France : freins au développement de l'agriculture biologique

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Publié le 30-07-2003

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Alors que les consommateurs de produits bio sont de plus en plus nombreux, la France accuse un retard important en matière de production. Le gouvernement lancera, à l'automne 2003, un plan pluri-annuel pour lever les freins techniques et réglementaires qui pénalisent le marché bio français.

En France, seulement 1,4% de la surface agricole est consacrée à la culture bio, ce qui situe l'Hexagone au 13ème rang de l'Union européenne... De cette situation peu brillante, le rapport parlementaire du député de Haute Savoie, Martial Sadier, dresse un constat alarmant :  " L'agriculture biologique rencontre des difficultés économiques, techniques et organisationnelles notables (...) A la réglementation européenne existante s'ajoute en France une surenchère réglementaire (...) matérialisée par une déclinaison élitiste du cahier des charges européen ", observe le rapport. Alors que les pays de l'Union se sont fixés pour objectif de convertir 10 à 15% de leurs surfaces en agriculture biologique à moyen terme, les producteurs de produits bio français subissent des contraintes réglementaires élevés et souffrent d'importantes distorsions de concurrence. A tel point que pour satisfaire la demande croissante, la France est obligée d'importer. Le ministre de l'agriculture Hervé Gaymard a donc indiqué qu'une concertation aurait lieu à l'automne avec les professionnels de la filière pour établir un plan de développement de l'agriculture biologique. Parmi les pistes proposées par le rapport parlementaire : une harmonisation européenne, une aide à l'aval de la filière, un effort accru pour la recherche, la lutte contre les distorsions de concurrence et le développement de partenariats avec la grande distribution.

" Malentendu sur le bio "

Si la Fédération nationale de l'agriculture biologique et la Confédération paysanne ont accueilli favorablement  la mise en place d'une concertation avec les pouvoirs publics, une question de fond reste en suspens : le décalage entre les motivations des consommateurs dans l'achat de ces produits, essentiellement axées sur la santé et le bien-être individuel, et les fortes exigences environnementales du cahier des charges. " Il existe  un malentendu sur le bio, analyse Pascal Canfin, auteur du Guide de la consommation citoyenne. C'est un domaine à part dans la consommation éthique, puisque l'angle environnemental est totalement négligé à la fois par les consommateurs et les distributeurs, qui communiquent essentiellement sur les aspects santé et sécurité liés à ces produits  ". Alors que l'agriculture bio répond avant tout à un souci écologique (interdiction de pesticides et d'engrais chimiques, élevage qualitatif des animaux...). Le marketing , lui, choisit de mettre en avant la santé du consommateur et finit par occulter la raison d'être de l'agriculture biologique. Dès lors, on peut aisément imaginer que certains labels puissent reprendre ces arguments santé - forme - bien-être sans pour autant satisfaire aux normes exigeantes des produits biologiques... en pratiquant des prix plus abordables que ceux des produits bio. Le consommateur pensera alors avoir tout à y gagner, tandis que la protection de l'environnement aura tout à y perdre.

Véronique Smée
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