Les conséquences amères de l'industrie sucrière

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Publié le 29-11-2004

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Très critiquée pour ses impacts sociaux et environnementaux, l'industrie sucrière fera l'objet d'une réforme au niveau européen à partir de juillet 2005. La Commission propose de réduire substantiellement les exportations de sucre et les aides aux producteurs afin de rétablir une concurrence plus loyale avec les pays en développement. Pour l'ONG internationale Oxfam, la réforme européenne reste insuffisante et n'ouvrira pas le marché communautaire aux pays les plus pauvres.

Selon le nouveau rapport de la Confédération Oxfam International, « l' Europe a tourné le dos aux pays les plus pauvres du monde en ne proposant de réformer qu'à minima un régime sucrier déjà profondément injuste ». Intitulé « A sweeter future », le rapport déplore l’absence de mesures propres à restaurer une concurrence loyale entre les producteurs européens –  notamment français- et les producteurs les plus pauvres des pays en développement. " L'Europe place les intérêts des grandes entreprises et des agriculteurs les plus riches avant les besoins des personnes les plus pauvres dans les pays en développement. Pourtant, ce sont elles qui verraient s'améliorer leurs conditions de vie grâce à la production et vente de sucre", explique Phil Bloomer, responsable de la campagne chez Oxfam International. L’ONG reproche à la Commission de ne pas remettre en cause le dumping existant (à l’origine de la chute des cours mondiaux) et d’empêcher par conséquent l’ouverture des marchés à ces pays. Le rapport défend l’idée que la production sucrière peut jouer un vrai rôle dans le développement des pays du Sud. Il cite l’exemple de la province de Sofala au Nord du Mozambique, où le nombre d'emplois a doublé depuis la réhabilitation, en 1998, de deux fabriques de sucre. En 6 ans, cette région qui était la plus pauvre, s'est transformée en l'une des plus riches du pays. « Cette histoire pourrait être répétée à l'échelle du continent entier si l'Europe s'engageait sur des réformes justes, souligne Oxfam. Ces populations (…) se retrouvent bloquées par les pays riches qui dépensent 50 milliards d'euros par an pour le soutien de leur agriculture. Il s'agit là d'une injustice grave. Le sucre est l'une des dernières lumières d'espoir pour les pays en développement ». Oxfam et Agir ici (membre observateur d'Oxfam International) demandent que des réformes incluant la fin du dumping aux exportations et l'accès aux marchés européens pour les pays en développement à des prix rémunérateurs soient proposées. Elles demandent par ailleurs que les pays ACP (Afrique – Caraïbes- Pacifique) producteurs de sucre, qui risquent d'être les perdants d'une telle réforme, reçoivent des compensations.

« Réforme radicale »
L’ Europe condamnée par l’OMC

En 2002, les gouvernements du Brésil et de l'Australie ont saisi l'OMC d'une plainte, visant à réduire -voire à supprimer- les subventions européennes sur le sucre. Ils ont obtenu gain de cause, puisque les exportations subventionnées du sucre européen excèdent les quantités autorisées par les règles de l'OMC. Produit à un prix trois fois plus élevé que celui du marché mondial, le sucre est également subventionné pour sa ré-exportation à hauteur de 1,6 millions de tonnes - l'équivalent des importations des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l'Inde. Un budget d’environ un milliard et demi d’euros est ainsi versé en subventions à l’exportation. Il profite pour l'essentiel aux  producteurs français et allemands, premiers exportateurs de l’Union.



La Commission annonce de son côté une « réforme radicale du régime communautaire du sucre (…) Le régime actuel fait l’objet de sévères critiques lui reprochant de mal répartir les ressources, d’entraver la concurrence, de porter préjudice aux pays en développement et de traiter injustement les consommateurs, les contribuables et l’environnement ». S’agissant des pays ACP, la Commission affirme « respecter pleinement ses engagements à leur égard des pays ACP (…) Les 49 pays les plus pauvres pourront exporter vers l’UE plus de sucre en franchise de droits », assure-t-elle. Une hypothèse que ne partage pas le ministre de l’agriculture de l’Ile Maurice, grand producteur de sucre :  "Un fermier européen qui gagne 100 euros actuellement va gagner 63 euros avec la réforme, plus 60% de la baisse de 37% comme compensation, soit un total de 87 euros. Il ne perd que 13 euros. Or le paysan ACP, lui, va se retrouver avec 63 euros, et pas de compensation, en sus des frais pour la raffinerie, le fret et l'assurance à payer", souligne le ministre Nando Bodha. Grâce au sucre, « Maurice est devenu une île en développement avec un produit intérieur (PIB) par tête d'habitant de 4.000 dollars contre 400, il y a 20 ans », ajoute-t-il, décidé à poursuivre son lobbying auprès des instances européennes.

Risques environnementaux

Si la production sucrière est un enjeu commercial pour ces pays, le WWF rappelle néanmoins les risques environnementaux que la culture intensive de la canne à sucre fait peser sur les terres cultivables.  Un rapport de l’ONG, également publié au moment où le Conseil européen des ministres de l’agriculture débattaient du sujet, souhaite malgré les circonstances mettre en garde les pays du Sud. L’ONG estime en effet que l’érosion liée à la canne à sucre ferait perdre chaque année entre 5 et 6 millions de terres cultivables sur la planète.“Destruction des habitats naturels, utilisation intensive de l’eau pour l’irrigation, usage lourd de produits chimiques, pollution de l’air, ainsi que pollution des cours d’eau…” , la liste des impacts négatifs est longue. Le rapport « Sucre et environnement » explique ainsi qu’ « au Pakistan, la culture de la canne à sucre est l’une des cultures responsables de l’assèchement du niveau d’eau du delta de l’Indus, qui abrite la plus large forêt de mangrove. En Australie, la canne à sucre a altéré les nappes phréatiques et détruit une partie de la Grande barrière de corail…” L’ONG a étudié les conséquences de cette culture dans 7 pays, qui ont pour point commun d’avoir perdu une grande partie de leur végétation, -jusqu’à 85% dans certaines régions du Brésil-.
Véronique Smée
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