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Le combat de Talamanca pour rester paradisiaque

Entreprises \Paradis fiscaux

Publié le 21-09-2006

Quand le commerce mondial rattrape un espace naturel isolé et ses habitants, les habitudes de consommation changent vite. Atec, l'association écologiste locale de Puerto Viejo au Costa Rica, tente d'amenuiser le choc culturel et environnemental, en sensibilisant touristes et indigènes à l'écologie et au commerce équitable.

« En une génération, tout a changé » soupire Alaine Berg, directrice d’Atec, Association de Talamanca pour l’écotourisme et la conservation. L’organisation, petite mais influente, est implantée dans la rue centrale de Puerto Viejo de Talamanca, village côtier situé au sud du Costa Rica. Contrairement à la côte Pacifique, envahie de touristes américains, la région de Talamanca, sur la côte Est, est plus cosmopolite et reste moins urbanisée… pour l’instant. Mais le développement touristique est galopant. C’est bien ce qui inquiète Alaine Berg et les tenants comme elle, d’un tourisme durable qui ne nuise ni à la nature, ni à l’harmonie dans laquelle les gens de divers horizons ont vécu jusque là. Que ce soit les Indiens indigènes ou les Afro-Caribéens, descendants d’esclaves, débarqués de Jamaïque, ils ont développé entre mer, marécages et forêt primaire, une culture qui est propre à ce petit bout de paradis, longtemps coupé du monde.

Tourisme salvateur

Si aujourd’hui le développement incontrôlé est un souci partagé au village, le tourisme a été la seule bouée de sauvetage de l’économie locale, dans les années 90. Les activités principales étaient alors la culture de cacao et le commerce de tortues. Mais les plantations ont été contaminées par un champignon et les tortues Luth sont à présent protégées. Seuls quelques contrebandiers échappent à la vigilance des bénévoles écologistes et volent encore les œufs pour les vendre aux grands restaurants.
Les premiers touristes sont arrivés peu de temps avant l’épidémie du champignon, grâce à la route, qui relie Puerto Viejo au reste du pays depuis 1979, et à l’électricité, disponible depuis 1986. Dès 1992, le beau-père d’Alaine Berg, un Canadien amoureux de la région, fonde Atec pour remédier au corollaire de cette nouvelle manne : l’amoncellement de déchets et la vente en masse des terres aux investisseurs étrangers. « La motivation de mon beau-père était d’aider les gens d’ici à bénéficier du tourisme», raconte Alaine Berg. Il met alors en contact les touristes, curieux de forêt tropicale, avec les indigènes, qui en ont développé une connaissance ancestrale. Il s’assure que l’argent leur revient directement. Ainsi, Atec évite aux indigènes de se faire court-circuiter par des agences touristiques de la capitale ou par des entrepreneurs étrangers, plus au fait du marketing touristique que du commerce équitable...  Ces touristes éclairés devront cependant être plus patients et compréhensifs qu’un client lambda devant un fournisseur de service. Les excursions se font en effet à la demande et selon l’emploi du temps des guides locaux !

Occidentaux clandestins

Au Costa Rica, la loi répond aux principes du commerce équitable mais n'empêche pas les investisseurs étrangers d’apporter leur valeur ajoutée. En effet, ces derniers sont libres d’ouvrir des établissements mais sont sommés d’embaucher des gens originaires de la région. Ironie de la situation, ce sont les occidentaux qui jouent les travailleurs clandestins pour venir vivre dans ce paradis. « La police de l’immigration les jette dehors de temps en temps », témoigne Alaine Berg. Malheureusement, il n’est pas si évident d’embaucher localement. L’association, elle-même, n’a trouvé une employée locale assez qualifiée pour gérer le bureau que depuis un an et demi. La proportion d’hôtels tenus par des gens de la région de Talamanca est de 40%, selon Rolando Soto, de la Chambre touristique des Caraïbes du Sud ; 10% à Puerto Viejo, selon Alaine Berg. Canadiens, Italiens et trente-trois autres nationalités se partagent le reste.

Plastiques et pesticides

Si la population de Talamanca n’est pas si éduquée que les statistiques officielles d’alphabétisation le laissent croire (80% déclarés), la sensibilisation au recyclage y est plus répandue que dans beaucoup de villes développées du Nord, notamment grâce à l’action d’Atec « Nous avons un meilleur programme de recyclage ici qu’à New York City ! » constate Rachel Thomas, une Américaine originaire de "big apple", qui s’occupe du programme en question. En effet, toutes les rues et bâtiments de Puerto Viejo sont dotés de grands containers bleus, dotations de U.S Aid, pour récupérer le plastique, ce produit nouveau et envahissant que la terre ne sait pas ingérer. Si les subventions viennent des Etats-Unis, les problèmes aussi… « Le problème vient des gens qui produisent le produit » s’emporte Rachel Thomas. Ceux-là n’on certainement pas pensé que le plastique avec lequel ils emballent les hamburgers, finirait par intoxiquer les tortues marines. En revanche, certains pesticides, herbicides et autres produits décapants, interdits de commercialisation en Amérique du Nord, sont vendus sciemment sur le marché d’Amérique Latine. Quand on a, de plus, comme à Talamanca, un sol gorgé d’eau qui peut difficilement absorber les eaux usées, les déchets toxiques et organiques stagnent et finissent par s’accumuler à l’embouchures de rivières, au bord de mer… près des plages, non loin des touristes américains !

Hélène Huteau
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