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L'hôtel Victoria de Fribourg, à contre-courant

Planète \Mondialisation \Tourisme

Publié le 20-01-2010



Astrid et Bertram Späth dirigent le premier hôtel zéro émission au monde, l'hôtel Victoria à Fribourg. Un choix écologique qui attire des visiteurs venus des quatre coins de la planète, pour expérimenter ce nouveau confort sans carbone.

Tout a commencé par le petit-déjeuner. Horrifié par le nombre d’emballages des portions individuelles, le couple Späth s’est d’abord lancé dans l’organisation de buffets avec un minimum de déchets possible. « C’est petit à petit que nous avons pu transformer notre établissement en un hôtel véritablement écologique », rapporte Bertram Späth. En une dizaine d’années, tout le fonctionnement de cette bâtisse datant de 1875 a été revu avec un prisme écologique : rénovation en mode passif, chauffage aux granulés de bois, utilisation de la géothermie, récupération des eaux de pluie, ou encore utilisation de produits d’entretien écologiques et sans phosphates, le tout en donnant la priorité aux fournisseurs locaux, et en formant l’équipe de l’hôtel. Avec pour résultat aucune émission de CO2, « et aucune perte de confort pour nos hôtes », souligne le directeur. Les performances écologiques de cet établissement encore pionnier ont fait le tour du monde, l’hôtel ayant accueilli plus de 200 000 clients en 2008. Sans compter les nombreux prix attribués à cette gestion inédite. 

Le secteur de l’hôtellerie, un secteur encore ancré dans l’énergie fossile 

Commentant le secteur de l’hôtellerie classique, Bertram Späth souligne que le problème du secteur réside principalement dans sa structure financière : « les propriétaires d’établissements peuvent être des investisseurs comme des fonds de pension par exemple, qui sont surtout concentrés sur les bénéfices à court terme ». Et non sur l'investissement dans les énergies renouvelables... De fait, le secteur hôtelier occupe une place stratégique dans l’industrie du voyage. Il doit sans cesse procurer un maximum de confort et de divertissements ainsi qu’une large palette de services, impliquant inévitablement une surexploitation des ressources et une surconsommation d’énergie. L’exemple de l’hôtel Victoria donne un aperçu de ce que peut consommer un établissement de grande catégorie : la consommation annuelle d’électricité se monte à 210 000 Kw/h, celle du chauffage à 450 000 Kw/h. « C’est autant que l’alimentation électrique de 60 ménages et le chauffage de 15 maisons individuelles. Chaque hôte consomme en moyenne 30 kw/h d’énergie par jour », ajoute Bertram Späth. 

Les époux Späth militent pour une expansion de l’hôtellerie verte et se servent de leur établissement comme d’une invitation « à faire de même ». Ils interviennent ailleurs en Allemagne, mais aussi à l’étranger, et soutiennent un projet européen promouvant le tourisme durable initié par l’agence à l’énergie de la ville de Fribourg, le programme Rest (Renewable Energy for Sustainable Tourism). Pour le directeur de l’établissement, il faut surtout beaucoup de temps et de motivation pour mettre sur pied un « hôtel vert ». Originaires de la ville de Fribourg, ce sont les manifestations anti-nucléaires contre la centrale de Wyhl (voir article lié) qui ont cimenté la conscience écologique des futurs époux Späth. « Pendant nos études, nous avons eu également la chance de pouvoir habiter un logement à Munich chauffé au solaire thermique, ce qui était encore très, très rare. Et nous avons pu constater par nous-mêmes que le solaire et les nouvelles énergies fonctionnent et offrent une réelle alternative aux énergies fossiles », se souvient Bertram Späth. L’hôtel Victoria aurait certainement vu le jour ailleurs en Allemagne, mais « les conditions sont de fait meilleures ici, à Fribourg. On trouve un très bon réseau d’artisans, d’architectes, de conseillers en énergie qui facilite l’intégration de ces nouvelles techniques dans le bâtiment.  » Pas tout à fait un hasard...


Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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