Faire de l'or un levier de développement du Mali

Planète \Mondialisation \Matières premières

Publié le 05-03-2003

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Hamed Diane Semaga
Hamed Diane Semaga

Ministre du gouvernement d'Amadou Toumani Touré, le nouveau président du Mali, Hamed Diane Semega détient les porte-feuilles clefs de l'énergie et des mines. Cet ancien juriste rompu aux arcanes du secteur minier suscite l'espoir des opérateurs maliens, impatients de voir se concrétiser des réformes longtemps attendues.

Quelle est la part de l'Etat dans l'exploitation des mines d'or au Mali ?
Hamed Diane Semega  : Aujourd'hui, l'Etat est actionnaire minoritaire dans la plupart des grandes mines. Sa participation, fixée par le plan d'ajustement structurel proposé par la Banque mondiale, se situe aux alentours de 20 %. A titre d'exemple, nous sommes actionnaires à hauteur de 18% de la mine de Sadiola, exploitée par la firme sud africaine Anglogold, et de 20% dans la mine de Morila, exploitée par Randgold. En dehors de ces participations " directes ", l'Etat exerce aussi un rôle de conseil et de contrôle sur l'ensemble des mines en exploitation au Mali.

Quel est l'impact réel de l'or sur l'économie du pays ?
Hamed Diane Semega
  : Les grandes mines améliorent la balance du paiement, mais leur effet d'entraînement reste assez faible sur l'ensemble de l'économie malienne. Localement, les conventions d'exploitation donnent aux firmes l'obligation de participer au développement social, mais chaque opérateur est libre de sa contribution. A Sadiola par exemple, Anglogold verse 5000 dollars mensuels au fond de développement local. C'est intéressant, mais pas suffisant pour répondre aux attentes en terme d'habitat, d'infrastructure, d'eau potable... D'autant que l'or est un produit " sensible " dans un pays très pauvre. Autour des mines, les attentes de la population sont énormes.

Comment faire pour que l'or joue un rôle moteur dans le développement du Mali ?
Hamed Diane Semega
  : Le problème du Mali, c'est qu'il existe aujourd'hui très peu de mines de taille "intermédiaire" aux mains d'opérateurs nationaux. Nous avons soit de grandes mines exploitées par des multinationales dotées de moyens techniques et financiers très puissants, soit des artisans orpailleurs, dépourvus de tout moyen efficace d'exploitation. Nous devons tenter de faire émerger une classe d'opérateurs miniers maliens qui exploiteront des gisements d'importance " intermédiaire ", afin que les investissements réalisés profitent plus directement au pays.
Un gisement de 30 à 50 tonnes d'or, par exemple, n'intéresse pas une multinationale mais pourra correspondre aux capacités d'investissement d'un opérateur malien. Un peu comme au Zimbabwe, quatrième producteur du continent où l'essentiel de la production vient de petites mines détenues par des opérateurs locaux.

Comment comptez-vous faire pour favoriser cette émergence d'opérateurs miniers nationaux ?
Hamed Diane Semega
 : Ce n'est pas facile, car tout le monde ne peut pas se décréter opérateur minier du jour au lendemain. Cette activité nécessite des compétences techniques pointues, une expertise et une capacité à lever des fonds importants. Il faut donc trouver ces perles rares et surtout les accompagner. Nous pourrons proposer des formations et un appui technique à ces opérateurs ou leur faciliter la tâche en leur accordant des " titres de prospection " sur des sites où les indices de minerais sont déjà connus. Comme dans la région de Sikasso, où nous avons repris des titres miniers anciennement exploités par des opérateurs canadiens. L'Etat pousse l'exploration sur ces territoires, qui seront ensuite confiés à des opérateurs nationaux.

Et l'orpaillage traditionnel ?
Hamed Diane Semega
  : C'est notre second axe. Nous discutons actuellement avec la Banque mondiale d'une réorganisation de cette filière. Dans les zones d'orpaillage traditionnel, l'environnement est très menacé par l'exploration anarchique, il faut donc se préoccuper aujourd'hui de la réhabilitation de ces zones. Enfin, il faut soutenir les artisans : par manque de moyens techniques, ils rejettent aujourd'hui 60 à 70 % de l'or extrait, il faut donc les aider à améliorer leurs rendements. Cela permettra de lutter contre la pauvreté manifeste dans ces régions d'autant plus que les orpailleurs ont délaissé la production vivrière, garante de leur sécurité alimentaire, pour ne se consacrer qu'à l'or.

Ne craignez vous pas de voir se développer une " économie de rente " autour de l'exploitation de l'or ?
Hamed Diane Semega
  : C'est un danger en effet, lié à une certaine facilité. Car l'or répond à une demande forte de la part des investisseurs. De plus, il est moins vorace que d'autres minerais en infrastructures de transformation. Par exemple, nous avons le potentiel pour mettre en place une cimenterie, mais les " grands opérateurs " mondiaux ne se bousculent pas pour investir au Mali. Pourtant, le ciment, que nous achetons cher à l'étranger, est aussi un élément de souveraineté ! La valorisation d'autres ressources minières fait partie de nos priorités. Concrètement, nous allons utiliser une partie de la taxe de 3% sur la valeur de l'or pour créer un fonds minier destiné à la valorisation des sous-sol et la diversification des ressources minières. Elles ne manquent pas au Mali ! Le calcaire, le marbre, la bauxite, les pierres précieuses et semi-précieuses...Il existe aussi un bassin sédimentaire de 800 000 km2 susceptible de contenir du pétrole. Il faut relancer l'exploration pétrolière, qui n'a jamais été effectuée de façon sérieuse.
Propos recueillis par I.Renaud et A.Mora
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