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![]() Planète \Economie \Consom'actionLes consommateurs peuvent-ils faire avancer la lutte contre les algues vertes ?Après des mois de « pseudo-concertation », selon les associations environnementales, le gouvernement a enfin dévoilé son plan de lutte contre les algues vertes. Mais celui-ci est vivement critiqué en raison de son trop grand laxisme vis-à-vis du modèle de l'agriculture intensive. Pour changer de modèle, le consommateur, encore peu pris en compte dans cette bataille, est appelé à la rescousse.
Enième plan, énièmes insuffisances, regrettent en cœur les associations environnementales locales telles Sauvegarde du Trégor ou Eaux et Rivières de Bretagne, en pointe dans la lutte contre les algues vertes (voir encadré). « Nous avions avoir une opportunité historique et l’Etat ne l’a pas saisie », se désole Michel Guillemot, le président du collectif « Halte aux marées vertes ». Au titre des griefs ; le manque de prise en compte des propositions émises lors de la mission interministérielle, destinées à préparer le plan de lutte contre les algues vertes et qui avait réussi le tour de force de « mettre tout le monde autour de la table ». Tous ? Pas tout à fait quand même, car les associations de consommateurs n’ont pas été interrogées par les services du gouvernement. Et pourtant : « l’engagement du mouvement des consommateurs est capital dans la lutte contre les algues vertes et la promotion d’une autre agriculture. Il peut par exemple peser pour dénoncer le modèle basé sur l’élevage intensif où l’on produit pour pas cher des produits qui finissent eux par coûter cher à l’environnement et au consommateur », estime Michel Guillemot. Des plaintes pour dénoncer les dangers des algues Malgré un contexte favorable, où la demande de produits biologiques semble plébiscitée par l’ensemble de la population française, l’antenne finistérienne de l’UFC-Que choisir -qui se bat depuis près de 30 ans pour une eau de qualité-, peine pourtant à faire entendre sa voix. « Nous avons fait des efforts pour débattre, apporter des propositions, assister aux différentes réunions et commissions avec l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques, ou la Commission départementale d'orientation agricole…Mais sans résultat », explique Michel Merceron, vice-président de l’UFC-Que choisir Brest. Fin janvier, à la suite du CLCV et de plus de 1000 particuliers du Finistère et des Côtes d’Armor, les deux antennes finistériennes de l’association de consommateurs (Brest et Quimper) ont donc décidé de porter plainte contre X pour les dommages liées aux marées vertes et de se porter partie civile à l’audience. Un plan qui peine à convaincre
Les objectifs se veulent ambitieux : « une gestion irréprochable des algues vertes échouées pour prévenir tout risque et toute nuisance » et « la prévention des futurs échouages, qui passe par une réduction sensible des flux de nitrates de toutes origines vers les côtes », avec des moyens financiers -134 millions d’euros sur 5 ans- importants. Et pourtant, le plan gouvernemental de lutte contre les algues vertes ne convainc pas. Trop axé sur la partie curative (collecte et traitement des algues), regrettent les associations environnementales qui jugent la partie préventive largement insuffisante. En se fixant un objectif de taux de nitrate compris entre 10 et 25 mg par litre dans les eaux bretonnes, il est en effet bien moins contraignant que ce que souhaitaient les associations qui réclamaient entre 5 et 10 mg, avec obligation de résultat et davantage de possibilité d’expérimentations. Celles-ci y voient donc des mesures « taillées pour le monde agricole », selon Michel Guillemot, président du collectif Haltes aux Marées vertes. De leur côté, si les agriculteurs, par le biais de CAP Bretagne*, regrettent des mesures trop strictes et étendues aux 8 bassins versants concernés par les marées vertes, ils saluent la prise en compte de leurs propositions. *Comité pour une agriculture positive regroupant la chambre régionale d’agriculture, et les syndicats FRSEA, Jeunes agriculteurs, Union des groupements et Coop de France Ouest. « Le consommateur est lésé sur plusieurs plans », dénonce ainsi l’UFC-Que choisir qui énumère: « les dommages (les) affectant sont nombreux. Ceux concernant la santé sont devenus flagrants depuis l’été dernier : gêne respiratoire, perte de connaissance, puis coma et mort. L’environnement, via les eaux douces et côtières, est évidemment atteint. L’image du département dans sa totalité en souffre sans conteste, comme la région Bretagne entière. Du point de vue économique, l’impact sur le tourisme, sur la conchyliculture, sur la valeur du foncier et de l’immobilier côtiers et sur la ressource en eau potable ne fait pas débat. » Certes, il n’existe pas encore d’études scientifiques permettant d’attester et de quantifier ces impacts ni les pertes de bien-être pour les populations concernées, note le Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne. Toutefois, « à titre d’exemple, la commune de Saint Michel-en-Grève qui comptait auparavant 7 hôtels n’en abrite aujourd’hui plus qu’un seul et qui peine à vivre », fait remarquer Michel Merceron. Valoriser des produits « zéro marées vertes » Utiliser l’argumentaire économique pour lutter contre les algues, c’est aussi le tournant qu’a pris l’association environnementale « Sauvegarde du Trégor ». « Puisque l’impact sanitaire n’apparaît pas suffisant aux décideurs, nous avons décidé d’actionner le levier économique », explique Yves-Marie Le Lay, le président de l’association. Celui-ci entend ainsi associer les consommateurs en amont du problème par le bais d’un projet de Société coopérative d’intérêt collectif, dont ils pourraient être actionnaires avec les collectivités territoriales et les associations entre autres. Le but de cette coopérative serait de lutter contre les marées vertes en valorisant et en transformant des produits labellisés « zéro marées vertes ». « Jusqu’à présent, seule la terre, et son usage agricole, est valorisée. Aucun exploitant dans ce système ne retire de la qualité de l’eau une plus-value », écrit-il dans une présentation du projet. Pour que les agriculteurs y soient incités, il faut donc « produire de la richesse autour d’une eau à la qualité irréprochable », sur le modèle des zones de captage d’eau de source et d’eau minérale. D’abord en prélevant et en commercialisant une eau de bonne qualité en tête de bassin, puis en cultivant et en vendant les produits issus de bassins versants, où les agriculteurs se seront tournés vers une agriculture permettant que l’eau des rivières ne dépasse pas 5mg/l de nitrates. L’idée paraît encore utopique, d’autant plus que le projet n’a pas même reçu un accusé de réception de la part des ministères où il a été envoyé. Il a toutefois le mérite de proposer une nouvelle démarche et de renverser la tendance de la valorisation des algues à la valorisation de l’eau et des produits qui en sont dérivés, plus à même d’éradiquer les marées vertes en s’attaquant aux causes du problème.
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