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![]() Planète \Environnement \AgricultureAntilles : un plan de relance de la culture de bananesUn an après le passage de l'ouragan Dean qui a ravagé les bananeraies des Antilles, le gouvernement lance un plan de relance du secteur. Le but est de favoriser une agriculture plus respectueuse de l'environnement, et de limiter surtout l'utilisation de pesticides, sur des terres polluées depuis plus de 20 ans par la culture de la banane.
Là où Dean est passé en 2007, il ne reste rien. Premières touchées, les plantations de bananes de la Martinique et de la Guadeloupe, que l’ouragan a détruites dans leur quasi intégralité. Aujourd’hui, plus d’un an après le passage de l’ouragan, le ministre de l’agriculture a présenté un plan de redressement de la filière, dont la production a été réduite presque de moitié. Lors de son passage en Guadeloupe et en Martinique vendredi 5 novembre, Michel Barnier a signé un protocole d’accord pour la mise en place d’un « Plan banane durable » sur la période 2008-2013. En partenariat avec les deux régions, l’Union des groupements des producteurs de banane (UGPBAN) et le Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique pour le développement (CIRAD), le projet prévoit de réorienter 100 millions d’euros de crédits pour « encourager les producteurs de banane à utiliser moins de produits phytosanitaires et privilégier les techniques alternatives de protection des cultures ». La destruction des cultures est en effet l’occasion idéale pour tenter de soulager les parcelles polluées depuis des dizaines d’années par des pesticides persistants, le chlordécone en tête de liste. Le rapport qui tire la sonnette d’alarme
"Un désastre économique et sanitaire pour les futures générations antillaises", c’est ce que prévoit Dominique Belpomme, cancérologue à l’hôpital Georges Pompidou à Paris. Dans son rapport, présenté le 18 septembre 2007 à l’Assemblée nationale, le professeur donne l’alerte sur les conséquences de l’utilisation massive du chlordécone et du paraquat. Il affirme notamment que les cas de cancers aux Antilles, plus nombreux qu’en métropole, sont en partie dus à la pollution des sols et des eaux par de nombreux pesticides. Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, a reconnu, à la suite de ces révélations, que « la situation est très grave ». Les syndicats de planteurs de bananes antillais ont protesté énergiquement contre cette mise en cause publique de leurs pratiques. En effet, à ce jour, aucune étude n’a formellement montré l’impact des substances incriminées sur l’augmentation des cancers. Le professeur Belpomme réclame, dans son plan d’urgence en 5 points, le lancement d’études épidémiologiques et environnementales, pour dresser un bilan de la situation dans les îles. C’est la demande qu’avaient faite avant lui plusieurs associations de défense de l’environnement. Le chlordécone, toxique et dangereux, mais très utilisé De son côté, le Comité d'étude des Nations Unies a bien confirmé, en 2006 dans un rapport, que le chlordécone peut s'avérer dangereux pour la santé de l'homme et son environnement. La molécule touche notamment le système nerveux central et le système endocrinien, et peut entraîner des malformations fœtales ainsi que des diminutions de la fertilité chez le mâle. Par ailleurs, si seulement 9% des sols de Guadeloupe et 8% des sols de Martinique sont très pollués, le chlordécone se retrouve cependant dans de nombreux aliments. Le lait des vaches, les cucurbitacées, ainsi que de nombreuses espèces marines sont ainsi contaminées. Enfin, la réglementation sur les limites maximales de résidus, pas assez stricte, n'a pas permis d'éviter la contamination de la population antillaise. " Les exigences actuelles concernant les concentrations de chlordécone sont trop laxistes, explique Pierre Stengel, directeur scientifique de l'unité "Environnement, écosystèmes cultivés et naturels" de l'INRA. De très petites quantités peuvent déjà être dangereuses pour l'homme. " Les populations les plus touchées seraient celles qui consomment les produits de leurs jardins. Des coûts exorbitants pour dépolluer les parcelles La pollution des terres est donc réelle, et problématique car insolvable. Aujourd’hui, il n’existe pas de technique qu’on puisse raisonnablement appliquer pour dépolluer les parcelles martiniquaises et guadeloupéennes. « On peut envisager de décaper les sols, puis de nettoyer la terre en la calcinant ou en utilisant des solvants, mais les coûts seraient faramineux » explique Pierre Stengel. Reste l’alternative de la reconversion des terres contaminées, notamment vers la culture de produits non alimentaires (biocarburants, bois, fibres…). Encouragé par le ministère de l’Agriculture, ce choix est loin d’être facile. « La diversification, c’est facile à dire, mais moins à faire, déclare Eric de Lucy, président de l’UGPBAN. Nous ne sommes pas compétitifs dans tous les domaines. » Daniel Diser, président de Banalliance, un groupement de producteurs martiniquais, donne en exemple sa propre expérience : « J’ai voulu planter des goyaves, mais au bout de quelques mois, j’ai eu des nématodes [de petits vers qui ravagent les plantations, ndlr]. J’ai préféré arrêter l’expérience. » Sensibiliser les populations et contrôler les productions Alors que les experts ainsi qu’un décret préconisent l’analyse systématique des sols avant toute culture de plantes “sensibles” et déconseillent la culture en cas de pollution, ces dispositions seront-elles appliquées ? Le fait est que l’analyse des parcelles serait longue et coûteuse. Et l’enjeu n’est pas seulement environnemental. Ne pas replanter, c’est mettre au chômage technique les 18.500 employés des 700 producteurs de la filière, premier employeur privé des Antilles, avec un chiffre d’affaires de 125 millions d’euros. C’est priver également l’Europe de 251.000 tonnes de bananes, soit 10% de sa consommation annuelle. Difficile, alors, pour les planteurs, d’accepter autant de pertes à très court terme, pour un bénéfice global à très long terme (certains spécialistes estiment qu’il faudra plusieurs siècles pour nettoyer l’ensemble des terres). D’autant plus que la concurrence des bananes venues d’Amérique du Sud, moins chères car issues de cultures plus intensives, devient pesante. En attendant une solution miracle pour dépolluer, les planteurs s’engagent. « Depuis une dizaine d’années, nous avons démarré un plan d’arrêt des pesticides, » explique Sébastien Zanoletti, directeur qualité et développement de l’UGPBAN. Le Plan banane durable souhaite continuer dans ce sens : il s’inscrit dans le volet Ecophytodom du plan Ecophyto 2018 du Grenelle de l’environnement, qui prévoit de réduire de moitié les quantités de pesticides utilisées d’ici 10 ans. Un Institut technique de la banane (ITBAN), réunissant des scientifiques du Cirad et des acteurs de la filière, a également été créé et doté d’un budget de 6 millions d’euros. Sa mission consiste à développer de nouvelles variétés plus résistantes, des systèmes de production qui permettent de limiter l’utilisation de phytosanitaires, de former et sensibiliser les planteurs aux bonnes pratiques. L’UGPBAN se donne pour objectif 100% de production certifiée “agriculture raisonnée” d’ici à 2012, preuve d’une « rupture » dans le mode de fonctionnement de la filière, d’après Eric de Lucy. « Une crise comme celle du chlordécone ne pourrait plus arriver aujourd’hui » ajoute-t-il. Espérons qu’il dise vrai, peu après le retrait du marché du paraquat, un herbicide également soupçonné d’être dangereux.
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