extraire de l'or : un coût élevé pour l'environnement

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Publié le 05-03-2003

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Mine de Morila (Anglogold)
Mine de Morila (Anglogold)

Depuis 1997, la Direction nationale de la géologie et des mines du Mali s'est dotée d'un service de protection de l'environnement. Une véritable innovation, dans un pays où jusque là, l'extraction d'or s'était faite au mépris de tous les risques environnementaux.

La mine d'or de Calana est fermée depuis 12 ans mais, dans la région, l'eau du robinet coule toujours rouge. " La couleur de l'eau est due aux métaux lourds contenus dans les rejets de la mine qui ont atteint la nappe phréatique "  explique Seydou Keïta, ingénieur géologue à la promotion de l'artisanat minier et protection de l'environnement du Mali. Le phénomène remonte aux années d'activité de la mine. Mais il n'a été identifié... qu'en 1997. " Avant cette date, nous n'avions pas les outils pour diagnostiquer ces infiltrations. Nous ne savions rien de leurs conséquences à terme sur la santé des habitants. 1500 personnes travaillaient à Calana et aucun responsable minier malien n'était formé à la protection de l'environnement".

Calana n'est pas une exception. Jusqu'en 1997, l'extraction d'or au Mali s'est faite sans réel contrôle des risques environnementaux émanant de l'Etat et des exploitants. Les exemples abondent, comme celui, récent, de la mine de Siama. Exploitée d'abord par la société BHP, puis rachetée par Randgold en 1994, cette mine attend aujourd'hui un éventuel repreneur. " A Siama, les exploitants se sont contentés de suivre les filons pour ramasser l'or sans sécuriser les puits, raconte Abdoulaye Pona, secrétaire général de l'Unomin (Union des opérateurs miniers du Mali). Tout ce qui était à ciel ouvert a été pris, ce qui était en dessous est désormais inaccessible en raison de risques d'effondrement. Siama a pâti de l'opportunisme des exploitants et d'un manque de suivi de l'Etat ". Résultat : une mine arrêtée et 2000 emplois sacrifiés.

Contrôles à venir

C'est pour éviter ce type de dégâts que la Direction nationale de la géologie et des mines (DNGM) s'est dotée en 1997 d'un service de Promotion de l'artisanat minier et de protection de l'environnement. Les moyens font certes défaut : " Aujourd'hui, nous ne pouvons pas effectuer nous-mêmes tous les contrôles nécessaires faute d'équipements ", reconnaît Seydou Keita, son coordinateur. Il faudra attendre 2004 et la création d'un laboratoire " maison ", financé par la Banque mondiale, pour réaliser les contre-expertises sur les indices environnementaux, actuellement établis tous les trimestres... par Anglogold lui-même, exploitant des mines de Sadiola et Morila : qualité de l'air, analyse des boues rejetées, émissions de gaz, contrôles sur la manipulation des substances dangereuses, tel le cyanure utilisé pour dissoudre l'or dans le minerai.


Soucieux de son image de marque, Anglogold, numéro un mondial de l'or, a lui-même initié la première étude d'impact environnemental et social jamais réalisée au Mali, lors de la mise en exploitation de Sadiola en 1997.  La groupe a suivi pour cela les normes de la Banque mondiale qui détient 12% du capital de Sadiola. " Une étude similaire a été exigée pour l'ouverture de Morila. Elle est désormais obligatoire pour toutes les mines ", affirme Seydou Keïta.
Mine " modèle ", Sadiola a bénéficié de toutes les attentions. Ainsi, le déplacement de population nécessaire à l'exploitation du filon, a-t-il été entouré d'un maximum de précautions : audit des biens, consultation des habitants pour le choix d'un site, reconstruction en dur... " On a pris deux ans pour reloger 250 familles, précise M. Keïta. Lors de la construction du barrage de Manantali, on s'est contenté d'exproprier les populations ". Un fonds de développement a été créé par Anglogold, pour atténuer l'impact du déplacement et limiter la dépendance de la population vis-à-vis de la mine. Doté de 5000 dollars par mois, il vise à diversifier les activités locales, vers la pisciculture ou le maraîchage. " Il s'agit d'éviter la transformation des cités minières en villages fantômes dès la fin de l'exploitation, comme à Siama ".

Mine modèle

Côté environnement, la carrière proprement dite, profonde de 120 mètres, ne sera pas comblée, mais ses pentes adoucies. Après son assèchement, le barrage à boues de 400 hectares devra être reboisé. Pendant l'exploitation, ce lac artificiel fait l'objet de contrôles attentifs : c'est là que sont rejetées les boues imbibées de cyanure, reliquat du traitement du minerai. Sadiola " consomme " 210 tonnes de cyanure par mois. Ce poison violent se dissipe à l'air libre en 72 heures. Mais sa concentration dans l'eau présente des risques pour les animaux qui s'y abreuvent : en mai 2002, un excès de cyanure a tué des phacochères, singes et oiseaux. " Des prélèvements d'eau ont aussitôt été effectués et du péroxyde injecté dans le bassin, pour désagréger le cyanure ".

Reste que la gestion environnementale des grandes mines n'est que la face émergée de l'iceberg. Plus incontrôlables sont les quelque 200 000 orpailleurs traditionnels, pratiquant l'exploitation " intensive " de plus de 250 sites au Mali. Ils creusent des milliers de puits qui fragilisent les sols, coupent du bois, utilisent des produits dangereux comme le mercure ou l'acide chlorydrique, dont ils ne sont pas toujours bien protégés. Le gouvernement a délimité récemment des " couloirs d'orpaillage " sur les principaux sites pour mieux contrôler leur installation. Des projets de réhabilitation d'anciens sites, de soutien à la diversification des activités sont prévus, en collaboration avec la Banque mondiale. Mais beaucoup reste à faire, pour améliorer le sort de ces artisans, pratiquant le plus souvent une " activité de survie " dans un environnement dégradé.

Isabelle Renaud et André Mora
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