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Pour prétendre à une économie plus responsable, disposer de dirigeants et de salariés plus responsables est indispensable. Or les courants de pensée et les pratiques dominants dans la sphère économique émanent des universités et des grandes écoles. Forte de ce constat, l'association Alliances (créée en 1994 par trois entrepreneurs pour promouvoir la notion de responsabilité sociale dans les entreprises du Nord) a voulu savoir comment les écoles et les universités de la région intégraient les enjeux du développement durable et la RSE à leurs enseignements et si elles répondent à un double objectif : former des gens capables d'accompagner les transformations nécessaires à un avenir soutenable et satisfaire les attentes des jeunes générations, soucieuse de concilier transformation sociale et transformation personnelle.
A la demande d'Alliances, un "Diagnostic pour une formation de décideurs socialement responsables" a donc été réalisé par le CREE (Centre de Recherche en Ethique Economique, Université catholique de Lille)*, sur un échantillon de 30 formations et filières proposées par des écoles de management, d'ingénieurs et par des universités. Un autre échantillon de référence, composé de dix formations françaises et internationales réputées (Essec, London Businesss School, Indian Institute of Technology, UQAM (Canada), Université du Burundi, etc.) a servi d'étalonnage. Les 30 formations choisies ne l'ont pas été pour leurs "bonnes pratiques" recensées en matière de formation à la RSE (certaines n'abordent pas ce sujet), mais pour offrir un panel d'étude et de métiers concernés par ces questions éthiques (droit, sciences économiques, management, communication, gestion de l'environnement...). 70 entretiens ont été menés auprès de directeurs d'établissement, directeurs des études et d'enseignants.
Des motivations dignes d'entreprises...
Globalement, l'étude montre un enseignement présent mais inégal, plus ou moins spécifique, plus ou moins intégré, et une créativité réelle du fait d'enseignants militants. L'étude montre aussi l'existence de résistances liées à une représentation critique de la RSE, quant à sa "signification sociale", et au pur produit de l'entreprise "qui ne concerne par l'enseignement."
Un enseignement dont la richesse varie selon les motivations de l'institution : convictions éthiques des responsables pédagogiques, stratégie de positionnement sur le marché de la formation, réponse à la demande des entreprises aux prises avec les nouvelles normes sociales et environnementales. Des motivations (conviction sincère, opportunisme stratégique ou intérêt commercial) habituellement attribuées aux entreprises. "Le monde de l'enseignement se comporte un peu comme une entreprise à l'heure actuelle, confirme Didier Peillon, chargé de mission à l'Alliances, avec cependant une approche différente entre les écoles et les universités. Si les premières, pragmatiques, se disent " je dois y aller, pour les entreprises, pour un marché du travail potentiel ", les secondes se revendiquent plus soucieuses de former des citoyens avant des managers."
Transmission de savoirs ou de comportements ?
D'autres clivages existent notamment sur les savoirs à transmettre. Si 27 % favorisent les savoirs théoriques, 31 % les savoirs-faire (capacité à développer des outils et des méthodes), 38 % estiment que la RSE est avant tout un savoir-être, une faculté à "être" plus responsable et à discerner ce qui fait sens pour soi. Pour 81 % des formations actuelles, l'objectif principal est la sensibilisation du futur professionnel à la RSE, pour 4 % c'est la sensibilisation du citoyen à la RSE et la professionnalisation sur la question de la RSE.
Souvent optionnels et spécifiques (44 % des établissements proposent un ou plusieurs cours spécialisé sur une thématique particulière), la RSE est souvent abordée par des témoignages de représentants d'entreprises. Les auteurs de l'étude pointent le manque de formation de formateurs, et expliquent ainsi que la RSE est loin d'être perçue comme un levier inévitable de transformation, ni comme une composante nécessaire à toute formation d'acteurs économiques.
Des chantiers et de grandes ambitions en marche
Pour Dominique Greiner, directeur du Centre de recherches en éthique économique (CREE), trois chantiers doivent être entamés : une meilleure intégration des enseignements de RSE aux matières fondamentales ; une responsabilité sociale vécue sur les campus (à l'instar des campus durables) ; enfin, un renforcement de la recherche appliquée, en matière d'interdisciplinarité et d'analyse des pratiques concrètes.
Depuis la présentation des résultats le 10 avril dernier, Alliances travaille à la création d'un observatoire des pratiques, structure d'échanges entre chercheurs et entreprises. Un congrès est prévu en 2008, dédié à la recherche autour des enjeux de la RSE et un "Davos de la RSE" sera dédié en 2010 aux acteurs d'une économie plus responsable. En attendant, Alliances met à disposition sa méthodologie si d'autres régions sont intéressées par une étude similaire. La région Rhône-Alpes le serait déjà. * Les auteurs de l'étude sont Christelle Didier et Romain Huet, avec la collaboration de Hasnaa Bensouyah. Pour lire les résultats de l'étude : http://www.alliances-asso.org/htm/rse/alliancesetrse.htm#3
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