Hajigak, province de Bamian

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Afghanistan : la course aux minerais

L'Afghanistan est assis sur un pactole. Des réserves en minerais estimées à 1000 milliards de dollars. De quoi aiguiser les appétits de ses deux grands voisins : la Chine et l'Inde. Des entreprises des deux pays sont sur les rangs pour répondre à l'appel d'offre du gouvernement afghan.

Des géologues américains ont découvert en Afghanistan de gigantesques réserves de minerais ; fer, cuivre, cobalt, or et même lithium. De quoi faire de l'Afghanistan l'un des centres miniers les plus importants dans le monde. C'est en tout cas ce que croient les fonctionnaires américains : une note interne émanant du Pentagone indique que l'Afghanistan pourrait devenir « l'Arabie saoudite du lithium ».

A un an du début du retrait annoncé des troupes américaines en Afghanistan, la course aux matières premières a commencé. Dans les starting-blocks on retrouve deux des plus grandes économies de la région : la Chine et l’Inde. Deux pays boulimiques en matières premières. « La Chine et l’Inde ne vont certainement pas se détourner d’une telle manne à leurs frontières. Il y a là des opportunités énormes et les deux pays se positionnent déjà, même si cela prendra encore un peu de temps, explique Kamran Bokhari, le directeur régional pour l’Asie du Sud et le Moyen-Orient de Stratfor, une agence d’analyse indépendante. Nous avons en effet tendance à généralement sous-estimer les difficultés qu’il peut y avoir à travailler dans d’autres pays, en terme de logistique notamment, et cela s’applique aussi à ces deux pays ».

Car fouiller et exploiter le sous-sol afghan est encore plus délicat qu’exploiter du pétrole offshore. L’Afghanistan est un pays ravagé par la guerre, sans aucune infrastructure et où les seigneurs de la guerre prélèvent leur dîme et font la loi. Les soldats de l’Otan sur place ne contrôlent qu’une partie du pays et certainement pas les régions isolées et montagneuses de l’Est. Là-bas il n’y a ni électricité, ni route, ni chemin de fer. C’est pourtant là que se trouve la plus grande partie des réserves. Extraire ces minerais demandera donc des millions de dollars d’investissements.

Traverser le Pakistan ?

Pas de quoi cependant refroidir l’ardeur des entreprises chinoises et indiennes qui entendent participer aux appels d’offre qu’est sur le point de lancer le gouvernement afghan. Dans une réunion d’investisseurs organisée à Londres le mois dernier, le ministre afghan des mines, Waheedullah Shahrani, a ainsi levé le voile sur une partie du pactole. Il s’agit des gisements d’Hajigak dans la province de Bamian : « Les réserves d’Hajigak sont estimés à 2 milliards de tonnes de ressources naturelles dont 62% de minerais de fer, explique le ministre. Un appel d’offre sera lancé au mois de septembre et plusieurs entreprises nous ont déjà fait part de leur intérêt ». Parmi elles, on retrouve plusieurs entreprises indiennes comme Essar Minerals Ltd, Rashtriya Ispat Nigam Ltd et Ispat Industries Ltd.

Problème : pour exploiter les minerais il faudra traverser les frontières de son grand ennemi, le Pakistan. « Le Pakistan fait tout pour empêcher l’Inde d’exploiter davantage les ressources afghanes et accroître sa présence sur place. Au contraire, le Pakistan qui est un allié de Pékin va s’aligner sur la position chinoise. Son seul objectif est de bloquer l’Inde », explique Kamran Bokhari. Seule alternative pour New Dehli passer par l’Iran. « Le problème pour l’Inde c’est que les ressources afghanes se trouvent en grande partie près de la frontière avec le Pakistan, explique un spécialiste du dossier. Ensuite, négocier avec l’Iran s’avère délicat actuellement. L’Inde s’inquiète aussi de l’insécurité en Afghanistan et les entreprises indiennes sont la cible de nombreuses attaques des talibans que l’on sait proches du Pakistan ».

Les Chinois ont la faveur des Afghans

Côté Chinois, China’s Metallurgical Group Corp et Jiangxi Copper Co tiennent la corde. Ces deux entreprises font déjà figures de favorites. En 2007, elles ont décroché la licence d’exploitation des réserves de cuivre d’Aynak au détriment de l’Américain Phelps Dodge. Situées à 40 kilomètres de Kaboul elles sont considérées comme les plus importantes réserves du continent. Un investissement de 3 milliards de dollars entaché d’accusation de corruption, ce que les Chinois ont toujours démenti.
La concession d’Aynak se révèle pour l’heure moins lucrative que prévu. Sur place les travaux accusent 18 mois de retard et la Chine devra construire des infrastructures, des routes et une ligne de chemin de fer pour exploiter et transporter le minerai. L’investissement total devrait alors dépasser les 4 milliards de dollars. Mais les Chinois ont la faveur des Afghans. Le 4 juillet dernier, le ministre afghan du Commerce et de l’Industrie déclarait que « la contribution chinoise est aussi importante que celle des troupes étrangères de la coalition ». De quoi faire bondir les Américains.

La Chine n’a en effet pas de casques bleus en Afghanistan. Mais elle a des capitaux. Premier investisseur étranger, et de très loin dans le pays, la Chine multiplie les contrats pour les infrastructures, les lignes téléphoniques, le chemin de fer et l’exploitation des matières premières. Sans compter l’électronique bon marché et les biens de consommation qui inondent les marchés de Kaboul. Négocier avec les Chinois est aussi une bonne alternative pour le gouvernement d’Hamid Karzai afin de montrer aux Américains qu’ils ne sont pas tout puissants dans la région. C’est aussi un calcul à long terme que de miser sur la future première puissance économique du monde. Un pays dont on a pu voir au Darfour ou en Birmanie que la présence économique ne va pas de paire avec l’ingérence politique.

Stéphane Pambrun à Pékin
Mis en ligne le : 30/07/2010
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