Textile chinois : procédure d'urgence enclenchée par l'U.E.

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Publié le 25-05-2005

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L'annonce en fin de semaine dernière par Pekin d'une concession faite aux Européens qui consistait à augmenter les droits de douane à l'export sur 74 produits textile, n'a pas suffit a arrêter la procédure d'urgence lancée cette semaine par l'Union Européenne pour limiter le flux des importations textiles chinoises.

La procédure d'urgence, lancée cette semaine par le commissaire européen au commerce, est en fait une consultation formelle avec la Chine. Les négociateurs auront trois mois pour obtenir de leurs interlocuteurs chinois une limitation des volumes de produits exportés. Si la discussion échoue, des mécanismes de sauvegarde seront mis en place par l'Union.

En fin de semaine dernière, les autorités chinoises avaient fait un premier geste en augmentant leurs droits de douane. L'agence d'information Chine nouvelle annoncait que le gouvernement chinois acceptait un compromis, qui consiste à augmenter, à compter du 1er juin 2005, les taxes à l'exportation sur 74 catégories de produits textiles, et ce dans une proportion conséquente, puisqu'il s'agirait d'une augmentation de 400 % des drois de douane.  Destiné à éviter la confrontation avec Washington et Bruxelles, ce " geste " ne devrait pas cependant remettre en cause les avantages compétitifs du secteur textile chinois. Jusqu'ici acquittées à hauteur de 2 % à 4 %, les taxes d'exportation vont être multipliées de 3 à 5, selon les chiffres du ministère français de l'industrie. Certains produits comme les pantalons verront leurs taxes multipliées par 15 et les tee-shirt en fil de lin, catégorie que souhaitait protéger Bruxelles, feront également l'objet de droits de douane, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Bras de fer

Avec 2,7 millions de salariés et un chiffre d’affaires de 200 milliards d’euros, le secteur textile européen constitue un enjeu économique important, mais il est fragilisé depuis la suppression des accords textiles de l’OMC. 10 à 15 % des emplois européens pourraient être supprimés, le chiffre varie d'un pays à l'autre (15% au Royaume-Uni et 13% en Allemagne). Un tiers des produits textiles européens provient déjà de l’importation, cette proportion devrait considérablement augmenter avec l’ouverture totale des marchés. Au total, les importations de produits textiles en provenance de Chine ont progressé de 46 % en janvier et de 119% en février 2005. Bruxelles cherche donc des moyens d’endiguer ce phénomène, conséquence directe de la libéralisation du marché, tout en conservant des relations pacifiques avec la Chine…

Aux Etats-Unis, l’impact de la fin de l'accord textile est tout aussi important, avec, pour le seul mois de janvier, des importations s’élevant à 1,2 milliard de dollars. Les vêtements ont connu une hausse de + 546 %. Le cas des pantalons de coton est particulièrement frappant, avec une hausse de 1 332 %. La Chine a expédié 27 millions de pièces, alors que son quota limitait auparavant ce nombre à 1,9 million par an. Ces importations massives suscitent de fortes tensions diplomatiques entre Washington et Pékin Les Etats-Unis redoutent de nouvelles fermetures d’ateliers, après avoir perdu 350 000 emplois ces quatre dernières années. Pour le seul mois de janvier, l’industrie textile américaine a ainsi supprimé 12 200 emplois, selon le Bureau américain des statistiques sur l’emploi. Selon les chiffres donnés par l’OMC, la Chine devrait  passer d’une part de marché de 16 % sur le marché américain à 50 %, tandis que la Banque mondiale estime que la moitié des exportations mondiales de vêtements viendront de Chine en 2010, cette part est actuellement d’un quart.

Les pays du Sud durement touchés

D’un point de vue global, 40 millions d’employés dans le monde risquent d’être touchés par cette restructuration brutale du secteur textile, qui occupe une place prépondérante dans les échanges internationaux, avec des flux de 350 milliards d’euros en 2002, soit près de 6 % du total des exportations mondiales. Les pays en développement – qui représentaient jusqu’ici 50 % des exportations mondiales de textile- sont particulièrement dépendants de ce marché, qui constitue pour nombre d’entre eux la principale source d’exportation. Des pays comme le Bengladesh, l’Indonésie et le Pakistan risquent de voir leurs exportations divisées par deux. En disposant de la main d’œuvre la moins chère, la Chine pousse, en outre, les fournisseurs concurrents à réduire à leur tour les droits de leurs employés afin de demeurer compétitifs.  « Cet effet négatif est déjà ressenti dans certains pays, explique la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) dans son rapport intitulé « Fin des quotas : drames sociaux en vue ». Ainsi, le gouvernement des Philippines a indiqué que la loi sur le salaire minimum ne s’appliquerait plus au secteur de la confection. Le gouvernement bangladais a récemment indiqué qu’il allait augmenter le nombre d’heures supplémentaires autorisées et assouplir les limites au travail des femmes la nuit pour l’après-2005. Un bureau de consultant chargé d’étudier l’après-2005 au Bangladesh a quand à lui cité les mesures de « protection » des travailleurs parmi les obstacles à la compétitivité, alors que les travailleurs bangladais sont déjà parmi les moins bien protégés du monde dans la pratique. ».
Les pays du pourtour méditerranéen qui exportent jusqu'à 90 % de leur production vers l'Union Européenne sont tout aussi déstabilisés (voir article lié).

Véronique Smée
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