Réhabiliter le commerce du diamant

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Publié le 13-12-2006

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Quel prix pour ces diamants ? Amnesty International
Quel prix pour ces diamants ? Amnesty International

Le commerce du diamant n'est pas toujours aussi reluisant que le produit lui-même. Monnaie d'échange pour l'achat illégal d'armes dans certains pays africains, les diamants de la guerre entretiennent des conflits aux conséquences humaines désastreuses. En 2000, Etats, industriels et ONG ont décidé de lutter ensemble contre le commerce illicite de diamants, à travers le Processus de Kimberley. Six ans après on peut dresser une premier bilan.

La communauté internationale a pris conscience, à la fin des années 90, de l'existance d'un trafic illicite de diamants en Afrique. Il a été rendu possible par la réquisition forcée de mines par des groupes rebelles agissant en Sierra Leone, en Angola ou en République Démocratique du Congo (RDC) qui les utilisent pour acheter des armes et font perdurer les conflits sanglants dans la région.
Les ONG (Global Witness en 1998, puis Amnesty International et OXFAM) multiplient les rapports dénonçant les " diamants de la guerre " et interpellent les industriels sur leur responsabilité dans les violations multiples des droits humains qui entachent ce commerce : mort de millions de personnes, enrôlement de force d'enfants dans les milices armées, prostitution, déplacements de population, travail forcé... Selon les professionels du secteur, les "diamants de la guerre" représenteraient moins de 4 % des diamants vendus dans le monde mais selon les ONG c'est plutôt entre 16 à 20 %.
L'image de cette ressource précieuse, synonyme de luxe et de pureté, est ternie or ce commerce est jugé " vital " pour l'Afrique australe. En 2000, trois pays africains (Namibie, Botswana et Afrique du Sud) décident donc de lancer le Processus de Kimberley, et de mettre en place un Système de certification (SCPK) qui authentifie la provenance licite des diamants. 44 pays ainsi que la Communauté européenne, des producteurs, des transformateurs, des exportateurs et des importateurs de diamants bruts sont signataires, aux côtés d'industriels du diamant et d'ONG, soit de source professionnelle, 98 % des acteurs du secteur.   
Depuis son entrée en application, en 2003, les pays exportateurs signataires s'engagent à ne pas commercialiser des diamants issus d'une zone de conflit et les pays importateurs à ne pas acheter de diamants bruts provenant de pays non engagés dans le Processus de Kimberley. Les diamants bruts doivent dorénavant être expédiés dans des conteneurs inviolables, accompagnés d'un certificat validé par le pays exportateur. Il revient à chaque état de veiller à la certification, au contrôle et au statistiques liés au Processus. Côté industriels, un Conseil mondial du diamant a été créé en 2000 pour promouvoir et faire vivre la certification.

Les limites de l'auto-régulation

L'année 2006 est celle du premier bilan du SCPK. Celui-ci a été esquissé lors d'une rencontre, organisée à l'automne 2006, par la Tribu développement. Pour l'industrie du diamant, représentée par Simon Gilbert, du groupe sud-africain De Beers (40 % de la production et 80 % du négoce mondial), les avancées permises par le Processus de Kimberley en trois ans sont réelles. Tout d'abord, c'est la première industrie de matière première à avoir initié une telle auto-régulation, qui réunit aujourd'hui près de 70 pays, parmi lesquels les plus importants producteurs de diamants (Russie, Botswana, RDC, Afrique du Sud, Canada...). Tous les pays signataires ont adopté des lois nationales pour entériner le Processus. Le commerce illicite des diamants a diminué, les mesures d'exclusion et d'embargo à l'encontre de pays signataires qui ne respectaient pas les termes du Processus, ont permis de mettre fin à des conflits armés par la raréfaction des fonds fournis par ce commerce, et des accords de paix ont été signés (en Angola par exemple). Représentant de la grande distribution française, Bruno Colombani, responsable éthique du groupe Casino, a rappelé qu'une Charte éthique, élaborée à la demande d'Amnesty International, garantissait par exemple l'origine des diamants (via un certificat) vendus dans les 78 bijouteries du groupe.

Ces résultats sont encourageants... mais bien insuffisants, a rappellé Valérie Laisney Launay, Amnesty International. L'ONG souhaite profiter de cette année de révision du SCPK pour faire entendre ses propositions à destinations de trois cibles : consommateurs, professionnels et Etats (voir le site) . Pour Amnesty, la situation reste encore très instable dans certains pays signataires du Processus, comme en RDC ou le trafic d'armes est toujours présent, ou en Côte d'Ivoire, où la contrebande est toujours très active. Pour l'ONG, l'une des failles majeure du processus est la procédure d'admission/suspension au SCPK. Actuellement, c'est par une déclaration qu'un pays atteste de son respect du SCPK. Si les membres émettent des doutes, une mission d'inspection est déclenchée... mais uniquement avec l'accord du pays concerné. De plus, la limitation du processus à l'import-export rend l'auto-régulation très partielle puisqu'il ne concerne pas les phases de production et de distribution.

Un monde moins opaque

En conclusion, force est de constater que le monde fermé du négoce de diamant est en train d'évoluer, de révéler ses part d'ombre et de se préoccuper de ses responsabilités. Cette évolution est corroborée par deux initiatives. D'abord la démarche d'un gemmologue, Christophe Gauthier, qui à créé début 2006 l' association Diamaid pour constituer un fonds grâce aux bénéfices générés par la vente des diamants pour les réinvestir dans les pays producteurs dans des projets utiles (écoles, hôpitaux...). Ensuite, la publication d'un code de pratiques éthiques, sociales et environnementales par le " Conseil pour des pratiques responsables dans la bijouterie ", qui a été créé en 2005, et rassemble 14 entreprises de la filière joaillière or et diamant.

Sylvie Touboul
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