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Vers une traçabilité de l'or guyanais ?

Planète \Mondialisation

Publié le 21-10-2009



Pour lutter contre les méfaits de l'exploitation illégale de l'or, le WWF propose de mettre en place une traçabilité de la filière française. Après huit mois de rencontres avec les différents acteurs, de la « mine à la vitrine », l'ONG estime qu'il est aujourd'hui possible de suivre l'or à la trace. Reste à mettre la théorie en pratique.

Pour 3 tonnes d’or officiellement produites, on estime que le triple est aujourd’hui extrait illégalement en Guyane : depuis 2000, 22 tonnes d’or à l’origine douteuse et illégale auraient ainsi été écoulées, selon le WWF. Cette filière parallèle, régulièrement combattue par des opérations aussi insuffisantes que ponctuelles, reste un fléau pour la région tant au point de vue environnemental, que social, sanitaire et économique (voire article lié). Pour le WWF, il est donc aujourd’hui nécessaire de changer de perspective d’action : « il ne s’agit plus d’appréhender le problème de l’infiltration de l’or produit illégalement à l’échelle locale, mais plutôt de le traiter comme un problème de filière qui requiert des solutions pensées à l’échelle de la filière », note l’ONG dans son étude « De la mine à la vitrine ».

Pendant 8 mois, celle-ci a donc interrogé l’ensemble des acteurs du secteur : des exploitants miniers aux distributeurs et « la première chose qui saute aux yeux, c’est que quasiment tous opèrent sur le territoire national. Environ 80% de l’or produit en Guyane est expédié vers la métropole », note Rémi Renoux, responsable outre mer au WWF. Autre caractéristique, la filière est plutôt courte ; seulement 5 maillons principaux ont été identifiés*, et beaucoup ne comptent qu’une poignée d’acteurs : un seul affineur traitant de l’or guyanais a par exemple été recensé.

Des premiers signes encourageants

Aujourd’hui inexistante, « la traçabilité est possible même si elle n’est pas simple, affirme le directeur de l’ONG Serge Orru. Elle est plus facile à mettre en place que celle du soja notamment ». Des signes encourageants poussent en effet en ce sens. En premier lieu, les réactions récoltées lors des différents entretiens : « si certains fabricants avaient une très faible connaissance de la situation, plusieurs bijoutiers ont montré un vif intérêt pour comprendre la réalité de ces trafics et surtout élaborer des solutions », souligne Rémi Renoux. Pour les joaillers en effet, le rapport note que «  les fabricants de bijoux reconnaissent avoir développé une culture du "travail en aveugle", en ce qui concerne l’origine de l’or ». Jusqu’à présent, seule la qualité chimique du matériau attestant de sa teneur en or pur rentrait en ligne de compte. « Ceci s’explique. D’un côté leur fournisseur (l’affineur) n’a jamais proposé un or doté d’une origine, de l’autre, leur client (le distributeur) n’a jamais manifesté d’intérêt pour cette information », justifie le WWF.

D’ores et déjà, quelques bonnes pratiques semblent montrer la bonne volonté de certains exploitants, veut croire l'ONG : la charte des opérateurs miniers de Guyane, signée en 2005 par exemple, même si elle reste à être appliquée sur le terrain, ou le projet de création du pôle technique minier porté par la Chambre de commerce et d’industrie locale qui devrait permettre de soutenir les exploitations dans leur démarche de traçabilité…Au niveau de l’affinage ensuite, même si l’or est souvent mélangé et recyclé -ce qui rend difficile son identification- il serait techniquement et économiquement envisageable de n’utiliser qu’un mélange d’or guyanais pour obtenir un métal assez pur pour être travaillé. Enfin, en aval de la filière, alors que l’origine de l’or n’est pas aujourd’hui intégrée à l’argumentaire de vente, plusieurs distributeurs se sont montrés ouverts à la création d’une gamme « or de Guyane » ou à une extension du « label joaillerie de France » déjà appliquée pour d’autres matières. Le label garantit au consommateur que les produits utilisés ont été réalisés dans le respect des dispositifs juridiques, sociaux, éthiques et environnementaux nationaux.

Mais des difficultés à surmonter

Reste à combler les lacunes juridiques et administratives qui entourent encore aujourd’hui le secteur aurifère guyanais. Car dès le début du processus, le suivi de l’or s’avère difficile ; actuellement il repose sur de simples déclarations trimestrielles remplies par les opérateurs miniers puis déposées à la Drire (direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement). Une pratique peu fiable selon certains experts ; d’ailleurs, plusieurs enquêtes judiciaires concernant des cas de collusion entre exploitations légales et illégales sont en cours. Au niveau de la vente ensuite, les comptoirs d’or guyanais ont été identifiés comme des « maillons faibles » car ils n’ont aucune obligation de tenir un « livre de police » qui renseignerait officiellement l’identité des fournisseurs. Une « loi de garantie des matières or, argent et platine » est certes en application en métropole ainsi qu’en Martinique, Guadeloupe et à La Réunion -où il n’existe aucune production aurifère- mais pas en Guyane ! Tandis qu’au niveau des douanes aucun contrôle particulier n’est réalisé, l’or étant classé comme « marchandise ordinaire »…

En décembre dernier, un pas a été franchi à l’échelle intergouvernementale avec la signature d’un accord bilatéral de coopération entre le Brésil et la France pour lutter contre l’orpaillage illégal en Amazonie. Mais, à ce jour, aucun des deux Parlements ne l’a ratifié. « J’ai l’impression qu’il existe une logique de facilitation de l’exploitation des matières premières en Guyane, que ce soit de l’or ou du pétrole, en laissant en place un environnement de droit extrêmement souple », estime Christiane Taubira, la députée de Guyane qui se bat depuis des années pour lutter contre l’exploitation illégale et clandestine de l’or.

Le WWF va, lui, lancer dans les prochains mois une campagne de sensibilisation des consommateurs français sur l’origine de l’or ainsi qu’une étude de filière similaire à celle réalisée pour la Guyane française dans les autres pays concernés, au Surinam et au Brésil.

* exploitants miniers, comptoirs d’or, affineurs, fabricants et distributeurs

Béatrice Héraud
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