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Tourisme éthique au pays Dogon

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Publié le 29-12-2003

Village dogon
Village dogon

Les Dogons, qui sont environ 200 000, possèdent une culture complexe qu'ils ont fait perdurer. Une originalité qui vaut à la région d'être une destination de plus en plus recherchée par les touristes occidentaux. Un an après l'arrivée en 2001, à l'aéroport voisin de Mopti, de vols spéciaux affrétés par la coopérative Point Afrique, ce sont près de 12 000 (1) personnes, dont plus de 70% de français, qui investissent, essentiellement de novembre à mars, les villages Dogon.

Ici pas de clubs, de complexes hôteliers ou de grands tour-operators, des agences spécialisées travaillent en partenariat étroit avec les guides locaux organisés collectivement. Bogoum Kassogué, président de l'Association des guides de la falaise située dans la principale ville du pays Bandiagara (15 000 habitants), témoigne de l'impact positif des flux touristiques pour la région : "les touristes amènent des ressources financières qui sont, pour l'essentiel, distribuées sur place, dans les villages."  Au travers de la solidarité familiale et communautaire, un guide peut faire vivre jusqu'à cinquante personnes. "De plus, poursuit Bogoum Kassogué, chaque chef de village collecte une taxe de 3 500 à 5 000 CFA (4.5 à 8 euros) par visite qui sert au fonctionnement de l'école ou à la rénovation des maisons par exemple." Une somme non négligeable dans un pays où 71% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et où le revenu mensuel moyen dépasse à peine les 20 euros, selon le centre de développement de l'OCDE.

Les populations locales ne voient pas d'un très bon œil les équipements touristiques construits et gérés par et pour les Occidentaux. Près de Kani-Kombole, village de quelques centaines d'habitants au pied de la falaise qui traverse le pays Dogon, un ensemble de cases construites par un Suisse fait l'objet d'un quasi boycott de la part des guides locaux. "Nous préférons emmener les touristes dans le campement du village. Le propriétaire reverse une partie de ses recettes au chef du village qui les redistribue ensuite. Au moins, l'argent ne repart pas en Suisse" explique Ali Guindo, membre actif de l'Association des guides de la falaise.


Des puits et des écoles grâce au tourisme


Autre impact positif, on ne compte plus les puits ou les écoles réalisés récemment grâce à l'argent collecté par des touristes au retour de leur voyage. "Les touristes prennent le relais des ONG d'urgence" analyse Elisabeth Leonide, coordinatrice de la coopérative Point Afrique dans le pays Dogon. A Djiguibombo, village de 2 000 habitants, ce sont des français qui financent les frais de fonctionnement annuels de la cantine pour les quatre-vingt six enfants scolarisés. Et c'est bien parce qu'elle est persuadée des conséquences positives du tourisme que Michèle Odeye-finzi, anthropologue et présidente de l'association de commerce équitable Anthropos située à Paris, a financé un campement dans le village de Yougana. "Les habitants souhaitaient accueillir davantage de personnes, explique-t-elle. Quatre maisons financées par la vente de produits artisanaux et construites par les habitants ont accueillies leurs premiers visiteurs en novembre 2003."  Récupération des eaux usagées, toilettes sèches et énergie solaire, l'association semble avoir été très attentive à la qualité écologique du campement.

Un impératif dans une région où l'eau manque cruellement. Si, jusqu'à présent, les puits financés par les touristes ont fait venir plus d'eau qu'ils n'en consomment eux-mêmes, l'équilibre est fragile. Et pour l'avenir, la plus grande vigilance s'impose. Elisabeth Leonide de Point Afrique se souvient d'avoir emmené en éclaireur des représentants de grands opérateurs touristiques. "Ils s'étonnaient que l'on n'est pas transformé en bar flottant avec sodas et eau glacé les pinasses qui accueillent les voyageurs sur le fleuve Niger!" Une tentation à laquelle certains pourraient succomber. Mamadou Guindo est propriétaire du campement du village de Yabatalou. Parti travailler comme docker sur le port d'Abidjan en Côte d'Ivoire pendant plusieurs années, il a investi, à son retour, ses économies dans un campement de trente places réalisé en banco. Son rêve : construire un lieu d'accueil en dur plus grand et plus confortable pour attirer une clientèle plus âgée et plus riche. Un rêve déjà devenu réalité à Bandiagara où un Suisse a construit le seul hôtel de la région avec piscine alimentée à partir d'un forage privé !

Un acte isolé dans une région qui attire encore des touristes militants à la recherche de rencontres interculturelles. Des rencontres qui, selon Michèle Odeye-finzi d'Anthropos, "font la fierté des Dogons, étonnés mais ravis que l'on se déplace de si loin pour les voir."


1 Source : Association des guides de la falaise. Soit un indice de pénétration touristique " de 0.06 ( 12 000 touristes / 200 000 personnes). Pour comparaison, la France accueille 67 millions de personnes par an soit un indice de 1.16.

Pascal Canfin
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