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Les temps sont rudes pour Perenco. Le groupe pétrolier franco-britannique se retrouve depuis peu à couvrir deux fronts, de part et d’autre de la frontière Pérou-Equateur. D’un côté, les associations de défense des peuples indigènes tentent tant bien que mal d’entraver son projet d’exploitation du « bloc 67 », région du nord-ouest péruvien, riche en pétrole. De l’autre, le gouvernement équatorien vient de suspendre les activités de la firme, pour satisfaire aux exigences de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP). Décision que les ONG péruviennes espèrent bien voir inspirer leur propre gouvernement. Des indiens isolés menacés par l’implantation de la firme. Début janvier 2009, le gouvernement a en effet donné le feu vert à Perenco, pour exploiter les gisements de pétrole les plus abondants découverts ces trente dernières années, sur la zone du « bloc 67 ». Les ressources potentielles estimées avoisinent les 300 millions de barils, que le groupe entend donc forer dès 2011, à raison de 100 000 barils par jour. Pour ce faire, Perenco prévoit la construction de 14 puits, gérés par plus de 1500 ouvriers. Un projet dont les investissements sont actuellement estimés à 1,5 milliard de dollars. Si cette implantation satisfait le président péruvien, Alan Garcia, qui souhaite voir le pétrole transformer l’économie nationale, elle inquiète en revanche les défenseurs des droits des peuples indigènes, qui anticipent les conséquences désastreuses que pourrait générer la rencontre entre ouvriers de Perenco et Indiens. Ces derniers n’étant pas immunisés contre nos virus (notamment ceux de la grippe ou de la rougeole), le contact avec des « hommes blancs » leur serait probablement fatal. C’est ainsi, par exemple, que la moitié des Nahuas d’Amazonie péruvienne sont décédés à la fin des années quatre-vingt, suite à la propagation de maladies infectieuses véhiculées par les exploitants forestiers. Et bien que Perenco affirme dans son étude de faisabilité qu’il n’y a « aucune communauté indigène dans la zone d’activité du bloc 67 », l’Association interethnique de développement de la forêt amazonienne (Aidesep), assure de la présence d’au moins une tribu sur ces terres. Cette dernière a donc fait appel auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, pour enrayer les projets du pétrolier. Mais le processus est long. D’autant que Perenco s’appuie sur une loi péruvienne qui autorise l’exploitation économique « des terres appartenant à l’Etat et aux communautés paysannes et indigènes ». L’ONG Survival International rapporte par ailleurs que son équipe londonienne a envoyé un courrier aux dirigeants de Perenco en avril 2008, pour engager des négociations, et attend toujours la réponse. Quant à Perenco France, l’équipe hexagonale refuse toute communication sur le sujet, renvoyant la balle à aux collègues péruviens. L’Equateur interrompt l’activité de Perenco
Une petite lueur d’espoir anime cependant les ONG. Une fois n’est pas coutume, elle provient des dernières décisions imposées par l’OPEP à ces treize pays membres. A la mi-décembre 2008, lors de sa 151ème conférence, le « cartel du pétrole » avait en effet décrété une réduction de sa production à hauteur de 4,3 millions de barils par jours (mbj), par rapport aux rendements de septembre 2008 (plus de 29 mbj). Cette opération visait à écouler les stocks et à stabiliser le prix du baril, en chute libre depuis l’été 2008. Et pour cause : après avoir atteint des sommets en juillet, dépassant les 141 dollars, il atteignait péniblement les 38 dollars le 12 janvier dernier. Pour satisfaire aux exigences de l’OPEP, mais également parce que l’exploitation des gisements devenait trop coûteuse (leurs rentabilités n’assurant plus la couverture des investissements), l’Equateur a annoncé au début du mois l’arrêt des activités de Perenco et de l’italien Agip Oil. Et fait savoir, ce mercredi 21 janvier, que les négociations avec Perenco devenant trop difficiles, le contrat qui lie l’Etat à l’entreprise serait prochainement rompu. Le « petit » de l’OPEP semble bien déterminé à reprendre en main les stratégies d’exploitation pétrolière de son territoire, et visant une réduction de la production journalière d’environ 70 000 barils, sacrifie donc deux têtes. Bien que le Pérou n’appartienne pas à l’OPEP, Survival International espère que la décision du voisin équatorien influencera le gouvernement péruvien. D’autant que l’Agence Internationale de l’Energie prévoit pour 2009 une forte baisse de la demande mondiale de pétrole.
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