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Critiqué dès le début de sa mise en œuvre, le PIB, en tant qu’indicateur principal de la croissance de la planète, est plus que jamais remis en cause. Incapable de rendre compte des inégalités sociales ou de la destruction des ressources naturelles, il est devenu inapte à mesurer le développement durable des Etats. Las, alors que le changement climatique rend urgent une prise en compte de l’impact environnemental des activités économiques et que la fixation sur le PIB a aveuglé les dirigeants au point de ne pas voir arriver la crise, la définition de nouvelles mesures du progrès est devenue plus que nécessaire aux yeux de la communauté internationale. Au point de solliciter l’OCDE sur cette question. C’est ainsi qu’en avril 2008, Nicolas Sarkozy saisit lui aussi l’occasion de ce débat mondial pour créer, en France, la Commission Stiglitz chargée de revoir les indicateurs de performance économique. « Les Français n’en peuvent plus de l’écart grandissant entre des statistiques qui affichent un progrès continu et les difficultés croissantes qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne », argumente-t-il alors. Certes, les alternatives au PIB ne manquent pas. Depuis la création, en 1972, du « bonheur national brut » au Bhoutan, les outils de mesure destinés à aller au-delà de la seule performance économique en faisant mieux état de la qualité de vie ou de l’état de la planète se sont multipliés : l’indicateur de développement, l’indicateur de bien-être économique, l’indicateur du bonheur, l’empreinte écologique ou l’indicateur de santé sociale qui a récemment vu le jour dans le Nord Pas de Calais…la liste est longue. Pourtant il aura fallu plus d’un an à la Commission, composée de la fine fleur mondiale des économistes parmi lesquels Joseph Stiglitz, Jean-Paul Fitoussi, et quatre prix Nobel, pour rendre ses premières conclusions et marquer ses faveurs pour un indicateur pourtant contesté : l’épargne nette ajustée (ENA), mis au point par la Banque mondiale. Un outil exclusivement monétaire qui propose « une conception impensable du développement durable », estime Jean Gadrey, membre de la Commission et du collectif Fair. Ce « forum pour d’autres indicateurs de richesse » qui regroupe des syndicats, associations et autres militants de la vie civile, s’est réuni en parallèle des travaux Stiglitz et en a dénoncé les limites dès la publication du pré-rapport, début juin. Un rapport amendé L’ENA, au centre des critiques, permet de dégager les ressources d’un pays en prenant en compte le capital produit par les activités économiques et les dépenses d’éducation auxquels on retranche la perte de certaines ressources naturelles ainsi qu’une estimation des dommages liés aux émissions de gaz carbonique . Or, dans ce cas, il est possible d’avoir une croissance positive si, par exemple, on forme une population à mieux maitriser l’eau et qu’elle fabrique de nouvelles pompes alors même que la ressource hydraulique est à un niveau très bas et risque de manquer. Il est en effet très difficile d’évaluer les « seuils critiques de pression écologique au-delà desquels on ne peut plus compenser les dégradations de l’environnement par une amélioration de l’éducation ou du capital économique », estime Jean Gadrey… De plus, « sur les quatre dimensions du développement durable : économique, sociale, écologique et la gouvernance démocratique, les deux dernières sont absentes! », souligne-t-il. Il faut dire que déjà, dans sa composition même, la commission n’avait accordé aucune place à des non-économistes et son pré-rapport de 92 pages, entièrement rédigé en anglais (sans traduction) avait peu de chances de susciter des contributions (ouvertes pendant seulement 3 semaines) de la part des non-initiés… Prévue pour le 13 juillet, après déjà plusieurs reports, la remise des conclusions finales n’a finalement plus de date connue. Prenant acte des contributions tout de même récoltées ainsi que des nombreuses critiques, notamment celles du collectif Fair soutenu par de nombreuses associations environnementales comme le WWF, les Amis de la terre et des syndicats tels la Cgt, la Cfdt et Solidaires, la Commission Stiglitz s’est remise au travail. Selon les dernières informations, le PIB n’aurait pas un remplaçant unique, tout simplement parce qu’il est impossible de prendre en compte dans un seul indicateur des mesures fiables englobant à la fois l’économie, le social et l’environnement. A l’image des préconisations du Conseil économique et social qui s’était lui aussi penché sur le sujet fin mai, cela commission s’orienterait donc vers un tableau de bord constitué de multiples indicateurs regroupant à la fois des mesures économiques et physiques telles que les émissions de GES, la fonte des glaces ou la capacité restante de l’atmosphère à absorber les gaz à effet de serre… Des propositions qui obtiendraient la faveur de Fair par exemple mais qui sont encore simplement à l’état de discussion. Selon Jean Gadrey, le rapport, cette fois limité à « 8/10 pages, en français », pourrait être présenté au Président de la République fin juillet/début août mais « sans forcément être rendu public ». Nicolas Sarkozy pourrait en effet attendre le G20, en septembre, pour dévoiler son contenu aux autres chefs d’Etat.
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