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La Chine ne cesse de faire la Une des médias occidentaux, et notamment français, qui vantent le « miracle économique » ou s’inquiètent de la « menace asiatique », susceptible de devenir sous peu la première puissance mondiale. Cette surexposition médiatique, qui « oublie » bien souvent d’évoquer la réalité sociale et politique du pays, a conduit la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) ainsi que plusieurs experts à démystifier cette image trompeuse véhiculée auprès de l’opinion publique. Parmi eux, Cai Chongguo, ancien professeur de philosophie et dissident politique, a fui son pays après Tien Anmen. Dans son ouvrage « Chine : l’envers de la puissance » (Editions Mango), Cai Chongguo dresse un état des lieux extrêmement alarmant sur les conditions sociales infligées aux travailleurs chinois. Non seulement la croissance économique n’a pas permis d’améliorer le niveau de vie de ses concitoyens, mais elle a au contraire engendré une vaste pauvreté et creusé les inégalités. Les théories fondées sur l’idée que le développement économique conduirait à la démocratie et à une élévation du niveau de vie se révèlent fausses s’agissant de la Chine. Loin de profiter au plus grand nombre, la croissance économique, au fur et à mesure qu’elle s’est développée depuis 10 ans, n’a cessé d’accroître les niveaux d'inégalité. 900 millions de personnes, soit les 2/3 de la population, vivent ainsi avec moins d’un dollar par jour, seuil de pauvreté défini par les Nations-Unies. La classe moyenne compte 100 millions de Chinois, et la classe aisée représente 5% du total de la population. Des chiffres à mettre en regard des indicateurs économiques, mieux connus : la Chine est devenue la 4ème puissance mondiale, son taux de croissance approche les 10% et elle est la 1ère destination des investissements étrangers. En 2004, 500 000 entreprises étrangères s’y sont implantées, employant 24 millions de chinois. Cai Chongguo explique sans détours sur quoi repose ce « miracle économique » : sur un désastre social, tout aussi « spectaculaire » que la réussite économique du pays. Car l’économie chinoise est en réalité très déséquilibrée, et repose sur l’exportation de produits simples, à faible valeur ajoutée. Leur seul atout est d’être fabriqués à un moindre coût social et par conséquent de défier toute concurrence sur ce point. « La Chine exporte des produits simples, comme des jouets, des chaussures, des outils ou des écrans d’ordinateur, mais elle doit importer les produits à forte valeur ajoutée », souligne Cai Chongguo. Et il y a pire : « 55% des exportations sont le fait d’entreprises étrangères implantées en Chine », ajoute-t-il. Un chiffre qui monte à 80% pour le secteur des nouvelles technologies. Quand à l’industrie lourde, « elle s’est effondrée au lieu de se moderniser », tout comme le secteur automobile ou l’aéronautique civil. La Chine est donc devenue l’atelier des grandes multinationales étrangères, mais reste le « seul pays qui ne se soucie pas de se doter d’une industrie nationale solide et indépendante », conclut Cai Chongguo.
« La Chine : un atelier clandestin géant»
La CISL, dans son rapport intitulé « Un miracle pour qui? Comment les travailleurs chinois paient le prix du boom économique", publié à l’occasion de la dernière conférence de l'OMC à Hong-Kong, souligne également la moindre performance technologique de la Chine, dont la plupart des produits sont des articles semi-finis et destinés à être transformés par une autre filiale, une firme étrangère ou un sous-traitant local. La plus-value ajoutée par la Chine "reste modeste, et s'appuie sur des salaires très bas", note la CISL, qui souligne que le pays reste un atelier clandestin géant, basant sa compétitivité sur l'exploitation de la main-d'œuvre et l’interdiction des syndicats. Le rapport donne l’exemple de Nokia et Motorola, qui ont demandé un jour à leur fournisseur chinois de baisser ses prix. Il a tout simplement enlevé les machines de ses chaînes de montage et les a remplacées par une armée de travailleurs chinois…« Des millions de personnes travaillent entre 60 et 70 heures par semaine et gagnent moins que le salaire minimum de leur pays, explique la CISL. Elles vivent dans des dortoirs où s'entassent parfois jusqu'à vingt personnes ». Loin du taux de croissance à deux chiffres, « les chômeurs sont quasiment aussi nombreux que ceux du reste du monde réuni ». “La plupart des gens se sont trop voilés la face concernant les résultats économiques de la Chine et n'ont pas voulu accepter que cette médaille avait un revers, déclare Guy Ryder, le secrétaire général de la CISL (…) La réussite de la Chine est surtout basée sur la répression et l'exploitation de son immense armée de travailleurs”.
Les conditions de travail infligées aux travailleurs migrants, anciens ruraux émigrés dans les villes, sont particulièrement dures. Le déclin agricole a poussé 100 millions de « mingong », souvent des femmes et des enfants de moins de 16 ans, à travailler dans les usines textiles ou de jouets. « Les employeurs les considèrent, en effet, plus dociles et moins revendicatifs que les hommes, explique Cai Chongguo (…) L’entreprise, qui ne leur paie ni sécurité sociale, ni retraite, leur demande de travailler souvent plus de 14 heures par jour, voire 16 (…) Ces ouvriers vivent dans l’entreprise pour une disponibilité maximale. Ils sont les plus mal payés ». La Chine est-elle donc si puissante ? Plusieurs indicateurs, et en particulier son niveau d’endettement, tendent à signifier le contraire. La pauvreté, l’abandon des services publics dans certaines régions, la corruption à grande échelle, les faiblesses du système d’enseignement et de santé fragilisent considérablement le pays. Par ailleurs, la dette publique de la Chine atteint, selon Cai Chongguo, « un niveau –officiel- de 150 milliards d’euros, soit 15% du PIB. » Enfin, le pays est largement dépendant de ses partenaires étrangers : le commerce extérieur représente les ¿ du PIB, et 70 millions de chinois sont employés par des entreprises étrangères. Pour ce dissident comme pour les observateurs syndicaux internationaux, la Chine serait en réalité au bord de l’implosion sociale. « Le moindre incident peut dégénérer en émeute », écrit Cai Chongguo ; la CISL évoque de son côté les « troubles sociaux » engendrés par l’exploitation de la main d’œuvre et le chômage, du aux licenciements massifs des entreprises d’Etat. « Les dirigeants chinois sont coincés dans un cercle vicieux; ils tentent de maintenir le contrôle social en privant les travailleurs de s'organiser en syndicats indépendants, alimentant encore les troubles sociaux et le désordre», expliquent les syndicats.
Une voie sans issue, car comme l'écrit Cai Chongguo, "les revendications ont changé depuis les années 90. Ce ne sont plus les milieux intellectuels, mais les paysans et les ouvriers qui réclament la liberté d'organisation et de parole. Et ils ne le font plus pour satisfaire de vagues idéaux politiques, mais pour faire face à leur difficultés pressantes".
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