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Tourisme et handicap : une intégration encore difficile

Du 21 au 23 novembre se tient à Valence, en Espagne, le « Congrès international du tourisme pour tous », dédié aux personnes handicapées, ou ayant des besoins spécifiques comme les personnes âgées. Pour rendre ce marché plus attractif auprès des professionnels, les acteurs du « tourisme accessible » ne manquent pas de souligner le potentiel économique jusque-là inexploité d'un marché jugé prometteur.

Les organisations européennes qui promeuvent le tourisme accessible ont un argument majeur : le vieillissement de la population ne peut qu’accroître une clientèle désireuse de voyager et qui ne le fait pas faute de structures adéquates. Selon des chiffres de la NatKo, l’organisme allemand en charge de coordonner le tourisme accessible outre-Rhin, ce sont près de 50 millions de personnes, soit 10% de la population européenne, qui ont des besoins spécifiques. La moitié de ces personnes ont plus de 65 ans. Or, « près de 30% de ces personnes entreprendraient un voyage si les structures d’accueil touristiques le permettaient » signale Guido Frank, de la Natko. 

L’accès à l’information, le principal handicap

Ces organisations plaident pour une meilleure intégration des personnes handicapées, ou ayant des besoins spécifiques, dans le circuit touristique traditionnel. Il ne s’agit pas de créer des structures touristiques séparées mais bien de rendre les structures existantes accessibles au plus grand nombre, que les touristes soient sourds, allergiques, en fauteuil roulant, ou encore avec une poussette. D’après les acteurs du tourisme accessible, l’accès à l’information constitue la première et la plus difficile des barrières. Aussi le congrès qui se tient à Valence a-t-il pour but principal d’échanger idées et expériences sur ce qui se fait en Europe en matière de tourisme accessible. Plus généralement, il vise à montrer l’impact social et économique généré par cette forme de tourisme émergent. En dehors du congrès, c’est le réseau européen Enat, par ailleurs l’organisateur du congrès, qui coordonne et diffuse l’information. Lancé en mai 2006 sur l’initiative de neufs organisations européennes, il bénéficie du soutient de la Commission européenne qui cherche à renforcer l’implantation de la politique des personnes handicapées dans le secteur touristique. A partir de janvier 2008, le réseau va opérer en tant qu’ONG à Bruxelles. 

Des expériences européennes variées

Le lancement du site www.visitoslo.com offre une belle illustration d’intégration de tourisme accessible au tourisme traditionnel. Sur son site destiné au grand public, l’Office du tourisme d’Oslo propose via un pictogramme une information spécialement destinée aux personnes ayant des degrés d’invalidité variable (y compris les allergies). La recherche, basée sur une base de données, peut donc se faire de manière individuelle. Pour se faire, les initiateurs du site ont visité et auditionné une centaine d’hôtels, de restaurants et de sites touristiques dans la capitale norvégienne pour juger de leurs critères d’accessibilité. En Italie, on retrouve la même idée, mais sur un portail uniquement destiné aux personnes handicapées : le site www.italiapertutti.it propose un moteur de recherche permettant de localiser hébergements, restaurants et excursions adaptés en fonction des degrés d’invalidité, avec des informations en italien, en anglais et en allemand.

En Allemagne, l’association NatKo cherche également à localiser et personnaliser l’offre touristique pour les personnes avec des besoins spécifiques. C’est dans ce but que l’association vient de lancer un pictogramme chargé de mieux indentifier l’offre. Contrairement à l’association française Tourisme et handicap, la NatKo a choisi délibérément de ne pas créer de label. « Les critères seraient trop restrictifs si l’on devait appliquer la même grille pour tous les établissements. Il s’agit avant tout d’offrir une information et une description la plus détaillée possible, » explique Guido Frank. Et d’ajouter : « Une personne peut n’avoir besoin que d’une douche sans marche, ou bien d’une porte avec une ouverture plus large. Si on devait utiliser la même grille de critères pour tous les établissements, un grand nombre d’hôtels se verraient exclus - alors qu’ils peuvent proposer des services utiles.» 

De fait, toutes les grandes villes allemandes offrent une palette de produits touristiques adaptés aux besoins des personnes handicapées. Berlin, comme les grandes villes allemandes, offre des structures touristiques « sans barrière » pour reprendre le terme en vigueur outre-Rhin (« Barrierefreie Reisen »). En plus d’un choix d’hôtels proposant des chambres utilisables par des personnes handicapées, la capitale allemande vient tout juste de lancer la première visite guidée pour les sourds et malentendants.
Les revendications pour une meilleure accessibilité et une meilleure acceptation d’une clientèle handicapée dans le touristique traditionnel bénéficient également des lois européennes anti-discriminations. Elles assurent aux personnes handicapées une meilleure protection contre de possibles discriminations, même en vacances. Ainsi, une famille allemande avec un enfant handicapé a porté plainte contre la propriétaire d’un gîte qu’elle avait loué à la mer baltique. Cette famille a été enjointe de quitter l’appartement loué, dès leur arrivée, la propriétaire s’étant plaint des déchets occasionnés par les soins nécessaires au jeune homme – en l’occurrence des couches. L’avocat de la famille va pouvoir s’appuyer sur la loi anti-discrimination allemande pour condamner un cas relevant clairement de la discrimination. 

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
Mis en ligne le : 21/11/2007
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