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Aquaculture, la mal aimée

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 01-10-2003



L'inexorable augmentation de la population planétaire tend à accroître la pression sur la chaîne alimentaire qui, pour l'heure, est loin de pouvoir assurer nos besoins à venir. L'un des principaux points de tension est l'apport protéinique, la filière de l'élevage ne pourra seule remplir cette fonction et nos habitudes alimentaires ne nous poussent pas vers les protéines végétales. La filière aquacole pourrait donc, dans les années à venir, prendre la place du principal fournisseur des humains en protéines : l'élevage de mammifères. Il lui faudra toutefois redorer son blason.

L'aquaculture est un terme générique pour la culture de poissons et de mollusque. Focalisé sur les effets indésirables de la pisciculture, on a tendance à oublier que des pans entiers de cette forme de culture n'ont pas d'impacts négatifs majeur sur l'environnement. L'ostréiculture et la conchyliculture ne posent aucun problème écologique majeur, et ne doivent donc pas être associés à la pisciculture de poissons ou de crevettes, deux activiés plus décriées.

Une filière polluante et peu pérenne

Pour l'opinion publique, les poissons issus de la pisciculture sont de faible qualité et contribuent indirectement au dépeuplement des océans. Cette image est partiellement vraie. Les principales espèces produites sont effectivement des espèces carnivores, qui s'aliment naturellement en agissant comme prédateurs auprès d'autres espèces de poissons. La culture de poisson d'élevage nécessite ainsi un apport suffisant en acides gras omega-3, provenant de poissons sauvages pour qu'ils conservent leurs qualités.

Les organisations écologistes stigmatisent également cette forme d'élevage pour ses déjections polluantes qui tendent à déstabiliser l'écosystème des rivières. Ces déjections augmentent le taux de produits azotés contenus dans l'eau, ce qui présente un risque pour certaines espèces de la faune et de la flore.
L'utilisation d'antibiotiques pour préserver la santé des poissons élevés présente, en outre, un risque d'augmentation de la poly-résistance bactérienne.

Espèces améliorées et le cauchemar OGM


La pisciculture industrielle est une industrie relativement récente. Les premières fermes à saumon sont apparues dans les années 60. Les progrès technologiques ont permis d'amoindrir certains des impacts environnementaux mais posent d'autres problèmes potentiels. Comme toutes les formes d'élevages, l'industrialisation de la pisciculture a conduit à une sélection génétique visant à améliorer le rendement des différentes espèces. Ce processus a été jusqu'à présent naturel, en sélectionnant et en croissant des poissons d'une espèce ayant des caractéristiques souhaitées.

Certains scientifiques voient toutefois dans les poissons génétiquement modifiés une possibilité d'aller au delà de ce que la sélection naturelle permet. Ils rêvent notamment d'une généralisation des poissons génétiquement modifiés afin d'augmenter la production d'hormones de croissance, ce qui permettrait une croissance plus rapide et plus importante de l'espèce. Ce projet est particulièrement controversé. Outre le problème de santé alimentaire, il représente un risque réel pour l'écosystème des océans. Il est, en effet, impossible de prévoir l'impact qu'aurait l'introduction de tels poissons dans la chaîne alimentaire. On estime que tous les ans plusieurs dizaine de milliers de saumons d'élevages arrivent à s'échapper de leurs fermes et rejoignent leur milieu naturel. En cas de développement d'une pisciculture OGM, quelles seraient les conséquences écologiques de l'impact de ces espèces améliorées ? Cette interrogation devrait freiner le développement des applications OGM de cette filière.

L'élevage intensif de poissons pose bien un certain nombres de problèmes cruciaux sur la pérennité de la filière et ses impacts écologiques. Les progrès scientifiques, en terme d'amélioration des espèces et d'alimentation, pourraient toutefois améliorer sensiblement la situation (voir article lié). Mais tout comme l'élevage terrestre, ce type de production intensive ne pourra pas atteindre une neutralité environnementale. Politiques et consommateurs devront donc sélectionner les filières pour qu'elles produisent le moins de dégâts possibles.

Pierre-Marie Coupry
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