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L'Equateur innove avec le projet Yasuní

Alors que les négociations de l'après Kyoto entrent dans leur dernière phase avant Copenhague, l'Equateur fait un tour d'Europe pour promouvoir un projet inédit auprès des pays développés. Il s'agit pour le pays d'obtenir de leur part un cofinancement en échange de la non exploitation du pétrole de la région Yasuní, qui éviterait le rejet de 410 millions de tonnes de CO2.

Pendant que les négociations pré-Copenhague semblent s’orienter vers un accord du moins-disant, l’Equateur sillonne l’Europe pour promouvoir une solution bien plus audacieuse et qui prend corps petit à petit. Lancé il y a maintenant deux ans, le projet Yasuní ou ITT– du nom des trois forages d’exploration de la zone Ishpingo-Tambococha-Tiputini – est en effet basé sur le financement des tonnes de CO2 évitées par la non exploitation de 850 millions de barils de pétrole, ce qui correspond à près de 20 % des réserves connues du pays.

Le symbole d’un changement de cap

Pour cet Etat dont l’économie est aujourd’hui largement dépendante de l’hydrocarbure (22% du PIB et plus des 2/3 des exportations), c’est tout simplement se priver d’une manne financière de l’ordre de 7 milliards d’euros sur 13 ans environ. Mais pour l’un des initiateurs du projet, Alberto Acosta, ancien ministre de l’énergie aujourd’hui économiste et enseignant chercheur à la Flacso (Faculté latino américaine de sciences sociales), l’initiative vaut bien plus que cela car « il est impossible que le monde continue à brûler des énergies fossiles au rythme actuel ».

L’initiative est donc le symbole d’un changement de modèle de développement pour l’Equateur. Et au-delà, le pays donne un signal fort à la communauté internationale sur ce qui peut se faire en matière de lutte contre le changement climatique, explique-t-il. Avant de détailler : « le projet est multi dimensionnel. Premièrement, il permet d’éviter 410 millions de tonnes de CO2, la déforestation d’une partie de l’Amazonie et de brûler les gaz d’extraction. De plus il permet de maintenir une biodiversité réellement unique au monde (il s’agit d’une réserve mondiale de biosphère de l’Unesco, ndlr). Enfin, et c’est un point essentiel, il permet de respecter les droits humains des peuples isolés et des peuples indigènes de la région. »

Pour l’Equateur, il s’agit aussi de passer à une économie post-pétrolière, en diversifiant les sources d’énergie. « Cela est indispensable, comme nous le rappelle la crise économique. Surtout, cela est possible car nous avons des alternatives, reprend Alberto Acosta. Nous avons un potentiel hydroélectrique mais aussi solaire et géothermique. Des énergies qui sont peu développées par manque de ressources mais qui bénéficieront justement du fonds instauré pour financer le projet ». Le fonds devrait également permettre d’assurer la protection de 40 parcs nationaux et de terres habitées par les indigènes sur 40% de la surface du pays, de replanter 1 million d’hectares de forêts et de mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté.

Des soutiens…de principe

Mais « le financement est notre principale difficulté », reconnait Alberto Acosta pour qui l’Equateur est « le créancier d’une dette écologique ». Car pour laisser le pétrole en terre, l’Equateur qui émet aujourd’hui moins de 1% des émissions de CO2 de la planète et dont le PIB se situe au 67ème rang  mondial, a besoin de l’aide internationale, au moins à hauteur de 50 % de la somme « perdue » par la non-exploitation du pétrole. Ce financement, de  l’ordre de 350 millions de dollars par an, pourrait provenir des pays développés en raison de leur « co-responsabilité » dans le changement climatique mais aussi d’organisations ou de particuliers engagés qui alimenteraient ainsi un fonds (Fidéicomis) placé sous l’égide de l’ONU et de l’Equateur. « Il s’agit d’un prix raisonnable , calqué sur le marché de la compensation volontaire du carbone », estime Alberto Acosta.

Aujourd’hui, les soutiens de principe affluent lors des présentations du projet, comme lors de l’actuelle tournée européenne du Président Rafael Correa. L’Initiative a ainsi reçu celui des parlements européen et américain, des gouvernements français, espagnol, norvégien ou britannique ainsi que de personnalités telles que les prix Nobel Muhammad Yunus, Rigorberta Menchu ou Desmond Tutu… Cependant, seule l’Allemagne s’est pour le moment engagée sur un montant chiffré de 50 millions de dollars par an. Pour rassurer les financeurs sur la fiabilité du système , le projet devrait s’appuyer sur des « Certificats de garantie Yasuní », un document financier émis par l’Etat équatorien aux participants de l’initiative et qui garantirait le maintien des réserves de pétrole en sous-sol ad vitam aeternam, explique le site officiel du projet. (http://www.yasuni-itt.gov.ec/)

Un projet reproductible

Mais il faudra aussi tenir face à la pression de l’industrie pétrolière. « Certaines entreprises cherchent à décrédibiliser l’initiative et à faire reculer le gouvernement pour obtenir une licence d’exploitation dans le parc Yasuní », souligne Rémi Moncel, en charge du programme Energie Climat du World Resources Institute. « Mais l’initiative et le soutien que génère le projet témoigne d’une pression grandissante sur les entreprises pétrolières, pour défendre une exploitation soutenable qui ne se fasse pas aux dépens des populations locales et de la biodiversité », ajoute-t-il. 

Le projet pourrait d’ailleurs faire des émules dans d’autres pays. Les porteurs de l’initiative estiment en effet que le Brésil, la Colombie, les Philippines ou la République du Congo entre autres satisferaient aux quatre critères nécessaires au bon fonctionnement des opérations sachant qu’ils se situent dans les tropiques, qu’ils sont en développement, qu’ils abritent une riche biodiversité et qu’ils disposent de réserves de pétrole situées dans des zones à protéger.

Reste encore à convaincre la population équatorienne elle-même qui apporte jusque là un soutien mou. « La majorité est en faveur du projet mais nous devons encore faire la promotion de l’initiative », estime Alberto Acosta. Pour susciter réellement l’enthousiasme, une grande campagne nationale et internationale ironiquement intitulée « Achète un baril de pétrole ! » est actuellement en cours, notamment sur les réseaux sociaux.

Béatrice Héraud
Mis en ligne le : 29/10/2009
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