Alimenterre organise la concertation entre agriculteurs du Nord et du Sud
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Publié le 10-01-2007
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Lors d'un séminaire à Yaoundé, organisé début décembre par le Collectif Alimenterre, des représentants d'ONG et d'organisations paysannes d'Afrique et d'Europe ont débattu des questions de souveraineté alimentaire des pays du Sud. Alimenterre qui rassemble le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI) et SOS Faim Belgique et Luxembourg est à l'origine d'une campagne « Lait : l'Europe est vache avec l'Afrique », lancée en octobre 2006.
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Dans une exploitation agricole familiale de l’ouest du Cameroun, un groupe d’Européens et d’Africains visitent les plantations de maïs et l’élevage de poulet, appareils photos et caméscopes en bandoulière. Ce n’est pas une nouvelle forme de tourisme, mais la rencontre inédite organisée par le Collectif Alimenterre entre des agriculteurs belges, luxembourgeois et polonais avec leurs homologues d’Afrique Centrale. « C’est la première fois que des représentants de l’agriculture paysanne du Nord et du Sud sont mis autour de la même table en Afrique. Pendant une semaine, ils ont constaté leurs différences, mais surtout ont mis en relief les éléments de convergence », explique Virginie Pissoort, chargée de la campagne souveraineté alimentaire à SOS Faim Belgique, membre du Collectif Alimenterre. Premier constat, au Nord comme au Sud, les exploitants familiaux, majoritaires dans le monde agricole, ne parviennent pas à obtenir un prix rémunérateur pour leurs productions. En Europe, la Politique Agricole Commune (PAC), compense à coup de subventions le décalage, tandis qu’en Afrique, les paysans souffrent du manque de volonté politique des Etats et des bailleurs internationaux pour appuyer le développement de la production et de la transformation, d’une intégration régionale insuffisante des marchés agricoles et des importations de produits à bas prix comme le lait, le poulet congelé ou le riz venus d’Europe et d’Asie(voir article lié). Résultat, les populations rurales (60 % de la population active au Cameroun) s’appauvrissent alors que le secteur primaire vivrier participe largement au PIB (20 % au Cameroun). Alors que l’OMC (Organisation mondiale du commerce) cherche à libéraliser les échanges agricoles et que les Accords de partenariat économique entre l’UE et les pays ACP (Afrique Caraïbes, Pacifique) doivent entrer en vigueur le 1er janvier 2008, les représentants africains ont alerté leurs homologues sur les risques d’une libéralisation précipitée de leur secteur : « Je n’ai pas connu d’exemple où un pays n’a pas cherché à protéger son agriculture. L’Europe a mis cinquante ans pour se préparer. En Afrique de l’Ouest, nous sommes au début du processus d’intégration régionale. Comment peut-on nous demander d’être au même niveau ? " demande Nadjirou Sall de la Fédération des organisations paysannes du Sénégal (FONGS). Une politique agricole commune a été instaurée, en 2002, entre les sept pays de l’Union économique et monétaire de l’Ouest Africain, UEMOA Cette question est liée à celle des moyens donnés à une politique de développement des agricultures d’Afrique. Alors que les paysans africains appellent à l’octroi de subventions directes et de mesures compensatoires au même titre que les paysans européens, ces derniers ont tenté d’expliquer leur expérience en ce domaine : « C’est frustrant de percevoir des indemnités compensatoires du fait de la politique européenne de baisse des prix. Ce serait beaucoup plus valorisant de vivre d’un prix rémunérateur », explique Anne-Marie Tasiaux, de la Fédération Wallonne des Agriculteurs. La protection des marchés africains contre les importations incontrôlées a fait l’unanimité des participants. Pour autant « Il ne faut pas se faire d’illusion et dire aux paysans d’Afrique qu’ils peuvent vivre avec un demi hectare. Il faudra grandir et penser à employer des populations déplacées, dans une certaine mesure », constate Piotr Dabrowksi, représentant de la Chambre d’agriculture de Pologne. Inscrire dans le droit la protection de l’agriculture familiale, refuser l’échéance du 1er janvier 2008 pour l’abandon des accords préférentiels de Cotonou au profit des APE sont ressortis comme des points de consensus d’un séminaire qui était le premier d’une série de trois qui jalonneront les campagnes du Collectif Alimenterre pour la souveraineté alimentaire. En 2007, la Pologne accueillera les paysans africains et d’Europe occidentale. En point d’orgue de cette rencontre, l’ONG camerounaise Acdic (Association citoyenne pour la défense des intérêts collectifs), partenaire du Collectif Alimenterre, a remis 620 000 pétitions à l’Assemblée nationale dans le cadre de leur campagne nationale « Produisons ce que nous mangeons, mangeons ce que nous produisons ». Cette campagne, comme celle du Collectif intitulée « L’Europe est vache avec l’Afrique », est destinée à alerter les consommateurs européens sur les méfaits d’importation de lait européen subventionné en Afrique. Elles visent une mobilisation citoyenne capable de peser sur les décisions politiques.
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Philippe Chibani-Jacquot au Cameroun
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