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Tourisme en Afrique de l'ouest : quels bénéfices ?

Planète \Mondialisation \Tourisme

Publié le 29-01-2003



Le Sénégal est aujourd'hui l'un des seuls pays à avoir développé un véritable tourisme de masse en Afrique de l'ouest. Il a accueilli près de 400 000 voyageurs en 2000. Tentative de mesure de l'impact économique de ce type de tourisme et propositions alternatives de voyages plus éthiques.

Sac au dos et appareil photo en bandoulière, ils étaient 390 000 touristes à franchir, en l'an 2000, les douanes de l'aéroport de Dakar. 390 000 voyageurs " internationaux ", européens pour la plupart, attirés par les 500 km de plages et les 3000 heures d'ensoleillement annuel de ce petit pays ouest africain.
C'est peu, et beaucoup à la fois. Peu, car sur le continent africain déjà presque exclu du tourisme mondial (l'Afrique ne bénéficie que de 2,25 % des recettes touristiques internationales), le Sénégal arrive loin derrière la Tunisie, le Maroc ou l'Afrique du sud. C'est beaucoup, car le secteur du tourisme représente ici la deuxième source en devises du pays, après la pêche, mais bien avant l'arachide ou les phosphates.

Classé " destination balnéaire d'hiver " dans le jargon des tours opérators, le Sénégal est, en Afrique de l'ouest, l'un des seuls pays à avoir développé un véritable tourisme " de masse ".
L'émergence de ce secteur ne date pas d'hier  : " Dans les années 70, l'Etat a fait preuve d'une réelle volonté politique pour développer l'industrie touristique, rappelle Cheikh Ba, directeur financier du Club Med Sénégal. Trois zones de développement ont alors été ciblées : Dakar, mais aussi la Casamance, (Cap Skirring) et Thiès (la région de la petite côte, M'Bour). Des organismes de financement comme la Soficedit (société de financement industriel et touristique) injectaient massivement de l'argent public dans le développement du secteur. Cette époque est aujourd'hui révolue : la Soficedit a été liquidée pour cause de déficit (et de mauvaise gestion), et l'Etat sénégalais s'est désengagé. " L'Etat ne joue plus un rôle d'acteur économique dans le secteur privé. Ce n'est plus dans l'air du temps ". constate Cheikh Ba.

Les investisseurs privés ont pris le relai, avec une nette prédominance des "tours opérators" français. Pour des raisons historiques et linguistiques, les Français sont les seuls à s'être véritablement intéressé jusqu'à présent à ce marché. Nouvelles Frontières, Le Club Med, Fram, Jet Tours (filiale du Club Med), le groupe Accor et Rev'Vacances acheminent près de 80% des touristes. La plupart possèdent d'ailleurs leurs propres hôtels au Sénégal. Quand à l'Allemagne et la Belgique, elles ne sont représentées que par le Club Aldiana et le tour opérator Neckerman. En l'an 2000, selon une étude du poste d'expansion économique de Dakar, le Sénégal comptait 18 300 lits, pour 263 établissements touristiques.

Les premiers bénéficiaires de cette " manne " sont bien entendu les hôteliers, avec 70% des recettes mais de nombreux artisans locaux bénéficie aussi du tourisme (12% des recettes) ainsi que, de manière plus indirecte, d'autres secteurs économiques comme l'industrie agro-alimentaire ou les services. Enfin, le tourisme crée des emplois : le voyagiste Fram, propriétaire d'un hôtel de 200 chambres à Saly (région touristique) et organisateur de " circuits ", compte à lui seul 400 salariés sur place, selon Adeline Cannere, chargée de communication du groupe. (soit 200 salariés de moins que la première banque Sénégalaise, la SGBS !) . Même chose pour le Club Med et Nouvelles frontières, qui font partie du trio de tête.

Difficile pourtant, de voir dans le tourisme de masse une pure aubaine. " Quand il est mal maîtrisé, le tourisme de masse a un effet très destructurant sur le tissu social ", affirme Moussa Diop, éducateur spécialisé et militant de l'ONG Enda. Il engendre des inégalités de revenus criantes : un jeune " guide " pour touristes chanceux gagnera facilement deux fois plus qu'un professeur d'université agrégé, ou qu'un médecin patenté. Plus grave : dans la région de M'Bour, sur la petite côte, l'arrivée massive des touristes s'est accompagnée d'un développement rapide de la prostitution, et du marché de la drogue (voir article).Si les lois étaient appliquées, si des mesures dissuasives étaient prises à l'encontre des touristes ou des hôteliers concernés, ces fléaux pourraient être endigués ", plaide un professionnel du secteur.  Mais pour l'heure, l'Etat fait la sourde oreille. Et du côté des opérateurs privés, priorité est donnée au développement du chiffre d'affaires. Le Poste d'expansion économique de Dakar prévoit que le nombre de touristes au Sénégal double en dix ans et le cap du million de visiteur devrait être franchi en 2015.

Mais pour asseoir le développement de cette industrie, les opérateurs devront diversifier les marchés " émetteurs " (les touristes français représentent à eux seuls 60% des nuitées, et restent en moyenne... moins de quatre jours sur place). I faut aussi améliorer le taux de retour qui n'est que de 4 %. Un pari difficile en  l'absence d'un budget " promotionnel " conséquent de la part de l'Etat, du déficit d'infrastructures sanitaires et routières et du conflit qui ravage la Casamance, région la plus réputée du pays. 

D'autres opérateurs s'adressent  d'emblée à une clientèle à la recherche de voyages plus authentiques et respectueux des cultures visitées.
Enfin pour les touristes qui tentent de concilier sens civique et dépaysement, une association "Tourism for development" propose de reverser une partie des recettes au bénéfices de projets d'aide au développement local.

Isabelle Renaud et André Mora
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