Le projet Yasunì peine à convaincre

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Publié le 15-10-2010

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Initié par le gouvernement équatorien en 2007, ce projet inédit propose de ne pas exploiter les gisements de pétrole et de charbon de la région de Yasuni, en échange d'une compensation financière internationale. L'objectif est de valoriser les émissions de CO2 évitées, et donc la contribution du pays à la lutte contre le changement climatique.

Le projet Yasunì-ITT peine à voir le jour. L'idée novatrice d'un cofinancement international, à hauteur de 3,5 milliards de dollars, en échange de la non exploitation du pétrole de la région Yasunì, qui en rapporterait 7 milliards, est certes soutenue par nombre de pays. Le Chili, l'Allemagne, la France, la Suède, le Canada, le Japon ou encore les États-Unis ont donné leur accord de principe. Mais les contradictions qui habitent le projet compromettent sérieusement sa réalisation.

« Le climat n'a rien à voir là-dedans »

Le gouvernement équatorien entend donc valoriser auprès des pays développés les émissions de CO2 évitées par la non-exploitation du gisement de Yasunì. « Mieux vaut dire que vous laissez sous terre 410 millions de tonnes de CO2 que 850 millions de barils de pétrole, vous intéresserez davantage la communauté internationale », ironise Matthieu Le Quang, doctorant en sciences politiques et spécialiste de l’initiative Yasunì.

Seulement, cette justification rencontre un obstacle de taille, comme l'explique Romain Pirard, économiste chargé d’étude Forêts et Climat à l’Iddri. « Toutes nos conventions climat internationales reposent sur des réductions d’émissions de gaz à effet de serre à la source, et non pas sur l’extraction des matières premières émettrices. Ce projet ne rentre donc pas dans le cadre des mécanismes de Kyoto. » Pour l'économiste, la lutte contre le changement climatique comme prétexte à la non-exploitation du gisement de Yasunì est une justification bancale. « Le climat n'a rien à voir là-dedans. Il s'agit de préserver un territoire sur lequel vivent des peuples autochtones. D'ailleurs, si le gouvernement respectait la Constitution équatorienne, la question ne se poserait pas. » Car effectivement, l'article 57 de la Constitution garantit les droits collectifs sans restriction aux peuples en isolement volontaire. L'extraction de pétrole sur la zone concernée par le projet Yasunì est donc interdite.


Comment garantir la pérennité et la réplicabilité du projet ?

L'agenda politique du projet a été marqué le 3 août dernier par la signature du fonds Yasunì-ITT avec le Programme des Nations-Unies pour le Développement, fonds destiné notamment à financer le développement des énergies renouvelables en Equateur. Mais malgré cette reconnaissance internationale, la pérennité du projet fait encore débat. Car elle reste fortement liée à la stabilité du régime. Or, le coup d'Etat du 30 septembre dernier ne fait qu'accroître les craintes des plus septiques.

Quant à savoir si ce projet peut-être « réplicable » ailleurs, Romain Pirard en est des plus sceptiques. « Une fois qu’on a trouvé les donateurs pour Yasunì, si le projet doit être répliqué à grande échelle, rien ne garantit que les financements seront au rendez-vous. » D'autant qu'ils sont déjà difficiles à trouver. Pour l'heure, seul le Chili a alimenté le fonds du PNUE d'un don symbolique de 100 000 dollars. L' Allemagne a pour sa part promis de contribuer à hauteur de 15 millions de dollars par an sur une période de 12 ans sous réserve que la non-exploitation du gisement soit garantie.

Conscients des contradictions du projet, José Gualinga, représentant du peuple Kichwa d'Amazonie Équatorienne, reste pourtant convaincu de la nécessité de le mener à bien. « L’ère pétrolière a généré un désastre environnemental et social en Équateur. De nombreux impacts sanitaires ont récemment été démontrés. Alors certes, ce projet est fragile, mais c’est une proposition positive. Sans ce compromis, l’extraction du pétrole est inévitable. Il ne reste plus qu’à brancher les robinets. Repsol et Petrobas sont prêts. »


Le gouvernement se donne encore un an pour convaincre la communauté internationale du bien-fondé de son initiative et obtenir les 100 millions de dollars jugés nécessaires à la viabilité du projet. Lenin Moreno Garcés, Vice-président de l'Equateur l'a annoncé devant les Nations-Unies le 27 septembre dernier : « si nous n’obtenons pas au moins 100 millions de dollars de compensation d’ici à la fin de 2011, nous serons obligés de lancer l’exploitation des réserves de pétrole que recèle le sous-sol du parc naturel Yasunì. »

Anne Farthouat
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