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Le thème du développement durable a t-il fait partie dès le départ des axes d'approches de Companieros.com ? Antoine de Gabrielli : Non. Nous voulions organiser des projets pédagogiques permettant aux étudiants de réfléchir au sens de leur vie professionnelle. Ils ont ce souhait actuellement, et le développement durable permettant cette approche transversale de l'entreprise, cela nous a paru un bon terrain d'investigation. Je considère que la condition première pour un développement durable est un développement du débat entre des parties qui ne se rencontraient pas avant. Les étudiants ont déjà l'occasion de rencontrer les entreprises. Quoi de neuf avec le forum Equation ? Antoine de Gabrielli : D'ordinaire, les étudiants croisent les entreprises au cours de forum emploi, destiné au recrutement, dans un but " commercial " donc. Ici, il s'agissait d'une rencontre-débat entre décideurs et futurs décideurs, avec une vraie et nouvelle liberté de ton. Le développement durable est un concept intéressant car les entreprises n'ont pas de certitude en la matière, elles sont en pleine évolution de par la prise en compte de ce nouveau paradigme. On peut dire que leur " fragilité " réside là, et on est plus ouvert aux autres quand on est fragile. Elles sont dans l'ère de la complexité et celle de l'incertitude, engendrant de grandes peurs. Elles se demandent comment faire bien, comment faire appliquer les chartes, comment contrôler, comment certifier, comment prévoir les risques, le tout en générant des profits pour continuer à exister. Les entreprises sont intéressées par des étudiants ayant des valeurs fortes, comme ceux qui s'intéressent au développement durable. Comment avez-vous sélectionné les entreprises présentes, aviez-vous des critères pertinents quand à leurs actions en faveur du développement durable ? Antoine de Gabrielli : Ma façon de procéder a été fort simple. Nous avons écrit aux entreprises du CAC 40 et de l'Eurostoxx 50, ainsi qu'à quelques grosses PME (dont aucune n'a donné de nouvelle à ce jour). Les 12 premières sociétés à nous avoir dit oui ont été retenues, sans aucun jugement. Je ne prétends pas être un spécialiste du développement durable. J'avoue avoir été agréablement surpris par certaines entreprises, comme TotalFinaElf, dont on aurait pu imaginer un refus, mais au contraire, ils ont choisi une attitude assez audacieuse à mon sens. C'est dans cet esprit que je voulais ce forum : offrir un lieu de débat pour permettre à chacun de se faire son opinion. Ici, on a parlé de choses concrètes, pas de simple image, et les entreprises prennent un risque en s'exposant ainsi. Comment estimez-vous la connaissance des étudiants en matière de développement durable ? Antoine de Gabrielli : Je dirais qu'ils se sentent concernés, mais qu'ils ont une certaine méconnaissance, tout au moins des idées confuses, et qu'ils sont perplexes face à ce thème très vaste. La plupart du temps, les étudiants nous disent qu'il s'agit là d'un outil de communication. Mais ils veulent savoir ce que c'est, ils sont intéressés. 30 % d'entre eux placent ces valeurs montantes dans leurs trois premiers critères de choix de leur future entreprise. Les étudiants ont une définition intuitive du développement durable, ils sentent qu'il faut plus d'interactions entre l'entreprise et la société, qu'il faut plus de sens dans l'activité économique. Beaucoup d'entre eux ont vu leur père, leur frère, même à des postes à responsabilité, se faire virer au moins une fois dans leur carrière. Ils ont d'autres exigences et une autre attente face à la vie active. Soit ils se disent j'y vais, mais je veux d'emblée un vrai respect de ma vie privée, je ne veux pas la sacrifier. Soit ils acceptent de s'engager mais là, il veulent en savoir plus, pour quel projet, quel en est le sens ? Je suis convaincu que la formation des futurs décideurs, qui intégrera la prise en compte du développement durable, doit proposer un retour des sciences humaines dans l'enseignement, repenser la place de l'entreprise grâce à la philosophie par exemple.
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