Quelle éthique pour l'Ethical Fashion Show ?
Pour la deuxième année consécutive, le Salon de la mode éthique a joué une partition originale dans le monde de la mode. L'Ethical Fashion show réunissait cette année une cinquantaine de créateurs, contre 25 l'an dernier, et témoigne de la variété des concepts que recouvre la notion d'éthique. Il faudra vraisemblablement les encadrer pour gagner en crédibilité.
Pour sa seconde édition, l'Ethical fashion show, salon de la mode éthique, a vu défiler de belles créations vestimentaires et des magnifiques accessoires, de la chaussure au sac en passant par les chapeaux. La " famille " s'est agrandie, ils étaient près d'une cinquantaine à être venus de Guinée, de Grande-Bretagne, du Brésil, du Burkina Faso ou encore d'Inde pour exposer collections et convictions, deux fois plus qu'en 2004. Comme l'an dernier, des conférences étaient intégrées au programme, concernant la place des producteurs locaux dans la filière "mode éthique", la garantie des bénéfices sociaux ou encore l'environnement dans la mode. Ces sujets soulevent tous de nombreuses questions, ce qui semble être plus généralement la vocation de ce salon. Il permet de s'interroger sur nos modes de production et de consommation actuels, à travers l'exemple emblématique de la mode.
Concours sur le commerce équitable
Les résultats du premier concours national sur le commerce équitable, baptisé Ekilibre, ont été rendus publics le 11 octobre. Les deux lauréats de cette initiative, lancée par la Délégation Interministérielle à l'Innovation sociale et à l'Economie sociale (DIES), sont la société Equi'libre qui commercialise des distributeurs de boissons bio et équitables en France et un projet "La vie devant soie" qui prévoit de soutenir la formation de tisseuses au Cambodge. Tous deux recevront 5000 euros. Plus de 170 candidats s'étaient inscrits à ce concours dont l'objectif était de montrer que le commerce équitable peut-être étendu à d'autres filières que celles du café et du sucre en "favorisant l'émergence de projets innovants et viables économiquement".
L'Ethical Fashion Show montre que concevoir des vêtements en respectant davantage l'homme et la nature est possible. Il incite aussi à consommer différemment, en mesurant l'impact d'un simple acte d'achat, et en cherchant plus d'information sur les enjeux sociaux ou écologiques. C'est aujourd'hui envisageable parce que l'offre commence vraiment à s'étoffer. Même si les revendications des uns et des autres sont multiples, éthiques, écologiques, équitables, ethniques, artisanales... et sèment parfois la confusion, même dans l'esprit des exposants.
Des convictions diverses en action
En effet, l'un des "leitmotiv" du salon dans la bouche de plusieurs créateurs, était " il y a de tout ". Le coton bio côtoie le coton traditionnel, les vêtements ou les chapeaux de pluie en tissus recyclés voisinent avec les dernières créations branchées issues d'un commerce équitable, l'artisanat africain répand ses couleurs vives non loin des textiles plus doux d'une créatrice irlandaise qui utilise le chanvre. A regarder de plus près les démarches des uns et des autres, dont on regrette qu'elles n'aient pas été systématiquement expliquées aux visiteurs trois fois plus nombreux cette année sont extrêmement diverses : " Les approches sont multiples, mais les notions d'éthiques ne sont pas les mêmes au Nord et au Sud ainsi que les niveaux de préoccupation, explique Isabelle Quéhé, l'organisatrice du salon. Ici, les créateurs s'intéressent au recyclage, au coton biologique, à des conditions de commercialisation plus équitables, dans certains pays en développement...L'urgence est avant tout de sauvegarder des savoirs-faire locaux et de les valoriser, pour pérenniser l'économie locale et entrer dans une logique de co-développement avec le Nord." Il n'y a donc pas une seule " définition " de l'éthique pour l'Ethical Fashion Show, mais des convictions, du talent et des prises de conscience que fédère un désir de mode.
Un risque de confusion à limiter
Au-delà de la confusion possible, la question peut se poser de savoir sur quels critères les créateurs sont choisis ? Leur sélection est faite par Isabelle Quéhé et son assistante et il s'agit avant tout d'une rencontre de personnalités, d'une histoire de confiance. Mais de quelle assurance disposent-elles sur la nature éthique des projets ? Pour l'instant, il ne s'agit que d'auto déclaration et d'engagement que prennent les créateurs de respecter le code de bonne conduite rédigé par l'Ethical Fashion Show : conditions de travail conformes à certaines conventions de l'OIT, et au moins un engagement soit sur la réduction de l'impact environnemental de la filière textile, soit sur la collaboration avec les artisans locaux soit sur le développement des communautés locales. Les exposants ne sont donc pas tous au même niveau d'engagement social ou environnemental. Mais ont-ils tous les mêmes intentions ? Isabelle Quéhé, qui a attribué cette année un prix du projet le plus éthique à la marque française de pullovers Seyes (coton bio, équitable, fabrication française), s'est rapproché de l'Ethique sur l'étiquette, collectif pour le respect des Droits de l'Homme au travail, pour perfectionner le questionnaire à soumettre aux exposants. Cette démarche vers une plus grande traçabilité est indispensable pour pérenniser l'Ethical Fashion Show. " Même si nous saluons l'initiative positive que représente ce salon, nous n'avons pas souhaité participer à l'attribution du prix, explique le coordinnateur du collectif de l'Ethique sur l'étiquette, Luc Lamprière, car cela nous a semblé prématuré. Il faut plutôt accompagner les démarches, pour plus de transparence et de crédibilité"