La campagne « Publiez ce que vous payez » obtient ses premiers résultats
Pour la première fois, un rapport, réalisé par l'ONG britannique Save the Children mesure la transparence des compagnies pétrolières sur les commissions qu'elles versent aux pays dans lesquels elles opèrent. Sur les 25 entreprises étudiées, 23 obtiennent un résultat médiocre. En tête du classement, deux compagnies canadiennes montrent cependant que cette transparence est possible.
A la veille du G8, la coalition internationale d’ONG « Publish what you pay » interpelle les gouvernements et les entreprises sur la transparence des revenus pétroliers. Avec, pour objectif, d’obtenir la transparence sur les revenus versés par les industries extractives aux pays « hôtes » tels que l’Angola, le Nigeria ou l’Azerbaïdjan. « Il est important que ces Etats aient à rendre des comptes sur l’utilisation des revenus qu’ils encaissent (…) les pays producteurs, l’industrie pétrolière et les pays d’origine de ces compagnies doivent tous faire des efforts en ce sens », indique la Plateforme des ONG françaises. De fait, la situation progresse depuis qu’en 2002, les gouvernements du G8 ont adopté un plan d’action « contre la corruption et pour une amélioration de la transparence ». La même année, Tony Blair a également lancé l’EITI ( Initiative pour la transparence au sein de l’industrie extractive), qui rassemble gouvernements, entreprises, investisseurs et ONG sur cette question, en privilégiant avant tout la transparence des pays « hôtes » sur les revenus qu’ils perçoivent et la façon dont ils gèrent « la rente » pétrolière.
La coalition « Publish what you pay » insiste quand à elle sur la transparence des entreprises, avec à l’appui, le premier rapport sur les actions mises en œuvre par les compagnies pétrolières. Des consultants ont analysé et classé 25 entreprises –dont ExxonMobil, BP, Shell, Total, Chevron, Unocal- opérant dans 6 pays (Angola, Azerbaïdjan, Timor Leste, Indonésie, Nigeria et Venezuela). Première conclusion : les scores obtenus en matière de transparence sont faibles. 25 entreprises sur 23 obtiennent moins de 30% de bons résultats, 15 obtiennent 0%. Ces mauvais résultats s’expliquent en partie par le fait que les entreprises publient les commissions versées par secteur géographique, et non par pays. Pour Michel Roy, représentant du Secours catholique/ Caritas, « les compagnies refusent d’individualiser les sommes car cela révélerait qu’elles payent le pétrole plus cher à certains gouvernements qu’à d’autres ». De fait, seules quatre entreprises –Shell, Chevron, BP et Statoil- publient les détails des paiements qu’elles ont effectués, trois autres –Total, ExxonMobil, Repsol- n’ont fourni aucune information sur ces paiements. Total se situe à l’avant-dernière place du classement, « un résultat surprenant pour une entreprise européenne participant à l’EITI », commente le rapport. Selon Michel Roy, « Total arrive dans les derniers parce que le groupe est contre la publication des commissions versées et qu’il n’a toujours pas fait évoluer ses pratiques depuis deux ans ».
Transparence des compagnies canadiennes
Certaines entreprises, au contraire, prennent des initiatives en collaboration avec les Etats. Ainsi, Shell remporte le meilleur score par pays pour sa démarche avec le gouvernement Nigerian, idem pour Chevron Texaco en Angola et pour BP en Azerbaïdjan. Reste toutefois une interrogation : pourquoi les autres compagnies opérant dans ces pays n’ont pas entamé la même démarche avec le gouvernement ? Si le rapport n’apporte pas de réponse précise, il suggère fortement une forme de mauvaise volonté des compagnies, qui se contentent de réaliser une seule « bonne pratique » sans l’étendre aux autres pays. Une entreprise démontre pourtant que la généralisation de ces démarches est possible. Talisman Energy, compagnie canadienne, a en effet choisi de divulguer ces informations pour chaque pays où elle opère. De loin la meilleure en matière de transparence, Talisman Energy publie dans son rapport de responsabilié sociale un tableau rassemblant tous les détails des redevances, des impôts et des bonus payés dans tous les pays où elle opère. En deuxième position, une autre entreprise canadienne, TransAtlantic Petroleum, obtient également un bon score. Il ne s’agit pas d’un hasard, puisque le Canada est le seul pays où les entreprises sont obligées de publier leurs paiements aux pays hôtes.
A contrario, les plus mauvaises performances reviennent aux entreprises chinoises (Petrochina et Petronas). Outre le fait qu’aucune législation n’ait été adoptée en matière de transparence, « l’une des explications réside dans l’absence totale de pression de la société civile dans leur pays d’origine, tout comme l’Inde et la Malaisie » souligne Michel Roy. D’où les pressions exercées par les ONG pour l’adoption de normes internationales contraignantes, obligeant les Etats comme les entreprises à se soumettre aux mêmes obligations. Quelques progrès ont déjà été réalisés, notamment avec la révision des normes comptables internationales menée actuellement par l’IASB (International Accounting Standards Board) et l’IFRS (International financial reporting standard).Enfin, les efforts qui seront réalises par les pays d’origine des entreprises demeurent une des conditions sine qua non de leur transparence. « Si d’autres gouvernements suivaient l’exemple canadien, les entreprises bénéficieraient d’un terrain plus égal pour leurs opérations », note le rapport qui souligne par ailleurs que « faire partie du G8 et être impliqués dans l’EITI ne semble pas entraîner automatiquement de bonnes performances ». La France, elle, est classée 6ème sur 10 pour la performance des pays d’origine, et cherche actuellement à faire adopter des normes de transparence aux pays de l’Afrique francophone.