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Agrivair, modèle sans pesticides

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 19-03-2007



Comment assurer un taux de 10 mg/l de nitrates et de 0 mg/l de pesticides dans l'eau du sol, qui circule sous les racines ? Depuis 15 ans, au coeur des Vosges, la société Agrivair - filiale du groupe Nestlé Waters - pratique le conseil agricole durable, afin de changer les comportements des exploitants et préserver l'eau des polluants phytosanitaires et industriels.

C'est à Vittel, en 1989 que la démarche d'Agrivair s'enracine. A cette époque, pour faire face au risque d'eutrophisation (excès de nitrates) des eaux de son bassin d’alimentation - une zone de captage appelée implévium- l'entreprise Vittel s'engage dans un vaste programme de recherche transdisciplinaire, en partenariat avec l'INRA. Ce projet de gestion de l'eau devient, en 1992, Agrivair, une entité d'une trentaine de salariés chargée de protéger localement la ressource « eau potable » des risques de pollution des sols en surface, notamment celle induite par l'agriculture intensive.
Sur le territoire français, l'eau de Vittel est une eau minérale déclarée d'intérêt public. Teneurs et composition chimique sont fixés par la loi et ne doivent pas varier ni subir aucun traitement. Stopper la dégradation de la ressource "eau" implique ainsi d'agir en amont, en modifiant les processus de production agricole. Différentes bonnes pratiques sont regroupées par Agrivair dans un cahier des charges particulièrement détaillé.
Rotation des cultures et remplacement du maïs, assoiffé d’eau, par de la luzerne, forte consommatrice de nitrates ; rééquilibrage de l'alimentation du bétail ; compostage et épandage des déjections animales ; suppression des produits phytosanitaires... "Nous n'avons rien inventé, simplement remis au goût du jour certaines techniques » souligne Philippe Pierre, directeur d'Agrivair. « Sauf que tout ce que nous avançons est démontré scientifiquement. Désormais, plus le système est intensif, plus les solutions de pompes à nitrate mises en place protègent le sol et l’eau. 92 % des surfaces sur Vittel et 80 % sur Contrexeville se sont engagés à respecter notre cahier des charges, sur 18 ou 30 ans."

Financement proportionnel aux ambitions

Ce succès est essentiellement du à une politique de financement ambitieuse. "Dans notre diagnostic initial, au début des années 90 » poursuit le responsable, « deux freins au changement sont apparus : l'endettement à court terme et celui au long terme." En plus d'une politique de rachat et de redistribution des terres par la société d'eau minérales (propriétaire depuis 1987 de 50 % des terres de la vallée de Vittel), les agriculteurs signataires du cahier des charges ont accès à trois types d'aide : une aide sur 5 ans, à l’hectare, financé à moitié par l'entreprise puis à parité par l'Etat et les collectivités locales ; des prestations gratuites (entretien des haies, désherbage, compostage, épandage) ; et la prise en charge des surcoûts de mise aux normes des bâtiments. Coût total de l'opération, sur 7 ans, près de 5,5 millions d'euros consacrés à l'achat des parcelles et 3,8 millions aux investissements dans les exploitations.

"De la gestion des espaces verts aux travaux d'assainissement des communes, notre travail consiste à faire des propositions techniques palliant des pratiques qui posent problème à la qualité de l'eau et des sols sur le long terme » explique Philippe Pierre. « Or la circulation de l'eau est autant latérale que verticale, donc toutes les zones sont à risque." Pour Agrivair cependant, ce ne sont pas les systèmes qui créent les risques mais d’abord l'homme. La démarche d’actions préventives distingue ainsi trois niveaux de risque : agricole, urbain mais aussi industriel/artisanal d’où un travail sur l'énergie et les filières d'élimination qui ne remet pas en cause la réalité socio-économique ou les emplois existants.

"Dans un contexte de développement urbain » illustre le directeur d'Agrivair, « il s'agira de favoriser le passage du gaz de ville qui, de notre point de vue, présente un risque moindre que la circulation des hydrocarbures." Autre enjeu, la tendance à « l'étanchéification » croissante des surfaces, avec la construction de routes, de parkings. "Là encore nous n'allons pas nous y opposer mais chercher à diminuer la politique des tuyaux, à travers une stratégie de récupération des eaux de ruissellement, acheminées vers des bassins de rétention équipés en sortie de déshuileurs, avant de les réinjecter localement et recharger les nappes phréatiques."

MAxence Layet
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