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Doit-on faire un reportage, quand on est journaliste spécialiste de sujets nature, sur un site sauvage à la beauté époustouflante mais fragile, susceptible de devenir une prochaine destination de vacances ? Cette question pertinente a été posée à des professionels du tourisme par Olivier Grunewald, photographe, et Bernadette Gilbertas, journaliste, tous deux ardents défenseurs d'une nature magnifique comme celle qui figure dans leur dernier ouvrage commun, intitulé Nature. Cette nature est chaque jour menacée, constatent-ils, par le tourisme d'une minorité mondiale dont la soif d'exotisme, stimulée entre autres par ce type de reportages a de lourdes conséquences sur le plan environnemental et humain. Peut-on limiter les impacts de ce type de tourisme? L'éco-tourisme, qui connaît une progression de 20 % par an est-il une alternative? Pour répondre à cette double question les deux journalistes ont organisé, en mars 2005, une rencontre-débat entre professionnels du secteur du tourise.
Des sites à mettre en jachère touristique
En préambule, Bernadette Gilbertas a expliqué que, sans aller jusqu'à taire totalement l'existence d'un lieu, elle n'hésite pas à user de parades : "Nous pouvons ne pas donner de renseignements permettant d'identifier le lieu, être assez vague sur sa localisation, ou bien être plus précis, mais lister un ensemble de recommandations pour informer les éventuels touristes des conséquences de la présence de l'homme dans de tels endroits. " Ne pas interdire, mais avertir et responsabiliser. Elle serait même prête à remettre en cause cette option: " Si pour protéger une zone, une région ou une société, il ne faut pas y aller, je veux bien être la première à le faire"affirme t-elle. La solution serait donc d'empêcher le tourisme dans certaines zones de la planète ? Oui, préconise aussi son compagnon de route, Olivier Grunewald : " Il y a peut-être des sites où personne ne peut et ne doit aller qui s'apparenteraient à des sites archéologiques, à défricher plus tard, quand on aura des techniques plus pointues de recherche nous permettant de puiser des échantillons de la biodiversité ainsi protégée. On ne fait pas de reportage aujourd'hui, pour préserver un héritage naturel pour demain."
Préconiser le soutien économique
Reste que le tourisme peut aussi être une source de bienfaits pour l'environnement et l'homme, à condition de mesurer et de limiter ses impacts : c'est ce que revendiquent des voyagistes comme que Terra Incognita, l'un des spécialistes de l'éco-tourisme en France, présent à la rencontre. On lui doit la Charte éthique du voyageur (co-réalisée avec Alatante et Lonely Planet) qui date de 1997. Selon Joël Massé, responsable des voyages de Terra Incognita, le tourisme peut servir de soutien économique à l'instar de son action en Biélorussie. Depuis 1999, ce voyagiste fait découvrir à ses clients l'une des dernières forêts primaires d'Europe : le parc naturel de Bérézinski. Pour survivre, il en est réduit à inviter de riches chasseurs à venir traquer l'ours brun ou le bison... Pour monter son circuit éco-touristique, Terra Incognita a obtenu un soutien financier de l'Union Européenne, et espère être suivis par d'autres voyagistes ce qui pemettraient de mettre fin aux chasses !
D'autres voyagistes pensent aussi que si un tourisme plus responsable n'est pas un argument marketing, il constitue un gage d'une pérennité. Ils se sont réunis, en 2004, en association, ATR (Agir pour un Tourisme Responsable), qui travaille à la promotion d'un label pour 2006. Cela permettrait de passer de la charte éthique du voyageur à la charte éthique du voyagiste !
Ne pas confondre tourisme et voyage
Un tourisme responsable est-il un tourisme durable ? La question n'a pas fait l'unanimité au cours du débat. Pour le WWF, le tourisme actuel, même éco-responsable tel que le conçoit Terra Incognita, propose une surenchère de destinations exotiques. Cela a un impact élevé en terme de pollution en terme de voyages en avion (voir article lié). Il serait préférable pour l'ONG, de limiter ses impacts touristiques : partir moins, mieux ou moins loin. L'éco-tourisme n'est-il pas pour l'instant réservé à une élite qui peut s'offrir des voyages plutôt luxueux ? François Terrasson, écrivain et maître de conférence au Muséum d'Histoire naturelle dénonce cette pratique: " Le tourisme actuel est passif et consommateur, là est le premier problème : l'éco-tourisme est parti dans une direction imposée par la conception actuelle consumériste du tourisme. Il faudrait revenir au concept du voyage, avec le rapport au temps qui va avec." L'éco-tourisme devrait donc conduire à terme, non pas à adapter mais à limiter les formes de tourisme qui consistent à prendre quelques jours pour aller au bout du monde dans un endroit de rêve sans tenir compte de l'impact de ce type de voyage sur les lieux en question.
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