
1645 ha de soja illégaux en Amazonie, Greenpeace
Amazonie : Greenpeace obtient un moratoire sur la commercialisation du soja
Les multinationales du soja ont adopté fin juillet un moratoire de deux ans sur la commercialisation du soja provenant de zones déforestées en Amazonie. Greenpeace, qui a mené depuis trois ans une campagne contre les acheteurs de soja, salue le grand pas en avant effectué par Mc Donald's et d'autres entreprises agroalimentaires.
La culture du soja est certes la plus rentable pour le Brésil, mais elle est aussi la plus dévastatrice, au plan humain comme au plan environnemental. De 9,7 millions d'hectares dans les années 70, la culture de soja est passée à plus de 22 millions aujourd'hui. Cette accélération, qui touche des zones fragiles d'Amazonie, est fortement utilisatrice d'eau, d'engrais et de pesticides. Même situation en Argentine, où cette culture intensive a augmenté de 75% dans les 5 dernières années. "En 2002, 700 000 hectares de forêts ont été détruits au Brésil pour faire place au soja," indiquait une représentante du CCFD lors du lancement de la campagne intitulée "le soja contre la vie", (voir article lié) menée par un réseau international d'ONG.
Actuellement, le soja monopolise 47% des surfaces cultivées en grains au Brésil et cette culture intensive est majoritairement destinée aux élevages européens, où la consommation de viande est l'une des plus élevées au monde. Greenpeace, qui mène depuis 3 ans une campagne active sur les conséquences environnementales et sociales de cette culture, a réussi à convaincre Mc Donald's et d'autres entreprises agroalimentaires de former une alliance à ses côtés pour "exiger des négociants en soja, tels que l'américain Cargill, le français Dreyfus, le brésilien Amaggi, qu'ils cessent de déforester l'Amazonie," indique l'ONG, qui demande que le moratoire reste en place jusqu'à ce qu'un accord sur la protection de la forêt amazonienne à long terme entre le gouvernement brésilien et les parties prenantes soit adopté.
"Les entreprises agroalimentaires qui vendent des produits issus directement de la déforestation de l'Amazonie ont joué un rôle crucial pour amener les gros revendeurs de soja à la table des négociations," a expliqué Gerd Leipold, directeur général de Greenpeace International. Il s'agit maintenant d'obtenir des résultats concrets sur le terrain pour protéger l'Amazonie de la destruction et la balle est dans le camp des négociants de soja." De son côté, le groupe Mc Donald's, qui a fait l'objet d'une vive pression de la part de l'ONG, a déclaré avoir "pris contact avec nos fournisseurs, pour prendre des mesures et résoudre ce problème... Nous sommes déterminés à rétablir les choses aux côtés de nos fournisseurs et du gouvernement brésilien, afin de préserver la forêt de toute nouvelle destruction." Autre victoire de l'ONG, les entreprises qui ont rejoint le moratoire se sont également engagées à refuser d'acheter du soja génétiquement modifié.
Au Brésil, le président de l'Association brésilienne des industries des huiles végétales (Abiove) Carlo Lovatelli, a déclaré à l'AFP que "le marché a changé, le producteur doit démontrer sa fiabilité au plan social et environnemental (...). Une exigence qui s'étend désormais au Brésil," a-t-il reconnu. "Comme le marché en Europe ne veut pas accepter de soja provenant de zones victimes de déforestation de l'écosystème amazonien, nous avons décidé de nous réunir et de ne plus acheter de soja" provenant de ces secteurs, a expliqué M. Lovatelli. Cependant, a-t-il prévenu, "le simple fait d'annoncer que nous n'achetons plus ce soja, va faire qu'une grande partie des producteurs illégaux vont changer de région." Face à ces risques, Greenpace Brésil a bien l'intention de "continuer à mettre la pression pour que cet accord protège vraiment l'avenir de la forêt tropicale et du peuple amazonien. Les conflits pour la terre et les ressources forestières ont non seulement détruit de grandes surfaces de forêt mais ils ont fait des milliers de victimes. Les négociants de soja doivent maintenant permettre à toute la région de bénéficier de la protection de l'environnement qui lui est due."
Cette bataille concerne de fait des millions de personnes, qui vivent des ressources forestières de l'Amazonie mais qui ont été rendues dépendantes de l'agro-business. "Le président Lula privilégie les exportations de l'agrobusiness, qu'il considère comme la locomotive économique du pays, alors que ce sont les familles de paysans qui nourrissent les brésiliens grâce à leurs cultures encore diversifiées," explique la Commission pastorale de la terre (CPT), association brésilienne qui dénonce "un système de dépendance du pays à l'égard de ses exportations, contrôlées par une dizaine de grandes entreprises."
Véronique Smée
Mis en ligne le : 03/08/2006 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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