisse de production de riz et arrêt des pesticides. L’étude a révélé le contraire. « Quand les gens arrêtent les pulvérisations, les récoltes ne diminuent pas » résume Gary Jahn, entomologiste impliqué dans le projet LITE. «Cela s’est vérifié sur toute les parcelles à l’essai. »
Les essais sur le terrain ont été menés selon un protocole relativement simple : les riziculteurs ont divisé leur terrain en plusieurs parcelles égales, chacune testant l’une des quatre combinaisons possibles. Avec ou sans pulvérisations, et avec ou sans apport d’engrais. D’autres fermiers ont opté pour une matrice encore plus élémentaire, scindant leur terrain en deux. L’un avec insecticide, l’autre sans.
Pesticides inutiles Bilan de l'expérience : les pesticides n'ont pas de réelles conséquences sur le rendement des parcelles. Utilisés systématiquement, les insecticides tuent tout, des insectes inoffensifs jusqu’aux plus utiles, prédateurs naturels des espèces qui menacent vraiment le riz. Le manque de discernement est aggravé par l’utilisation de matériels souvent obsolètes, de produits périmés ou répandus au mauvais moment. En « pulvérisation » préventive dès qu’un insecte pointe le bout de ses antennes. « Une véritable perte de temps et d’argent » estime l’entomologiste.
Les fermiers partenaires de LITE ont rapidement fait des émules. « Parmi les 2 000 fermiers formés, 99 % ont réduit l’utilisation des insecticides et 90 % de leur entourage aussi c'est à dire les habitants du même village qui n'avaient pas participé aux tests, poursuit Gary Jahn. "Même dans des villages où aucun fermier ne faisait d’expérience, l’usage des insecticides est passé de 80 à 55 %. » Une baisse collective, à mettre sur le compte du bouche-à-oreille entre agriculteurs.
Réunions pédagogiques
Comment répandre cette « bonne pratique » de manière un peu plus organisée ? En faisant appel aux meilleurs relais possibles, les fermiers «leaders» qui ont obtenu les bénéfices les plus significatifs. Ces exploitants modèles témoignent au cours d’une grande journée de formation de leurs résultats et transmettent leur savoir-faire à leurs voisins. Six mois plus tard, après la récolte suivante, un rendez-vous similaire peut se reproduire, avec de nouveaux pionniers, un nouvel auditoire, etc. Le travail de l’ONG IRRI se limite aux problèmes logistiques : fixer la date des rencontres (en général deux fois par an, à la fin de chaque saison de culture du riz) et préparer le lieu. Le plus souvent l’assemblée se rassemble sous un gigantesque chapiteau, à même de contenir plusieurs centaines de personnes. Les formations à venir prévoient 4 000 personnes. A ce rythme, si l’effet boule de neige persiste, il suffirait d’une dizaine d’années pour rencontrer les 11,8 millions de cultivateurs de riz du Bangladesh (un douzième de la population du pays). Selon l’IRRI, le bilan coût/avantage de cette campagne est exemplaire. A chaque dollar investi, LITE a rapporté 4 dollars aux participants. Un rendement bien supérieur au seuil comptable établi par la Banque Mondiale pour estimer la pertinence économique d’un projet.
|