Allemagne : mobilisation des consommateurs par la pédagogie

Planète \Mondialisation \Consommation durable

Publié le 03-03-2003

Partagez : Partager sur LinkedIn Partager sur Twitter Envoyer cet article à un ami Imprimer

Près de la moitié de la population en Allemagne dit connaître le concept du commerce équitable qui bénéficie d'une couverture médiatique relativement large. Des ministres s'invitent dans les manifestations ou conférences de presse des organisations chargée de le promouvoir et les produits de consommation éthique ont conquis les cantines des plus hautes administrations berlinoises. Tous les éléments semblent réunis pour faire du commerce équitable un succès. Presque tous. Le consommateur, l'élément clé, ne semble pas encore prêt à céder aux sirènes du commerce équitable, lui préférant bien plus le Schnäppchenjag la chasse aux bonnes affaires.

En Allemagne, la sensibilisation de la société civile à la notion de responsabilité d'entreprise passe par l'information de l'opinion publique et non l'appel au boycott des produits de telle ou telle compagnie prise en défaut. On recherche avant tout à améliorer l'information du public en lui expliquant, par exemple, d'où proviennent les produits qu'il consomme et dans quelles conditions ils ont été fabriqués.

L'association berlinoise "Verbraucher Initiative" a ainsi lancé en coopération avec l'agence gouvernementale GTZ (Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit), début 2003, un site d'information gratuit : www.oeko-fair.de. Le consommateur peut, entre autre, y consulter une banque de données avec adresses et portraits des distributeurs et magazins spécialisés dans le pays, participer à un forum ou télécharger des éléments pédagogiques.

Les organisations caritatives ne sont pas en reste et se sont notamment penchées sur les conditions de fabrication des jouets. Réunies en association, le " Nürenberger Bündnis Fair Toys, " parce que Nuremberg accueille le plus grand et très populaire marché de Nöel allemand, elles organisent notamment l'action " fair spielt " (traduisible par " jouer loyalement"). Elles dénoncent tout particulièrement l'attitude des fabricants qui se soucient fort peu des conditions de travail chez leurs fournisseurs. Selon les organisations, seul le fabricant allemand de marionnettes Zapf-Creation, s'est engagé à faire respecter des conditions de travail telles qu'elle sont définies par le code élaboré par le Council of Toy Industries (ICTI). 

"Nous demandons à ce que soit renforcé le travail d'information à tous les niveaux, c'est-à-dire de la maternelle, en passant par l'école, jusqu'aux centres de formations professionnels." Christian Fronczak, de la puissante association de consommateur Verbraucherzentrale Bundesverband, a des revendications précises. Il ajoute : " Il faut que le consommateur puisse avoir accès à une meilleure information pour contrer la publicité commerciale. " But de la maneuvre :  faire de la société civile une force sous la pression de laquelle les critère sociaux et environnementaux seraient mieux pris en compte par les distributeurs traditionnels.

La " manie pas chère " des consommateurs allemands

Jusqu'à présent, cette politique d'information et de formation ne semble guère avoir porté ses fruits. Il est vrai que le climat économique et politique dans le pays, plutôt délétère, invite plus aux économies qu'à la générosité.

De fait, immédiatement après sa réélection en septembre 2002, le gouvernement de coalition entre sociaux-démocrates et écologistes, soucieux de combattre un chômage toujours en hausse et une croissance toujours en baisse, a voulu accélérer, selon ses propres mots, le rythme des réformes. Cela incluait des hausses d'impôts ainsi que la suppression d'avantages fiscaux. Non seulement ces projets gouvernementaux ont été à l'origine d'une très grande vague de protestation dans le pays, mais ils ont aussi poussé les consommateurs vers les distributeurs discounts. Les chaînes comme Aldi ou Lidl enregistrent depuis des hausses records de vente au détriment des autres distributeurs !

"Notre café, pour donner  l'exemple le plus connu, n'est pas devenu plus cher. C'est le prix du café de nos concurrents qui a baissé et il nous faut combattre ce dumping " explique Tina Gordon de Transfair.  " Cette mentalité de chasse aux bonnes affaires est pour nous un problème. Cela dit, elle est de plus en plus critiquée, " veut croire la porte-parole de l'organisation. La part de marché des produits équitables n'a pas évolué ces dernières années, oscillant entre 1 et 2% du marché total.  

Pour combattre cette "Billigmanie", comme on appelle en Allemagne ce souci d'économie, les distributeurs de produits éthiques ont choisi d'associer consommation éthique avec qualité - et misent sur le biologique. Un pari qui s'avère payant : selon une étude récemment parue de l'institut de recherche ZMP (Zentrale Markt- und Preisberichtstelle), le chiffre d'affaire des produits bio aurait augmenté de 10% pour atteindre les trois milliards d'euros en 2002, soit une part de marché de 2,3%. Et l'année 2003 devrait confirmer cette tendance : toujours d'après l'institut, près de 26% des consommateurs en Allemagne se disent près à acheter plus de produits bio que jusqu'à présent.

Le bio à la rescousse de l'éthique

Chez GEPA (Gesellschaft zur Förderung der Partnerschaft mit der Dritten Welt), le plus grand distributeur de produits équitables en Europe, on sait que l'attractivité des produits biologiques ne peut que bénéficier au commerce équitable. " Le souci de qualité ainsi que la palette des produits proposés, qui ne proviennent pas seulement du commerce équitable, mais également à 60% d'exploitations biologiques, ont contribué à l'augmentation de notre chiffre d'affaire." explique Brigitte Frommeyer.

Du chocolat, en passant par le café, thé et miel biologique, la palette des produits proposés est large - et le chiffre d'affaire du distributeur allemand s'en ressent : pour l'année 2001/2002, l'entreprise a pu afficher une hausse de 8% avec 34 million d'euros de CA. La vente en supermarché a été particulièrement satisfaisante. Ella a atteint 4,7 millions d'euros, soit une hausse de 20% par rapport à l'année précédente. "C'est avec les "gros consommateurs" (comme les cantines ou les établissements culturels) que nous sommes le plus en concurrence. Le prix joue un rôle important : le café éthique coûte en général un ou deux euros de plus que le café habituel. Si les clients achètent pour, par exemple, 5 tonnes de café, ils doivent ajouter 5,000 à 10,000 euros. " constate Brigitte Frommeyer. 

La démarche éthique en Allemagne s'inscrit ainsi pleinement dans le cadre commercial traditionnel, chacun cherchant à gagner des parts de marché sur l'autre - avec une dimension pédagogique en plus:" Nos distributeurs se trouvent en concurrence avec des distributeurs traditionnels. Il ne s'agit pas de remerttre en cause le système. Le but est donc de conquérir des parts de marché sur les concurrents traditionnels. Seulement, nous misons en plus sur l'information des consommateurs, " explique Tina Gordon. 

Claire Stam
© 2003 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager sur Facebook Partager sur Twitter Envoyer cet article à un ami Imprimer
Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Novethic sur votre mobile
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Les chiffres de l'ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse