|
" Le code de conduite de l'industrie sucrière présente deux points positifs, admet Olivier Geneviève, président du Collectif de l'éthique dans le sucre. C'est la 1ère initiative socialement responsable qui ait été prise dans ce secteur, et qui réussit, en outre, à créer un consensus dans différents pays. Cependant, comme toutes les initiatives volontaires, ce code pose un problème de vérification de son application. Les entreprises ne peuvent pas être juges et parties. L'auto-validation pose donc des problèmes de fond. Autre inconvénient : il ne concerne que l'industrie européenne et non le reste du monde ". Le Collectif a donc décidé d'associer les différentes parties prenantes (ONG, syndicats, fédérations patronales) au débat sur les droits sociaux, et ce dans tous les pays concernés par cette agriculture. Le code sera traduit en arabe, en chinois, en japonais, en espagnol et en portugais afin que les représentants des pays du nord et du sud puissent en débattre. Un forum sera organisé dans la 1ère quinzaine de mai à Lyon sur les droits sociaux du secteur et sur la responsabilité sociale des entreprises, auquel sont invités les représentants des pays les moins avancés, les syndicats et le CEFS (Comité européen des fabricants de sucre), co-auteur du code avec l'EFFAT, syndicat européen de l'industrie alimentaire, de l'agriculture et du tourisme. En 2005, le Collectif rendra publiques les conclusions du forum.
Certification et label social
Sur le terrain, des visites d'usines sont prévues avec la CFDT agriculture. " Nous soutenons la norme sociale et environnementale brésilienne du secteur sucrier Imaflora , qui a été lancée avec le soutien des pouvoir publics, d'organisations locales et non-gouvernementales et d'entreprises du secteur ", indique Olivier Geneviève, qui défend le principe de normes édictées " par les pays du Sud pour les pays du Sud ". Le travail que mène le Collectif avec des certificateurs, des conseillers juridiques et des ethnologues a également pour objectif de construire des filières de commerce équitable du sucre, en s'inspirant de la démarche du FLO (Fair Trade Labelling Organization ), qui initie et certifie les productions équitables. " La globalisation de ce marché ne peut pas être uniquement économique, elle doit être sociale, souligne Olivier Geneviève. Actuellement, la hausse du prix des matières premières profite aux intermédiaires, jamais aux agriculteurs. La mise en place d'un label social doit à terme fournir aux employés des revenus plus élevées, des conditions de travail plus saine ainsi qu'un accès à la santé et à l'éducation. " L'ouverture du marché européen du sucre, prévue pour 2006, devrait faire du Brésil son 1er fournisseur et lui apporter environ 680 millions de dollars pour ses exportations. Mais cette manne ne profitera pas aux ouvriers agricoles (les " boias frias ", " bols froids " surnommés ainsi car leurs salaires leur permettent tout juste de se nourrir), écartés à terme de la production par la généralisation de la mécanisation des récoltes. Le Collectif appelle donc les fabricants à gérer cette phase de transition, qui concerne 800 000 agriculteurs, souvent employés dans des conditions qui selon Olivier Geneviève, " n'ont que peu évolué depuis l'époque de l'esclavage (...) En février 2003, la Commission pastorale de la terre a découvert 300 personnes maintenues en esclavage dans une plantation de cannes à sucre de l'Etat de Rio. "
|