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L'avis remis fin janvier par la Commission d'études de la toxicité, dans le cadre de la procédure communautaire de réévaluation de la molécule Fipronil -soupçonnée de décimer les abeilles, recommande de ne pas inscrire cette molécule sur la liste des substances autorisées. Le 24 février 2004, Hervé Gaymard, ministre de l'Agriculture, a donc décidé "de suspendre les autorisations de commercialisation des spécialités à usage agricole à base de Fipronil."
Cette décision s'applique donc à 6 produits, à savoir Regent TS, Regent 5 GR, Schuss, Métis, Texas et Zoom; et ce, jusqu'à ce que l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments prenne position sur le sujet. Néanmoins compte tenu des éléments de cet avis, Hervé Gaymard a jugé qu'il était possible, pour les semis de printemps, que les agriculteurs utilisent les semences enrobées dont ils disposent déjà. En outre, dans une volonté de rassurer, le ministre a rappelé que "Ce même avis précise qu'il n'y a pas de risques d'effets nocifs pour le consommateur, ni pour ceux qui appliquent ce produit en respectant les précautions d'emploi." La molécule entrant dans la fabrication du Gaucho ayant des propriétés similaires au Fipronil, un avis a également été demandé, sous un mois à la Commission d'études sur la tocixité. Aussi bien les produits agricoles à base de Fipronil que le Gaucho feront donc l'objet d'une procédure contradictoire durant laquelle les fabricants comme les utilisateurs pourront faire valoir leurs observations sur ces produits. Pour sa part, Roselyne Bachelot, ministre de l'Ecologie, s'est prononcé sur France 2 "pour la suppression, l'interdiction totale de ces produits" tout en précisant "Il y a des problèmes juridiques qui se posent parce qu'il faut prouver que ces produits sont toxiques pour les abeilles, la preuve n'en a pas encore été complètement apportée."
Mise en examen de BASF Agro
Cette décision de suspendre l'utilisation des produits à usage agricole à base de Fipronil fait suite à la mise en examen, la semaine dernière, de BASF Agro qui commercialise le Regent et de son PDG Emmanuel Butstraen pour "mise en vente de produits agricoles toxiques nuisibles à la santé de l'homme et de l'animal". Une décision prise par le juge Jean Guary dans le cadre de l'enquête qu'il mène depuis 2002 sur les causes de la surmortalité des abeilles en Midi-Pyrénées. Depuis 2003, plus de 2500 colonies d'abeilles auraient été décimées dans cette région. La société et son PDG ont fait appel, Emmanuel Butstraen réaffirmait sur l'antenne de RTL, le 20 février, que "la Commission d'Etudes de la Toxicité des produits phytosanitaires qui dépend du ministère de l'Agriculture a confirmé en décembre dernier que le Regent TS ne présentait pas de risque pour le consommateur. Je suis sur ce point à la fois très serein et solide sur mes argumentations." Le 24 février, le juge convoquait, pour les mêmes raisons, la firme Bayer Crop ancien propriétaire du Regent et toujours fabricant du Gaucho.
Une décision en demi-teinte
En décidant de la suspension des produits à base de Fipronil avant que l'enquête ait déterminé les responsabilités à l'œuvre dans cette affaire, le ministère s'est finalement rangé au principe de précaution. Mais après s'être félicité de la décision de la mise en examen de BASF, les écologistes, la Confédération Paysanne et l'Union Nationale des apiculteurs français regrettent un choix en demi-teinte. D'une part, ils dénoncent qu'il ait fallu attendre dix ans de combats et de pressions pour que le gouvernement parvienne à cette décision. Or, le Regent TS n'avait toujours pas obtenu son homologation définitive à l'échelle européenne et qu'il devait sa commercialisation à une autorisation provisoire de mise en vente au délai largement dépassé. D'autre part ils s'étonnent que le Gaucho n'ait pas fait l'objet de la même décision alors que des effets similaires au Friponil sont dénoncés depuis longtemps. Ainsi Cap 21, dans un communiqué, "regrette la demi mesure prise par Hervé Gaymard consistant à interdire le Regent, mais à en autoriser l'utilisation et à renvoyer à des études le sort du Gaucho alors que les études sont faites et accablantes. Il ne fait que tirer a minima les conséquences de la décision du juge d'instruction de Saint-Gaudens sans laquelle cette demi mesure ne serait pas intervenue. CAP 21demande une nouvelle fois que la santé publique devienne une priorité réelle et non virtuelle tout juste bonne à fleurir les discours électoraux."
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