Daniel Carlier : un agriculteur raisonné et précis

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 08-10-2003

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Matériel d'analyse de lisier
Matériel d'analyse de lisier

La certification raisonnée, qui se met en place, sera attribuée aux exploitations agricoles, un peu comme la norme ISO 14001 pour les sites industriels. Mais aucun label grand public n'est prévu. Pour autant, dans quelques années, un agriculteur qui n'aura pas ce type de pratiques ne pourra plus vendre à l'industrie agro-alimentaire ou à la grande distribution. L'enjeu économique est énorme, mais l'environnement y trouvera-t-il vraiment son compte ?

" La Boutardière ", l'exploitation de Daniel Carlier dans la champagne berrichonne, près de Chateauroux, n'a rien à voir avec la ferme que vous pouvez avoir connue, enfant, lors de vacances d'été. Elle est plus proche d'une entreprise classique que de l' l'image d'Épinal avec veaux, vaches, cochons et boue à tous les étages. Daniel Carlier, qui a la même apparence qu'un patron de PME, vous reçoit dans son bureau, très équipé en informatique et ne résiste pas au plaisir de vous faire visiter le bungalow où travaillent la secrétaire et le technicien qu'il partage avec ses 7 associés, céréaliers comme lui.
La visite du local de produits phyto-sanitaires où tout est rangé, étiqueté, des hangars ventilés où est entreposé le grain, du nouveau centre de formation, (avec piscine) qu'il finit de faire construire, finit de vous confirmer que vous êtes bien chez un prototype de l'agriculteur du XXIe siècle.
Car, ce n'est pas par hasard que Daniel Carlier, qui adore communiquer, est devenu un des emblèmes du réseau FARRE (Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement).

Doser mieux les produits

Pour lui, l'agriculteur raisonné, c'est celui qui va se réapproprier son métier et sortir de l'assistanat. Il est bien placé pour le savoir, puisqu'avant d'être agriculteur... il était vendeur de produits phyto-sanitaires dans une coopérative agricole. Il sait donc que, sur le terrain, c'est le vendeur qui dit à l'agriculteur quels produits utiliser, quand et combien... Il sait également que le même vendeur n'hésitera pas à promettre un voyage-récompense - avec madame aux USA - pour l'agriculteur qui aura passé de " bonnes " commandes dans l'année ! Enfin, il a bien vu que les procédures d'utilisation et de stockage de ces produits étaient " approximatives " : lui, dit que les agriculteurs travaillent " à l'instinct ". Résultat, maintes fois dénoncé par des associations environnementalistes comme France-Nature-Environnement (FNE) : des pratiques aberrantes du type surdosages, traitements inutiles, rinçage et vidange de fonds de cuve dans la nature, mélange de produits, traitement par grand vent, applicateurs ne portant pas l'équipement réglementaire (combinaison, masque, gants), etc...

Daniel Carlier reconnaît que les bonnes pratiques prônées par l'agriculture raisonnée ne suffiront pas. Il milite donc aussi pour une agriculture de précision utilisant GPS, logiciels informatiques et analyse scientifique des sols, pour savoir, presque cm2 par cm2, en fonction des rendements, combien d'engrais, d'insecticide, de fongicide... épandre  et quand : une façon d'économiser jusqu'à 50 % d'intrants, par rapport à la méthode " classique " où l'on se base sur des moyennes (on conseillera, par exemple, 250 kgs d'intrants pour un rendement moyen de 70 quintaux à l'ha).
Daniel Carlier, reconnaît que cette haute technicité ne permet pas forcément d'améliorer considérablement ses revenus : sur son exploitation de 240 ha, une marge brute de 30 euros par ha, les bonnes années (subventions de 300 euros/ha  incluses!), lui laissent 1500 euros de revenu par mois. Heureusement, ses activités d'expert agricole, de formateur, de régisseur d'une autre exploitation permettent que la production agricole ne représente qu'1/3 du total de ses gains. Mais il reste persuadé qu'il faudra bien, un jour, poser le problème de la répartition des marges dans la filière agro-alimentaire (incluant transformation et distribution) : sur une baguette de pain vendue près de 1 euro, il rappelle que le blé ne représente que 2,4 centimes d'euros !

Le site du forum de l'agriculture raisonnée :
 http://www.farre.org

Alain Chauveau
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