L'or malien

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Publié le 05-03-2003

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Avec une croissance de 350 % en cinq ans, la production d'or au Mali connaît un boom vertigineux. Portée par l'investissement de compagnies minières multinationales, cette ruée vers l'or suscite bien des espoirs. Mais sur place, ses retombées en terme de développement se font encore attendre. De plus l'extraction de l'or provoque des dégats environnementaux que le gouvernement peine à limiter.

Aujourd'hui, avec 60 tonnes d'or produites en 2002 et 700 tonnes de réserves identifiées, le Mali est le troisième producteur africain, après l'Afrique du Sud et le Ghana. Le précieux minerai constitue la première ressource en devises de ce pays qui compte parmi les plus pauvres du monde.
Pourtant, la fièvre de l'or ne souffle sur le Mali que depuis une dizine d'années. Avec la fin du régime militaire de Moussa Traoré et l'ouverture de l'économie aux capitaux étrangers, les grandes firmes multinationales ont investi le secteur. " C'était l'époque de la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, se souvient Mamadou Dante, ancien opérateur minier. Et les grandes sociétés minières s'inquiétaient de l'évolution politique du pays. Elles ont cherché de nouveaux territoires d'exploration au Mali ".

Avec l'arrivée des sociétés étrangères, la production d'or a connu un véritable boom, de l'ordre de 350 % en cinq ans. En juin 2002, on évaluait le chiffre d'affaires annuel du secteur à 30 milliards de francs CFA (près de 46 millions d'euros) mais l'Etat a du abandonner une part de sa souveraineté sur cette manne. Le programme d'ajustement structurel des institutions de Bretton Woods a conduit en 2000 à la fermeture de la Sonarem (société nationale de recherche et d'exploitation minière) et au licenciement de ses 300 salariés. La part dans le capital des sociétés minières de l'état malien est désormais fixée aux alentours de 20%. Actuellement, 36 à 40% des revenus générés par l'or reste au Mali, sous forme d'impôts, taxes, salaires, cotisations sociales, investissements locaux, etc. C'est beaucoup, si l'on considère que l'essentiel de l'investissement dans le secteur aurifère repose sur les sociétés privées mais peu pour faire de l'or le moteur du développement du pays.

" On ne peut pas se passer des grandes sociétés minières, reconnaît Abdramane Diallo, haut fonctionnaire à la Direction nationale de la géologie et des mines. Mais leur but est avant tout de gagner de l'argent, pas de développer le pays. " La contribution des sociétés minières au développement local est laissée au bon vouloir des multinationales. A Sadiola par exemple, la société Anglogold, qui exploite la mine, n'a toujours pas fait goudronner la piste reliant cette localité à Kayes, que ses camions empruntent pourtant tous les jours. Et du côté de l'Etat, l'argent prélevé sur l'or sert surtout à payer les salaires des fonctionnaires et autres frais de fonctionnement du gouvernement, au risque de laisser de côté le développement d'une filière minière à part entière. " On reproduit la même erreur qu'avec le coton, souligne Abdramane Diallo. L'or devient une rente pour l'État, mais ne profite pas aux opérateurs maliens ni au pays dans son ensemble. "

Autre conséquence de la disparition de la Sonarem : l'Etat malien n'exerce plus qu'un contrôle lointain sur la production minière. La DNGM (direction nationale de la géologie et des mines), chargée d'attribuer les permis d'exploration et d'exploitation et de veiller au respect des normes environnementales, dispose de moyens dérisoires comparés à ceux des grandes sociétés minières. Difficile dans ces conditions de parler d'égal à égal avec les multinationales. " Les propriétaires des mines payent eux-mêmes l'avion aux fonctionnaires chargés de contrôler l'environnement ", souligne Abdramane Diallo. Résultat : les normes environnementales sont parfois loin d'être respectées, au nez et à la barbe de tous.

À Calana, mine actuellement arrêtée, les infiltrations de cyanure dans le sol ont atteint la nappe phréatique ce qui a eu des conséquences néfastes pour les habitants, la faune et la flore... Autre produit dangereux utilisé dans l'exploitation aurifère : l'arsenic qui est un indicateur courant de la présence d'or dans le sol. " Dans certaines zones aurifères, les puits des habitants affichent un taux d'arsenic largement supérieur aux normes de l'OMS avec des conséquences dangereuses pour la santé, notamment  des enfants et des femmes enceintes ", affirme Abdramane Diallo.

Par ailleurs, les mouvements de capitaux des multinationales ont un impact sur le Mali. Repreneur des activités de BHP, le groupe Randgold cherche actuellement à se désengager de la mine de Siama, en raison des difficultés de son exploitation. L'État n'a guère son mot à dire : c'est à l'exploitant de lui proposer un repreneur. Ces mouvements de capitaux peuvent fragiliser l'économie malienne, en grande partie dépendante de cette " monoculture " de l'or. La solution résiderait peut-être dans la diversification de l'exploitation des minerais. Bauxite, calcaire, marbre, grenats et même pétrole : le sous-sol malien regorge de richesses potentielles. La création d'un fonds minier, dont une partie servira à la diversification de la filière constitue un premier pas en ce sens.
Isabelle Renaud et André Mora
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