Novethic : le media expert du développement durable |
![]() |
![]() Mairie de Brétignolles Planète \Economie \TourismeBrétignolles : le port de la discordeDepuis près de 10 ans, la petite station balnéaire de Brétignolles sur mer en Vendée se divise autour d'un projet de port de plaisance. « Exemplaire » et « n'ayant aucun impact sur l'environnement » pour le maire et ses partisans, il est considéré comme un projet Grenello-incompatible et une « aberration écologique » par ses opposants… Reportage.
Sur la plage de la Normandelière, où l’herbe des terres et des dunes vient manger une longue bande de sable fin, verra-t-on bientôt pousser un port de plaisance où mouilleront un millier de petits bateaux ? La question divise depuis près de 10 ans la petite commune vendéenne de Brétignolles sur mer, 3 500 habitants l’hiver et 45 000 l’été. Un port ? « On en parle depuis 30 ans », rappelle le maire, Christophe Chabot. Elu pour la première fois en 2001, c’est lui qui a ressuscité le projet pour, dit-il, « mettre fin à l’urbanisation galopante.» Car selon lui, « rien qu’avec les 1100 anneaux, dont le prix moyen serait équivalent à 1200 €/an, la recette fiscale du port (20 hectares), serait équivalente à la construction de 4 400 maisons sur 400 hectares… » Sans compter les 110 emplois directs attendus par la mairie. « C’est sûr, à côté nous ne faisons pas le poids », regrette David Fromont. Cet agriculteur bio qui élève 110 chèvres sur près de 30 hectares, devrait en effet voir son exploitation située à quelques mètres de la plage se réduire à portion congrue (10% de sa taille actuelle) si le port devait bien voir le jour. Autant dire qu’il ne restera pas. « Alors que la commune avait une identité agricole avec 25 à 30 agriculteurs, il n’en reste que 6 aujourd’hui. Le développement de la commune se fait maintenant sur le modèle d’une ville », déplore-t-il. « Ce projet est emblématique du sens que l’on veut donner à l’aménagement du territoire », analyse ainsi Nicolas Hélary, président du mouvement Vendée Ecologie. Développement économique contre environnement préservé ? Et dans la commune en effet ce sont deux modèles de développement qui s’opposent. D’une part, le maire et les partisans du projet qui argumentent sur l’attrait économique du port, pour le tourisme –jusque là populaire et qui pourrait devenir plus haut de gamme-, l’emploi des jeunes de la région et la valeur immobilière des terrains. Et d’autre part, les opposants qui craignent un impact négatif sur l’environnement et souhaitent garder le côté sauvage de ce coin, l’un des rares préservés de la côte vendéenne. Pour eux, l’équation économique proposée par la mairie n’est pas convaincante. « Le maire se base sur des études de ports existants où l’activité économique générée dépend aussi d’autres facteurs, comme les infrastructures touristiques développées autour », dénonce Valentine Bouquet, l’une des membres actifs de l’association d’opposants, la Vigie. Or, le maire assure ne pas vouloir multiplier les commerces autour du port. Quant au coût de construction, il est estimé à 42 millions d’euros par la mairie -qui entend faire une économie substantielle en remettant en service une ancienne carrière située à une centaine de mètres seulement du projet- mais à 92 millions d’euros par la Vigie. « Sans oublier que les 2 à 3 ans de travaux vont peser sur le tourisme », souligne Valentine Bouquet. Un manque de place généralisé dans les ports français
« Le cas Brétignolles illustre la problématique globale des ports de plaisance en France où l’on manque cruellement d’anneaux », estime le président de Vendée écologie Nicolas Hélary. Selon le ministère des Transports, il y aurait 4.5 millions de plaisanciers en France, propriétaires ou locataires de 789.000 bateaux répartis dans 370 ports. Mais il manquerait encore quelque 65 000 places. Résultat ; même si le nombre de sorties d’un bateau n’est guère supérieur à 2 fois par an, selon les ports, la durée d’attente d’un anneau varie de quelques mois à…30 ans, à Arcachon ! En Vendée, il s’agit plutôt de quelques années et les ports de plaisances (7) se sont encore développés ces dernières années : on compte 6446 places aujourd’hui soit 2500 de plus qu’en 2004 grâce à l’agrandissement de ports existants. A voir cependant quel sera l’avenir du marché de la plaisance -très installé en Vendée avec les constructeurs Janneau et Bénéteau- durement touché par la crise. La commune divisée Le débat dure depuis des années. Il y a bien eu –fait rare- une consultation de la population au sujet du projet en 2003 où la population s’est prononcée pour (les résidents principaux sont apparus divisés et les résidents secondaires largement en faveur), mais l’opposition reste vive. Pour le maire, il s’agit « seulement de 15 ou 20 personnes, paradoxalement très présentes dans les médias ». Cependant La Vigie revendique 1200 adhérents. Cap 2011, 1750. Sur le terrain, au marché du jeudi et du dimanche, en plus des commerçants, les chalands sont doublement sollicités : chaque camp y tenant son stand pour rallier habitants et promeneurs à leur cause. « Mais en dehors, je n’en parle pas trop, je ne veux pas gêner les gens », confesse Jean-Yves Le Bloch. « Dans certaines familles, on ne se parle plus à cause de ça », renchérit Jean-Yves Bourcereau, un retraité qui habite la commune d’à côté, Brem-sur-mer, et tient le blog du site de défense de la Normandelière qu’il alimente tous les jours ou presque (ce qui lui vaut aujourd’hui une assignation en diffamation par le maire). « Je voulais archiver tout les éléments de ce projet, que je considère très agressif envers l’environnement, jusqu’à l’enquête publique », explique-t-il, tout en espérant que celle-ci n’aura jamais lieu. Ce qui semble difficile. Le préfet doit se prononcer dans les prochains jours et le maire se dit confiant sur son avis positif. Au cabinet de la préfecture toutefois, on explique seulement que « l’instruction du dossier est en cours ». Mais, même si l’enquête est ouverte, le port est encore loin de voir le jour. Car il y a eu Xynthia, qui a ravagé la côte vendéenne dans la nuit du 27 au 28 février et notamment le site de la Gachère à 2 kms du projet de port. « La mer déchaînée a cassé la digue, contourné l’écluse et menacé le village », rapporte Nicolas Hélary. « Cela a changé les choses de manière radicale dans la manière d’aborder l’aménagement du littoral. Il y a un gros coup de frein, du moins médiatique », considère-t-il. Si le maire a déclaré dès le lendemain du drame que « le port aurait résisté à la tempête », les élus et haut-fonctionnaires ont préféré depuis jouer la prudence dans les médias. Après des valses-hésitations, Philippe de Villiers, le président du Conseil général, s’est montré hostile au projet depuis la catastrophe. Et le nouveau préfet, qui a pris ces fonctions quelques jours seulement avant la tempête, n’a pas caché ses réticences dans un entretien à France 3. Le projet pourrait aussi subir des complications juridiques car le bassin du port empiéterait sur une zone humide pour laquelle la Vigie a demandé le classement en zone humide remarquable, ce qui aurait pour conséquence l’arrêt pur et simple du projet. Actualisation :
Informations complémentaires |
|
|||||||||