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Soja brésilien : des ogm pour l'export

Planète \Mondialisation \Commerce international

Publié le 09-01-2004



Le vent en poupe


Le soja transgénique Roundup Ready de Monsanto a représenté 8 % de la production brésilienne totale de soja en 2003. Ce qui n'a surpris personne, alors qu'il était officiellement interdit d'en planter. Une militante d'une ONG environnementale brésilienne déplore ainsi : "c'est un secret de polichinelle : nombreux sont les agriculteurs des zones frontalières du Brésil qui plantent des semences transgéniques et vendent les récoltes directement en Argentine en toute impunité, là où les OGM sont autorisés." Des agriculteurs des Etats frontaliers (Etats du Sud du Rio Grande do Sul et du Parana ainsi que les Etats du Mato Grosso) ont officiellement justifié l'insuffisance de stocks en semences traditionnelles, pour "compléter" leurs besoins en plantant 3,4 millions d'hectares de soja transgénique. Ainsi, selon l'ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications), il y a autant de surfaces agricoles vouées aux OGM au Brésil qu'au Canada (3,5 millions d'hectares) et davantage qu'en Chine (2,1), pays pro-OGM de longue date.


Moins cher à produire, facile à écouler


Le président d'une coopérative agricole explique : "Le soja transgénique coûte moins cher à produire, ce qui est un argument de poids sur nos marchés. Dès lors, si des clients veulent payer plus cher, tant mieux. Mais si des clients achètent de l'OGM et se fournissent pour moins cher en soja, je ne vois pas pourquoi il faudrait interdire de leur en produire." Deux études récentes expliquent l'attractivité des OGM. En 1998, la CTNBio (Commission Technique Nationale brésilienne de Biosécurité) montrait que le soja Roundup Ready permettait de faire des économies de production de 30 dollars par hectare. En août 2003, la Fundação MS et la Cooagri (Coopérative Agricole et Industrielle) publiaient une étude révélant que le coût de production du soja avait augmenté de 30% durant l'année. Pressions sur les marges, opportunité de réduire les coûts, existence de débouchés commerciaux : tous les ingrédients sont réunis pour passer à la culture OGM par opportunisme commercial, quitte à braver la loi.


Des autorités brésilienne déboussolées


Selon M. Roberto Rodrigues, ministre brésilien de l'agriculture, la récolte 2003 de soja transgénique a une valeur de 350 millions d'euros. Une telle manne ne peut être ignorée, sanctionnée ou détruite. Le Président Lula, qui a longtemps fait campagne contre les OGM, s'est finalement résigné à régulariser le soja transgénique en septembre 2003. Il en a également autorisé la plantation pour 2004. Ce sont des mesures "exceptionnelles." Mais à l'annonce, Ezidio Pinheiro, président de la Fédération des travailleurs agricoles du Rio Grande do Sul - un des Etats poussant tout particulièrement à la production d'OGM - constatait : "cette autorisation de commercialisation va motiver 99% des agriculteurs brésiliens - qu'ils soient grands ou petits - à planter du soja transgénique." Marina Silva, ministre de l'environnement et militante écologiste engagée dans le combat anti-OGM ne s'est pas résignée. Elle est restée en opposition frontale sur le sujet, provoquant une grave crise gouvernementale. Soutenue sur le terrain par différentes ONG, elle a su sensibiliser autour d'elle. Greenpeace Brasil par exemple, mène une campagne auprès des consommateurs qui exige de soumettre la culture de soja transgénique à une étude de son impact sur l'environnement et des risques encourus pour la santé. Le gouvernement Lula a répondu aux pressions en faisant timidement marche arrière. Dès novembre 2003, il a renforcé les dispositifs de contrôle et de sanction. Mais comme le remarque un acheteur allemand expérimenté sur le sujet : "Les Chinois ont des besoins exponentiels. Ils apprécient tout particulièrement les échanges commerciaux avec les Brésiliens. Ils ne s'intéressent qu'au facteur prix. L'Europe importe des millions de tonnes de soja transgénique pour nourrir son bétail à bon marché. La fin du moratoire fera tôt ou tard un appel d'air. Le soja transgénique a de beaux jours devant lui au Brésil, avec ou sans le soutien des autorités."

Farid Baddache
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