Afrique du Sud : quelle agriculture pour assurer l'indépendance alimentaire?
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Publié le 26-02-2009
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Malgré une croissance économique soutenue, l'Afrique du Sud est dépendante des marchés agricoles et le pays importe plus qu'il n'exporte de denrées alimentaires. Certaines enseignes de la grande distribution s'organisent pour développer les produits locaux, issus de agriculture durable.
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Juillet 2008, 25.000 manifestants défilent à Johannesburg contre la hausse des prix alimentaires. Les syndicats interpellent le gouvernement pour exiger des grandes firmes de l’agro-alimentaire de contrôler la hausse des prix des produits de base, comme la farine de mais et de blé. Entre février 2007 et février 2008, l’inflation des prix alimentaires a en effet connu une hausse de 14%, frappant plus particulièrement les ménages les plus pauvres, qui dépensent un quart de leurs revenus pour l’alimentation. Le gouvernement sud-africain, comme les grandes firmes nationales de l’agro-business, rejettent pour autant l’idée d’un contrôle des prix, contraire aux principes de libre concurrence. Néanmoins, un consensus se dégage sur la nécessaire remise à plat de la politique agricole. Pour le ministre des Finances, Trevor Manuel, « le fait que le pays importe plus qu’il n’exporte de produits tels que le blé, le riz ou la viande, est un problème ». « Durant la dernière décennie, nous avons négligé d’augmenter la production agricole, reconnaît-il. Ce constat vaut pour l’agro-industrie comme pour les petits producteurs. En augmentant notre capacité de production, nous pourrions nourrir la nation et gagner des revenus supplémentaires à l’export.»
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Comment, dès lors, augmenter cette production ? Comme ailleurs, les grandes exploitations agricoles et les grandes firmes de l’agro-alimentaire prônent en majorité l’agriculture intensive et le recours aux OGM. La position de la grande distribution est un peu plus nuancée, notamment celle des enseignes ciblant les consommateurs les plus aisés. Elles constatent qu’aujourd’hui, comme dans les pays développés, ces consommateurs au fort pouvoir d’achat refusent les OGM et se tournent vers la consommation de produits bio locaux. Signe révélateur de cette prise de conscience, c’est sous l’influence de la grande distribution et de la société civile, et alors que les lobbys agricoles et de l’agro-alimentaire s’y opposaient, que la labellisation des produits OGM est devenu obligatoire en septembre 2008. Si la hausse internationale des prix alimentaires, des intrants agro-chimiques et de l’énergie se confirment sur le long terme, développer une agriculture locale durable pourrait être un bon pari économique pour la grande distribution sud-africaine. C’est en tout cas celui du groupe Woolworths, gagnant en 2008 du prix « Responsible Retail of the Year », devant Tesco et Carrefour.
Woolworths, leader de la grande distribution, prône le bio
Woolworths refuse les produits OGM et milite pour une agriculture locale durable. Son objectif est de proposer une gamme toujours plus étendue de produits bio en réduisant la différence de prix. Tom Mc Laughlin, Sustainable Manager chez Woolworths, explique : « Nos bananes bio coûtent aujourd’hui quasiment le même prix que nos bananes classiques ». La démarche, cependant, s'adresse surtout à une minorité aisée de consommateurs. Tom Mc Laughlin le reconnaît, mais souligne l' action en faveur des petits producteurs noirs : « Sur le bio, nous tentons de nous approvisionner auprès de petits producteurs émergents et de les soutenir financièrement. Nous nous engageons par exemple à acheter la production d’un petit producteur d’haricots verts tout en l’aidant à se doter de capacité d’emballage. » Pour Nick Vink, de l’Université de Stellenbosch, expert de l’agriculture sud-africaine, même si ces initiatives sont louables, elles restent marginales, et les grandes exploitations agricoles continuent d’être les principaux fournisseurs en produits frais de la grande distribution. Et pour cause : ils peuvent répondre aux exigences de paiement différé et aux critères de sécurité alimentaire. Les petits producteurs, eux, " ont avant tout besoin d’un investissement massif des pouvoirs publics dans l’agriculture », explique-t-il. Difficile, donc, de savoir aujourd’hui si le développement d’une agriculture durable va changer la situation des producteurs les plus pauvres, mais une chose est sûre : Woolworths semble décidé à s'y investir. Et son succès auprès de la tranche la plus solvable des consommateurs fait des émules parmi d'autres grand leaders de la distribution.
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Stéphanie Giamporcaro, Le Cap (Afrique du Sud)
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