Opérateur minier ou la difficile union entre or et investisseur

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Publié le 05-03-2003

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Mamadou Herbin Konaté
Mamadou Herbin Konaté

Dans les palaces de Bamako se joue, entre opérateurs miniers, investisseurs étrangers et administration malienne, une partie de poker où tous les coups sont permis. Mamadou Herbin Konaté, opérateur minier, révèle le dessous des cartes.

Dans les années 90, le Mali n'a d'yeux que pour l'or. Devant l'afflux de sociétés étrangères et le boom de la production, les vocations se multiplient. Celle de Mamadou " Herbin " Konaté date de 1993. Cette année-là, il abandonne son poste de comptable dans une entreprise immobilière pour sillonner les grands hôtels de Bamako, sanglé dans un impeccable costume cravate. " Je suis entré dans ce circuit par l'intermédiaire d'un copain. Je rencontrais des Européens de passage qui souhaitaient acheter des pépites au Mali à bon prix. Je les mettais en contact avec des orpailleurs ".
A l'époque, les transactions les plus folles se concluent dans la capitale malienne. Marché noir, blanchiment d'argent, escroqueries variées (on vend du cuivre en guise d'or aux acheteurs pressés...), la fièvre de l'or à Bamako prend des allures de western. Herbin, lui, s'accroche à son image et son intégrité : " Je voulais faire carrière dans ce secteur. Il me fallait donc à tout prix rester honnête, me construire une réputation irréprochable ".
La rencontre avec deux ou trois gros acheteurs l'encourage. " J'ai voulu aller plus loin, passer à l'exploitation ". En 1994, il se retrouve dans le bureau d'un géologue de la Direction nationale de la géologie et des mines du Mali, avec une idée fixe : obtenir une autorisation d'exploration sur une parcelle à Kenieba. Située dans la région de Kayes, cette zone attise les fantasmes de tous les chercheurs d'or. " Comme tout le monde voulait sa parcelle, il restait peu de terrain disponible à Kenieba. Le géologue m'a convaincu de demander une autorisation d'exploration de trois mois sur une parcelle de 8 km2 dans la région de Kalamako. Il m'a montré la carte, m'a expliqué que c'était prometteur. Etant novice, j'ai accepté. "

Exploration mode d'emploi

Son titre minier en poche, Herbin part en quête d'investisseurs. Alors que son autorisation de recherche est à deux doigts d'expirer, la chance lui sourit : il déniche une société canadienne, Oxford, qui investit immédiatement 4,2 millions de CFA pour l'exploration de sa parcelle (6500 euros environs). L'étude d'Oxford révèle que son terrain est rempli d'arsenic, fidèle ami de l'or dans le sous sol, mais l'investissement requis pour une exploration détaillée s'avère trop élevé. Oxford jette l'éponge, non sans proposer à Herbin de travailler comme " consultant " pour son compte. " Chaque fois que je dénichais une mine intéressante pour eux, je touchais un million de CFA "(1525 euros).
Les résultats de son étude sous le bras, Herbin ne se décourage pas. Deux ans plus tard, un nouvel investisseur s'interesse à sa parcelle : le canadien Savoie Minings. L'entreprise est prête à signer avec lui une convention d'établissement, pour se lancer à la recherche du filon caché. Mais la bureaucratie malienne ne l'entend pas de cette oreille... " J'ai attendu plusieurs mois la convention d'établissement. Savoie Minings commençait à se décourager... " Pour couronner le tout, éclate le scandale d'Indonésie. Un géologue canadien annonce (à tort) la découverte de fabuleux gisements d'or à ciel ouvert en Indonésie. Le secteur minier s'affole, les cours plongent.  Toujours à l'affût de nouvelles opportunités, les sociétés déplacent leurs investissements. Savoie Minings s'en va. Pour Herbin, le coup est dur.

A la recherche d'investisseurs étrangers et durables

Mais l'entêtement est le meilleur allié des chercheurs d'or dans la grande partie de poker qui se joue. Herbin affûte sa stratégie. Dans le collimateur du FMI, la Sonarem, la société d'État malienne chargée de l'exploitation minière, est dissoute. Elle brade ses indices de recherche. Herbin lorgne un territoire de 200 km2 du côté de Sikasso. Il multiplie les contacts, envoie des messages sur Internet, s'adresse à une cinquantaine de chambres de commerce dans le monde. Banco ! Le canadien Pangea investit 25 millions de CFA dans l'exploration aérienne de sa zone (près de 40 000 euros). Au passage, Herbin empoche quelques millions et la promesse d'un pactole de 400 millions de CFA (plus de 600 000 euros) et 2% des bénéfices nets si l'or est au rendez-vous. Las, emporté par une banqueroute, Pangea disparaît du paysage malien... en gardant avec lui les interprétations de ses recherches. Des mois durant, Herbin se bat contre la société pour récupérer les précieuses cartes, indispensables à la recherche d'un nouveau partenaire.

C'est la course en avant : pour ne pas mettre toutes ses billes dans le même panier, Herbin se lance dans une nouvelle partie. Sans détenir le moindre titre sur la parcelle de Selekigni, bourrée de marbre blanc, il attire l'attention d'investisseurs belges, prêts à investir 2 milliards de francs CFA pour y construire une usine. Chiffre d'affaires potentiel : 7 milliards de francs CFA. Cette fois encore, l'administration malienne aura raison de la patience des investisseurs. Herbin décroche son titre minier... trois ans après le début de ses premières démarches.
Aujourd'hui, Herbin n'a encore vu aucune de ses mines entrer en exploitation. Mais ce joueur possède désormais quelques bonnes cartes : deux titres miniers, dans l'or et le marbre, sur des territoires prometteurs. Attiré par le cours actuel du métal précieux, à son plus haut niveau depuis six ans, un groupe indonésien s'est déclaré. L'or surgira-t-il enfin ?

I.R. et A.M.
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