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Face à l’enjeu économique et écologique qu’incarne l’industrie de l’aluminium, l’Islande et le Groenland réagissent différemment. En Islande, l’aluminium a déjà une vieille histoire et les écologistes ont depuis longtemps fait entendre leur voix, mais crise économique oblige, la résistance s’est émoussée. Au Groenland, où l’objectif est plus que jamais de prendre ses distances d’avec la puissance tutélaire danoise après l’écrasante victoire du référendum sur l’autonomie élargie fin novembre 2008, les rêves d’indépendance ont besoin d’argent sonnant et trébuchant que l’aluminium va contribuer à offrir. Si dilemme il y a, la priorité va au développement, sans état d’âme. Aucune voix écologique ne vient perturber les plans. La passivité est intéressée. En Islande, trois usines de productions sont d'ores et déjà en fonction et deux sont planifiées. Rio Tinto Alcan est propriétaire de la première usine du pays, ouverte dès 1969. Alcoa, déjà propriétaire de l’usine la plus récente lancée l’an dernier, envisage une nouvelle unité de 220 000 tonnes par uniquement alimentée par la géothermie. Century Aluminium Company, le troisième acteur, qui vient d’agrandir son usine fin 2007, envisageait lui aussi de construire une nouvelle centrale lorsqu’il a annoncé en octobre qu’il reportait son plan à cause de la crise. Depuis des années, les écologistes sont actifs, parfois en bloquant des chantiers. A la mi-décembre, c’est la chanteuse Björk qui a donné son nom à un Fonds qui investira dans « des activités durables qui mettent en valeur les ressources naturelles et culturelles de l'Islande ». La chanteuse, opposante aux fonderies d’aluminium, estime que pour sortir de la crise financière, l’Islande doit revenir à ses « racines vertes ». Ecologie vs développement économique
Mais en cette période de crise, tous les yeux sont tournés vers l’économie. Le premier ministre s’est déclaré inquiet que des jeunes quittent le pays pour chercher du travail ailleurs. La défiance vis-à-vis des politiciens, accusés de ne rien faire pour combattre le chômage qui augmente, notamment chez les jeunes, ne faiblit pas et le 20 janvier encore, des milliers de manifestants ont cerné le parlement. La police a arrêté une trentaine de personnes. Dans des villes plus reculées, la construction de ces grosses industries joue aussi un rôle contre l’exode rural, non négligeable. Plusieurs autres villes islandaises se sont déclarées candidates pour accueillir des usines d’aluminium, comme dans le nord, près de Keflavik. Åslaug Haga, députée centriste norvégienne qui rentre tout juste d’Islande, a constaté que l’opinion écologiste y était en sourdine. « Avec la crise économique qui frappe dramatiquement l’Islande, l’opposition aux nouveaux projets d’usines d’aluminium est inaudible. Il y a trop un sentiment d’urgence ». D’autant que le commerce extérieur islandais a battu des records en décembre dernier. La couronne islandaise ayant perdu près de la moitié de sa valeur depuis l’écroulement du secteur financier en octobre, les secteurs exportateurs, aluminium et produits de la pêche, ont fait un bon en avant. Les exportations d'aluminium, qui représentent près de 20% des exportations de marchandises, doubleraient dans cinq ans si les projets en cours se réalisent. Et si les écologistes ne reprennent pas du poil de la bête. Rêve d'indépendance
Rien de tel au Groenland. A la différence de l’Islande qui est un pays indépendant, le Groenland est un territoire autonome danois. Alcoa prévoit de construire une centrale d’aluminium à Maniitsoq, sur la cote ouest. Si pour la phase de construction, il faudra au moins 3500 ouvriers qui seront sans doute recrutés en Chine et en Pologne. En dépit de la crise, Alcoa n’a rien changé à ses plans groenlandais. Le Groenland, qui est aujourd’hui rangé dans le camp des victimes du réchauffement climatique - fonte de la calotte et des glaciers, bouleversement de la culture traditionnelle inuit – rejoindra bientôt le camp des pollueurs. « L’usine d’aluminium à elle seule augmenterait de 75% les rejets groenlandais de gaz à effet de serre », a prévenu un journal local. « C’est vrai, concède Per Berthelsen, ministre groenlandais des finances et des affaires étrangères. Mais l’industrie de la pêche qui représente 90% de nos exportations est vulnérable à cause du changement climatique. Il faut que l’on trouve des sources de revenus à terre. C’est pour cela que l’on attend beaucoup d’Alcoa. Si cela marche, les revenus fiscaux s’élèveront à 200 millions de couronnes (27 millions d’euros) par an dès 2011 ». Une manne importante pour financer les rêves d’indépendance du Groenland. « Il faut voir cette production d’aluminium d’un point de vue global, note Kaj Kleist, directeur de cabinet du premier ministre groenlandais. Ailleurs dans le monde, ils choisissent du charbon ou du gaz naturel pour produire de l’aluminium, ici au moins, on utilisera une énergie verte avec deux usines hydroélectriques pour produire cet aluminium ».
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