Echec de l'OMC : quel avenir pour les pays les plus pauvres ?

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Publié le 07-08-2006

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Alors que les négociations de l'OMC ont définitivement échoué fin juillet, les ONG redoutent qu'elles soient désormais remplacées par des accords bilatéraux, au détriment des pays en développement. Pour le directeur général de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), Jacques Diouf, l'échec des négociations est une « catastrophe » signifiant le retour « à la loi de la jungle, dans les relations commerciales entre le Nord et le Sud.

Fin juillet, la dernière tentative de l’OMC pour régler les conflits liés notamment à la question des subventions agricoles a échoué. Les 149 pays membres de l'OMC n’ont en effet pas réussi à achever le cycle de Doha, entamé au Quatar en 2001. Les négociations ont été rompues entre les six grandes puissances -Australie, Brésil, Etats-Unis, Inde, Japon, UE- réunies à Genève."Les pourparlers ont échoué. Il n'y a pas d'autre réunion prévue", a déclaré un diplomate à l'issue d'une brève réunion au siège de l'OMC entre les ministres des cinq pays et le commissaire européen Peter Mandelson. Le diplomate a souligné qu'il reviendrait à l'ensemble des 149 pays membres de l'OMC de décider de suspendre le cycle de Doha, qui devait être conclu avant la fin de l'année. « Les six puissances n'étant pas capables de réduire ses divergences, il n'y a aucune chance pour que les autres participants puissent se mettre d'accord. On ne voit pas très bien ce qu'il y a d'autre à faire que de suspendre les discussions", a-t-il observé. Les discussions n’ont pas réussi à dégager un compromis sur la baisse des subventions agricoles, source de conflits depuis de nombreuses années entre le Nord et le Sud. Les négociations ont en outre été  compliquées par un différend euro-américain, Washington ayant demandé à Bruxelles de baisser davantage ses droits de douane sur les importations agricoles. Les Etats-Unis et l’Europe continuent à se renvoyer leurs responsabilités dos à dos, chacun demandant à l’autre de baisser ses subventions et campant sur ses positions. Enfin, un rapport publié par l’OMC a montré que « les Etats trompent l'OMC à propos de leurs subventions » en trichant sur le montant des subventions qu'ils versent à tous les secteurs de leur économie, faussant ainsi les échanges mondiaux. « Peu respectent pleinement leurs obligations en matière de notification dans le cadre de l'OMC, ce qui fait que les renseignements sur l'utilisation et l'effet des subventions font gravement défaut et que la transparence dans ce domaine laisse à désirer", déplorent les auteurs du rapport.

La question des accords bilatéraux

Que sera « l’après-OMC » ? Certes, l’organisation était loin de satisfaire de nombreux pays, à commencer par les plus pauvres, victimes de la concurrence déloyale des subventions octroyées par les pays occidentaux et de la Chine à leurs agriculteurs. Mais si la fin de l’OMC était annoncée, cela risquerait d’entraîner la multiplication d’accords bilatéraux entre pays du Nord et du Sud, un procédé décrié par les ONG, pour qui ces accords affaiblissent les pays en développement. Ce procédé existe déjà, permettant d’éviter les blocages du cycle de Doha, mais comment assurer un minimum de régulation internationale des échanges ? La question reste entière et suscite des inquiétudes. L'ONG Oxfam affirme en effet que le coût de cet échec sera énorme pour les pays en développement : «L'UE et les Etats-Unis restent libres de subventionner leurs gros producteurs agricoles et de poursuivre leur dumping, alors que les pays en développement continueront à lutter pour assurer la survie de leurs petits paysans et pénétrer les marchés des pays riches», dénonce Céline Charveriat, responsable d'Oxfam pour le commerce. Les ONG françaises de solidarité internationale estiment également que cet échec « montre que c’est le moment de prendre en considération les limites du modèle actuel, et de s’orienter vers l’élaboration de règles commerciales multilatérales dont l’objectif est réellement d’améliorer les conditions de vie de la population mondiale (…)  Les membres de l’OMC ne peuvent plus faire semblant de ne pas avoir connaissance de ces éléments ».
Pour Henri Rouillé d’Orfeuil, Président de Coordination SUD, “ les organisations paysannes et les ONG savent qu’une mise en compétition de toutes les agricultures du monde sur un marché mondial complètement libéralisé est, pour 2,8 des 3 milliards de personnes qui vivent de la production agricole, synonyme de condamnation à mort économique ». Un avis partagé par le directeur général de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), Jacques Diouf, pour qui l’échec de l’OMC signifie le « retour à la loi de la jungle". "Cet échec est catastrophique, il montre que la générosité n'était pas au rendez-vous", a-t-il déclaré à sa sortie d'un entretien à l'Elysée avec Jacques Chirac. Un échec qu’il attribue aux "intérêts d'Etat, parfois même des intérêts politiques, électoraux notamment". "Aujourd'hui, a-t-il ajouté, ce sont naturellement comme toujours les plus faibles qui sont dans les situations les plus difficiles puisqu'on revient à la loi de la jungle, à un marché international où des pays développés donnent environ 12.000 dollars par tête à leurs agriculteurs, alors que l'ensemble du soutien à l'agriculture par tête pour les pays en voie de développement est de six dollars".

En l'absence de régulation multilatérale, l’échec de l’OMC entraînera de fait la multiplication d’accords bilatéraux, procédé déjà très utilisé par les Etats –Unis et qui place les pays occidentaux en position de force face aux « petits » pays du Sud. On voit mal comment, dans ces conditions, les pays les pauvres pourront désormais faire valoir leurs intérêts.

Véronique Smée
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