Première analyse empirique de la relation entre commerce et pauvreté dans les pays les moins avancés (PMA), le rapport de la Cnuced montre qu¿au cours des années 90, la croissance des exportations a rarement été associée à une réduction de la pauvreté dans ces 50 pays du Sud. " La pauvreté de masse persistante dans les PMA n¿est due, ni à un manque d¿intégration dans l¿économie mondiale, ni à une libéralisation commerciale insuffisante, mais est plutôt une conséquence du sous-développement, indique le rapport. En fait, il apparaît que la libéralisation considérable du commerce n¿a jusqu¿à présent pas conduit à une forme d¿intégration qui supporterait un développement durable et au bénéfice de tous. De plus, la libéralisation du commerce a aggravé l¿état de la balance commerciale des PMA ". Le rapport démontre par ailleurs qu¿au cours des années 90, les pays qui s¿étaient ouverts modérément au commerce international ont connu de plus grands progrès en terme de croissance des exportations et de croissance de la consommation par habitant. La situation des PMA est compexe. "Ils ont, plus que les autres pays, besoin du système multilatéral mais, dans le même temps, il leur est plus difficile de tirer bénéfice de l¿application des deux principes centraux qui le caractérisent - libéralisation commerciale et traitement égal pour tous les membres-" , constate le rapport. Enfin, ces pays ont bénéficié de flux d¿aides plus élevés au moment où ils ont entrepris leur libéralisation commerciale, mais une fois le régime commercial ouvert mis en place, ces flux d¿aide ont diminué, alors que, selon les Nations-Unies, " le commerce international ne peut être un substitut à l¿aide au développement dans les PMA. L¿aide, l¿allégement de la dette et le commerce doivent tous aller dans le sens d¿une réduction de la pauvreté. Une approche du commerce axée sur le développement sera plus efficace qu¿une approche du développement axée sur le commerce ".
Extrême pauvreté de masse
Textile : fin de l'accord multi-fibre
L'élimination des quotas applicables aux importations de textile et de vêtements pourrait avoir des conséquences négatives sur l'industrie textile dans plusieurs pays exportateurs. En effet, à partir de janvier 2005, des pays tels que le Bengladesh, le Maroc et la Tunisie, qui ont bénéficié jusqu'à présent de l'accord multifibre, se retrouveront en compétition avec des pays comme la Chine, l'Inde et l'Indonésie. L'Interfaith Center on Corporate Responsibility (ICCR), coalition de 275 investisseurs institutionnels religieux, lance une campagne auprès des actionnaires des entreprises du textile, afin de les alerter sur la suppression des quotas et le risque de voir des milliers d'ateliers de confection disparaître. " Ces fermetures entraîneraient le licenciement de millions de travailleurs et des perturbations dans la chaîne d'approvisionnement des entreprises de ce secteur d'activité ", indique l'ICCR.
A l'heure actuelle, la majeure partie de la population des 50 PMA survit avec 1 dollar par jour ou moins, faisant de l¿extrême pauvreté un phénomène de masse. Or, les programmes locaux de lutte contre la pauvreté ne suffisent plus. " Seul un développement économique soutenu et partagé par toutes les catégories de la population pourrait inverser cette situation ", selon la Cnuced. Mais si le commerce international devrait , en toute logique économique, permettre d'enclencher une croissance, - les recettes d¿exportations permettant l¿acquisition des biens et des services nécessaires au développement des capacités productives-, c'est en fait très rarement le cas pour ces pays. La Cnuced donne plusieurs explications, dont celle de l'effet de seuil : en deçà de 5%, les exportations n'ont aucun effet positif et sont directement touchées par la baisse du prix des matières premières, la concurrence ou encore l¿incapacité à s¿adapter aux normes sur les produits et la logistique. Deuxième facteur d'aggravation de la pauvreté : la baisse de l'aide au développement , conséquence directe de l'ouverture de ces pays au commerce international. " La plupart des PMA présentent de larges déficits commerciaux financés par des flux d¿aide. En pareilles circonstances, la contribution des exportations à l¿augmentation des importations peut être neutralisée par une baisse de l¿aide ". Et la tendance n'est pas à une augmentation de l'APD, bien au contraire. Elle est actuellement de 50 milliards de dollars, montant qui correspond, selon la comparaison ironique du président brésilien Lula, à " deux mois seulement de subventions agricoles dans les pays du Nord ". Entre 1990 et 2001, l¿aide représentait 50 % de la formation annuelle du capital dans les PMA, contre 5 % dans les autres pays en développement. Compte-tenu de la faiblesse des investissements et de de " la classe entrepreunariale nationale ", l'APD demeure selon les Nations - Unies l'unique moyen d'atteindre les objectifs fixés par la communauté internationale en matière de développement à l'horizon 2015. Au moment où le cycle des négociations de l'OMC doit reprendre (du 23 au 29 juillet) sur les questions agricoles, Kofi Annan s'est félicité de l'accord rassemblant 43 pays du Sud, dont le commerce entre ces pays représente désormais 12% du commerce mondial, avec une valeur qui a augmenté de 200% dans les années 90. Ce commerce entre pays du Sud, qui représente 40 % de leurs échanges extérieurs, devrait en outre augmenter, dans la mesure où un taux de croissance de 6% est prévu pour certains d'entre eux (Chine) et que leur population devrait passer de 5,5 à 6,4 milliards, tandis que celle des pays industrialisés devrait se stabiliser dans les prochaines années autour de 1,2 milliard. Ce nouvel espace politique " Sud -Sud " a un objectif clair : instaurer un contre-poids face aux pays occidentaux en constituant, selon l'expression du président brésilien, " une nouvelle géographie du commerce mondial ". Cette initiative profitera-t-elle aux pays les moins avancés ? D'ores et déjà, les PMA s'insurgent contre les pratiques protectionnistes des grands pays en développement (Inde, Chine, Brésil) et leur système de " préférences commerciales " instauré entre eux. Des accords qui imitent selon eux les pratiques des pays industrialisés .
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